Little Bob
Le rock des docks

On devrait créer une médaille de la ténacité rien que pour ce type. Ça fait 45 années (dont 32 au sein de Little Bob Story) que Roberto Piazza verse sa sueur et son sang à la noble cause du rock'n'roll. En 2007, increvable et indifférent aux quotas, modes et règles du show-biz, le seul rocker français à avoir donné plus de 300 concerts outre-Manche, continue de chanter le rock et le blues avec ce grain de voix très soul qui évoque Little Richard ou Eric Burdon. Au cours d'une interview bigrement émouvante, le Screamin' kid du Havre se montre plus que jamais fidèle à son sacerdoce et à ses origines.

Interview :

Blues Again  : Te souviens-tu de ton premier disque de blues ?

Little Bob : Ma musique, comme dit l'autre, elle vient de là, elle vient du blues . Môme, j'ai échangé, au grand frère d'un pote - qui avait rencontré des marins américains - cinq 45-tours d'Hallyday contre quatre singles de Little Richard. Quand j'ai écouté ça, j'étais comme électrisé. Je crois que j'ai fait une bonne affaire ! Je suis un fan de blues de base. Dès que j'ai commencé à écouter de la musique dans les années 60, je me suis aperçu que les groupes anglais comme les Stones , les Animals ou les Pretty Things étaient inspirés par le blues. Ils avaient des titres signés John Lee Hooker, Muddy Waters ou Robert Johnson. Je suis allé voir le disquaire, je lui ai dit : Si vous avez des disques de ces gens-là, j'aimerais bien en écouter ! Le premier que j'ai acheté était un album d'Howlin Wolf. Moi qui étais fan de Little Richard, d'Eric Burdon et des voix qui hurlent, on peut dire que j'étais bien tombé ! Je me souviens, c'était un vinyle à la pochette un peu bistre, rose fuchsia, avec la tête d'Howlin' Wolf. Il comprenait ' You'll Be Mine ', un titre que j'ai repris sur mon premier disque. Les Dr Feelgood l'ont repris l'année d'après. Je me rappelle qu'à l'époque, la presse anglaise, NME , Melody Maker , avaient noté quelque chose comme : «  Une version pas mauvaise, mais pas aussi réussie que celle de Little Bob Story  » ! Ça m'avait fait plaisir. C'est sûr, ma musique n'aurait jamais eu ce goût d'authenticité si je n'avais pas écouté Elvis, Little Richard et les groupes anglais comme les Animals ou les Small Faces qui reprenaient du rhythm'n'blues à fond.

Quels bluesmen écoutes-tu aujourd'hui ?

A l'époque du British blues boom, j'étais fan de John Mayall, Clapton et Cream . J'ai des albums de Peter Green, Clapton, John Mayall qui sont infernaux. D'ailleurs, un de mes disques préférés est le Blues From Laurel Canyon. J'aime les gens qui sortent des sentiers battus. Je suis fan de Captain Beefheart ou de Tom Waits, même si je continue à écouter les vieux maîtres du blues comme Freddy McDowell ou Robert Johnson. L'autre jour, j'étais

à Londres. J'entre au Virgin Megastore. Je monte à l'étage, puisque le blues, ils le classent avec le jazz, ce que je trouve un peu con : je verrais plutôt ça avec le rock. Bref. Dans l'escalier, j'entends une voix qui fait hum hum hum ... Je suis immédiatement accroché. J'apostrophe un vendeur. C'est quoi, ça ? Il me répond : On vient de ressortir un album de Howlin' Wolf remasterisé . J'ai dit : Ça, je le veux ! ...

Propos recueillis par Pascal Duval

... la suite dans Blues Again ! N°13