Jacques
Demêtre
Le matin français du blues

1ERE PARTIE - Jacques Demêtre a déjà franchi la huitième dizaine, mais il a conservé la mémoire d’un turfiste. Il fut sans doute le premier Européen à avoir découvert John Lee Hooker et quelques autres, à une époque où ses confrères pensaient que le blues avait rendu l’âme dans les années 30 et n’était plus que l’œuvre de charité du jazz. Demêtre a resitué le blues dans le siècle européen, avec une pensée claire, moderne, sans une trace de folkore !

Blues Again : Avant le blues, vous vous intéressiez au jazz…
Jacques Demêtre : J’ai commencé par écouter des orchestres à sketches, comme on disait dans les années 30 et 40. Ray Ventura, Raymond Legrand ou Jo Bouillon. On y retrouvait un reflet de l’époque. J’écoutais aussi des chansons de Charles Trenet ou de Johnny Hess. Hess chantait et jouait très bien du piano. Django Reinhardt aimait être accompagné par lui. Mon père était compositeur classique, et lui-même un très bon pianiste. Ses œuvres ne me déplaisaient pas mais ne m’accrochaient pas non plus. En fait, je me suis intéressé au jazz pendant l’Occupation allemande. Quand il y avait encore une ligne de démarcation, jusqu’en 1942, le jazz américain, noir ou blanc, était interdit au nord, dans la zone d’Occupation proprement dite, mais pas dans la zone sud, non occupée. Là, c’était plus détendu, il y avait une certaine liberté. Hugues Panassié, le découvreur du jazz, officiait sur Radio Vichy, il y programmait du jazz noir américain. En revanche Radio Paris était sous contrôle étroit des Allemands, le jazz américain ou anglais y était totalement prohibé …

La suite dans Blues Again Numéro 11