Ben Harper et ses guitares

Avec beaucoup de détails et de passion, Ben Harper a évoqué ses liens avec les guitares. Je vous propose d'écouter le maître de ses propres dires : « entre guillemets » tout simplement. Les guitares de Ben Harper vues par Ben Harper. Parti pour une leçon de musique ?

Where did you get that sound, young man?

« J'étais dans un studio avec le groupe à chercher les meilleurs arrangements possibles. John [John Lee Hooker] est arrivé en limousine, mais il ne voulait pas descendre car il était scotché devant un jeu télé ! On était réunis au milieu du studio à s'échanger des idées avec JP [JP Plumier]. Nous voulions donner un côté hip-hop à cette reprise, avec des overdubs . Lorsque John s'est pointé dans le studio, il a commencé à accorder les guitares et nous a dit : 'Alors ? Qu'est-ce qu'on joue ?'. On lui a donc répondu qu'on avait une idée plutôt originale pour reprendre le morceau, et lorsqu'on lui a fait écouter, il s'est écrié : ' Mais qu'est-ce que c'est que ce truc  ?'. Il a saisi sa guitare et s'est mis à jouer. On a donc été obligé de le suivre. Il a alors demandé à l'ingé-son de commencer à enregistrer. On n'a même pas eu besoin de faire d'overdubs . Tout en live, en trois prises, d'une traite. La spontanéité est le maître mot pour John. ». ' Where did you get that sound, young man? ', marmonne Hooker à la fin de l'enregistrement de ' Burnin' Hell ' sur The Best Of Friends.

Qui suis-je pour parler à John Lee Hooker ? Et John Lee qui me dit : «  Tu m'apportes beaucoup plus que tu ne crois. Et en plus tu peux jouer le blues...Il y a des tas de gamins dehors qui ne sont pas capables de jouer le blues.  »

Activité préférée : chercheur

« Je cherche sans cesse de nouvelles guitares. C'est mon activité préférée. Je ne pourrais même pas les compter. En fait je pourrais sûrement le faire mais je n'en ai pas envie, ça tuerait la magie. Je change souvent de guitares parce qu'elles possèdent chacune leur propre voix. Elles ont beaucoup de choses à dire... Il semblerait qu'elles aient une vie, comme nous. Elles veulent être traitées avec soin, être tenues, elles veulent parler, se faire entendre. C'est fabuleux de prendre une nouvelle guitare et de jouer quelque chose que tu n'aurais pas joué sur une autre. Il y a un challenge perpétuel. Toujours de nouvelles voies à explorer. Ce n'est pas toujours facile mais j'adore ça. J'ai beaucoup d'autres d'instruments; banjos, auto harpes, dulcimers, mais aussi des moogs , un Fender Rhodes, des accordéons et une batterie. »

Les guitares Weissenborn ne sont pas que ma signature. Elles seules expriment l'essence et la profondeur de mes racines.

« J'ai d'abord joué au bottleneck sur des Dobros et des National. Lorsque j'ai commencé à jouer lap-slide , la Weissenborn était logiquement l'étape suivante. Elle rend le meilleur son qu'un instrument acoustique n'ait jamais donné. Elle a la profondeur du violoncelle, alliée à l'intensité d'une Stratocaster. Cela nécessite d'être aussi précis que le violoncelliste pour l'intonation. Tu ne pas peux jouer un tantinet trop haut ou trop bas sous peine de jouer faux. (...) Leur corps est entièrement fait de bois de koa qu'on ne trouve que dans les îles Hawaï. C'est de nos jours une espèce protégée. Ainsi, on ne peut plus couper l'arbre koa. Je me sens noyé dans cette résonance si expressive. Je reste vissé à la Weissenborn, elle a chaque jour quelque chose de nouveau à me dire. La Weissenborn porte le son qui est en moi. Rien n'est autant ancré à l'esprit de ma musique. »

« Hermann Weissenborn est un émigré allemand qui s'est installé à Los Angeles. Il construisait ses guitares avec du bois de koa. Le bois de cet instrument a une résonance unique qui reste dans l'air longtemps. Le son de la Weissenborn ne s'éparpille pas autour de vous, il vous pénètre, vous traverse. Tout guitariste de slide qui se respecte cherche à en posséder une un jour. » « Ça m'a demandé énormément de travail pour arriver à faire sonner une guitare slide comme ça, mais c'est un tel accomplissement... Je commence juste à sentir que j'arrive enfin à quelque chose, à un point où je contrôle vraiment ce que je fais. » « Même électrifié, le son reste différent. A l'écouter, tu peux dire que ce n'est pas une Strat ni une Les Paul. »

Martin Drevet

... la suite dans Blues Again ! N°13