L'automne s'est installé. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle et les jours raccourcissent. Les pages économiques des journaux nous chantent que c'est l'embellie pour les nantis quand les revues sociales nous disent que le fossé se creuse de plus en plus. Certains ont du mal à joindre les deux bouts et d'autres se la coulent douce à Miami. Sur les écrans moroses de nos foyers, dans des pubs racoleuses, les anciennes idoles braillent parce qu'elles ont la vue qui baisse, mais elles n'iront plus chez Médrano. Quelle tristesse ! En voilà bien des histoires.
Pour éviter que le spleen pointe son nez, il suffit parfois d'écouter quelques notes de musique ou de laisser vagabonder son esprit. Partir sur les routes poussiéreuses du côté de Clarksdale pour trouver l'entrée d'un musée en se laissant guider par Missy Goolsby et Sid Graves et aussitôt après se retrouver à Paris à l'Olympia ou à l'Olympic studio à Londres. Les époques défilent, les styles s'entrechoquent, les vivants côtoient les morts. John Lee Hooker, Memphis Slim, Willie Dixon, T. Bone Walker, Jean-Luc Godard qui filme les Stones. American Folk Blues Festival ou One Plus One et voilà le bassiste d'Alice Cooper qui met les pieds dans le plat. D'où sort-il celui-là? Comme dans un rêve on voit passer Eddie Cochran et Leadbelly, tandis que résonnent Shake It Baby et What'd I Say en fond sonore Les sixties n'en finissent pas de nous hanter ! Aujourd'hui John Lee aurait 90 ans (peut-être plus, peut-être moins, encore une histoire incertaine), Brian Jones est mort depuis bien longtemps mais les Stones roulent encore. Avec le temps la nostalgie revêt les habits de l'Histoire et on se plaît à la raconter.
Il y a aussi des histoires de tous les jours. Celles d'hier qui éclairent le présent, racontées par Jacques Demêtre. Celles de maintenant. Des aventures de musiciens, avec Charlie Musselwhite : ses rencontres, les vapeurs d'alcool, la scène, les disques. Pour d'autres, les histoires de famille s'inscrivent dans l'épopée du blues, comme chez les Neal. Kenny, évoque, narre et se remémore. Il y a encore la trame de l'histoire des frères Chess qui se tisse en noir et blanc avec Phil et Len à travers les ghettos.
Parfois les petites histoires s'inscrivent dans la grande et les bons contes font les bons amis. Petit ou grand, quel que soit l'âge, on a toujours envie d'en entendre ou d'en lire. Des faits avérés, des anecdotes, des vieilleries et des nouveautés, il y en a plein ce numéro, alors : bonne lecture.
Gilles Blampain