Candye Kane
La guitare et les plumes

Produit par le respecté Bob Margolin, Guitar'd And Feathered , huitième album de Candye Kane, sera-t-il celui de la reconnaissance ? Fidèle à elle-même, Candye reste volubile, chaleureuse et directe.

Interview

Blues Again  : que signifie Guitar'd And Feathered , le titre de ton dernier album ?

Candye Kane : Être «  tarred and feathered  », c'est une punition (le goudron et les plumes, NDLR). Guitar'd and feathered est donc un jeu de mots : l'album est placé sous le signe de la guitare, avec un guitariste invité pour chaque titre, et j'aime porter des plumes sur scène. Mais c'est aussi une allusion ironique aux conformistes du blues. Ils ne m'aiment pas parce qu'ils pensent que je ne suis pas assez dans le blues authentique. En un sens, je suis «  tarred and feathered  » par la communauté du blues.

Tu as quand même un public fidèle...

J'ai du succès sur un marché où les gens sont un peu plus progressistes. C'est-à-dire des endroits comme San Francisco ou Santa Cruz, Lincoln dans le Nebraska où il y a une communauté gay, ou encore New York. Mais sur les marchés purs et durs du blues, Chicago ou Memphis, on continue à me considérer comme une travailleuse du sexe et une activiste. Je me sens marginalisée. C'est sur ça que Guitar'd and Feathered ironise.

Le fait de ne pas être considérée comme une vraie chanteuse de blues vient de ta musique ou de ta personnalité ?

C'est à cause de mon passé. Je suis sûre que beaucoup me jugent sans même m'avoir écoutée. Ils se disent : Ah oui, c'est celle qui joue du piano avec ses nichons, celle qui a fait du porno ! Ce ne sont que des présomptions et des raccourcis qui ne tiennent pas compte de ce que je suis vraiment. Mais malheureusement, beaucoup de ceux qui ont ces opinions ont aussi beaucoup de pouvoir dans le monde du blues. C'est difficile pour moi d'obtenir un minimum de respect. Je veux dire que c'est dur, après avoir fait huit disques, travaillé avec des grands noms du blues sans une seule nomination aux Blues Awards, de voir Ana Popovic, qui est une amie et que j'adore, être nominée après son premier disque. J'ai envie de crier : Eh, je suis là depuis quelques années ! C'est clair que ça a un effet sur ma carrière. Quand j'ai contacté Bob Margolin pour faire ce disque, il ne savait pas grand-chose sur moi et quand il se renseignait, on lui disait toujours : C'est une ancienne actrice de porno. C'est tout ce qu'ils retiennent de moi, après autant d'années à sortir des disques et à parcourir le monde. Je lis souvent : L'ancienne actrice de porno passée au blues . Comme si je m'étais dit, au milieu d'une scène hard : Tiens, et si je me mettais à chanter du blues ? . C'est le contraire : je chante depuis que je suis gosse. Simplement, je ne viens pas d'un milieu où ce genre de vocation est encouragée. Heureusement pour moi, Bob a pris le temps d'écouter et de venir voir mes concerts. Il a même écrit quelques articles dans des revues pour dénoncer cette hypocrisie dans le blues.

Cette mentalité est-elle propre au milieu du blues ?

C'est un phénomène américain. Je ne sais pas pourquoi, mais les Américains ont peur des seins plus qu'ailleurs. C'est pourquoi on n'en voit jamais sur les plages ni à la télévision, alors que les gosses sont saturés d'images de violence. En Amérique, les armes font moins peur que les seins...

propos recueillis par Benoît Chanal et Michèle Martin

... la suite dans Blues Again ! N°13