Lil'Ed
Je ne voudrais pas mourir sur la route

Dynamique et joyeux, à l'image de sa musique. Il est presque étonnant d'entendre Lil' Ed aborder des sujets plus graves, plus intimes, ou parler de religion. Derrière cette image de clown sautillant se cache un être humain à fleur de peau, la tête dans le ciel mais les pieds sur terre, marqué par l'image de son oncle JB Hutto.

Blues Again : Quels sont vos souvenirs les plus lointains, en rapport avec la musique ?

Lil'Head : Mes premiers souvenirs en musique viennent de mon oncle JB Hutto, quand j'avais neuf ou dix ans. Il venait à la maison jouer pour la famille. Nous allions chanter à l'église le dimanche et après nous nous réunissions à la maison pour chanter du gospel. En fin d'après-midi ou après le dîner, JB Hutto venait jouer du blues. C'est comme ça que j'ai découvert le blues. À 11 ou 12 ans, JB m'a demandé si je voulais apprendre. Il voyait que mon frère Pookie et moi étions fascinés par cette musique. Il nous montrait des petits trucs chaque fois qu'il venait.

Quand avez-vous reçu votre première guitare ?

En fait Pookie a été le premier à avoir une guitare, moi je faisais de la batterie. À Noël, pour mes douze ou treize ans, nous avons eu ces instruments. JB Hutto m'a montré comment jouer de la batterie. Quand il a vu que je m'intéressais à la guitare, il a commencé à me montrer des plans sur la guitare aussi. J'ai eu ma première guitare au début des années 60, elle était vraiment lourde, elle pesait une vingtaine de kilos, je ne me souviens plus de la marque. En fait, JB devait me donner l'une des siennes, mais celle qu'il me destinait s'est perdue. Enfin bon c'était une chouette guitare.

JB me montrait quelques trucs, des lignes de basse que je montrais ensuite à mon frère. Je me suis mis au slide alors que mon frère apprenait la rythmique. Par la suite, Pookie est devenu bassiste. JB m'apprenait le rythme, c'était vraiment très important qu'il m'apprenne les bases de guitare rythmique avant de m'apprendre à faire du lead, parce qu'une fois leader, tu dois tout maîtriser. La rythmique c'est fondamental.

À l'époque, vous écoutiez des disques de blues et de gospels, mais alliez vous aux concerts avec votre oncle ?

Je l'accompagnais à ses concerts en ville. Pour ce qui est des disques, mes parents écoutaient John Lee Hooker, Jimmy Reed et Muddy Waters. À la maison, on n'écoutait pas de gospel, on le chantait. J'en ai écouté beaucoup plus tard.

Vous aviez trois oncles, dont JB, du côté de votre mère. Ils chantaient tous ?

Mon plus jeune oncle, qui s'appelait Mayfield, était surnommé Little Percy Mayfield parce qu'il reprenait les morceaux de Percy Mayfield. Le plus âgé s'appelait Kevin et il a été mon batteur. Il a aussi été le batteur de JB à ses débuts. Il avait une voix basse et grave qui était parfaite pour le gospel. C'était merveilleux d'entendre mes trois oncles se réunir et chanter le gospel ensemble.

Votre père est parti quand vous aviez six ans. Vos oncles ont remplacé ce père absent ?

Oui effectivement. Ils venaient souvent à la maison pour bavarder. J'étais avec eux tout le temps, j'adorais les écouter parler de leur expérience de la vie. Ils me coachaient, me disaient ce que je devais faire et ne pas faire.

Où viviez-vous à l'époque ?

Au début, j'ai été élevé par ma tante, la femme de mon plus jeune oncle, Mayfield. Nous vivions chez ma grand-mère. Elle est morte quand j'avais six ans et ils ont repris sa maison. Ma mère était partie vivre avec le père de mon plus jeune frère Pookie. Moi, mon grand frère et mes deux soeurs, nous sommes restés chez ma grand-mère. À partir de douze ou treize ans. J'ai vécu avec mon frère et ma mère dans le west side de Chicago. JB lui vivait dans le South Side.

Quels sont les souvenirs de votre adolescence au niveau musical ?

Je faisais des allers-retours avec la musique. Enfant, j'étais plutôt en compagnie de gens d'église qui chantaient du gospel. Adolescent, j'étais avec ma mère et dans le West Side il y avait pas mal de bars. C'était l'époque de Marvin Gaye, des Temptations , des Supremes . Ils marchaient tous forts et on les écoutait beaucoup. Tous ceux que je côtoyais à l'époque dans le business de la musique voulaient être les Temptations , faire de la soul, du doo wop. Mais grâce à JB j'écoutais aussi beaucoup de blues.

Nicolas Boti

La suite dans Blues Again Numéro 12

Discographie :

  • Roughhousin' (Alligator, 1986)
  • Chicken, gravy and biscuits (Alligator, 1989)
  • What you see is what you get (Alligator, 1992)
  • Keep on walking - avec Dave Weld (Earwig, 1996)
  • Who's been talking - avec Willie Kent (Earwig, 1998)
  • Get wild (Alligator, 1999)
  • Heads up (Alligator, 2002)
  • Rattleshake (Alligator, 2006)