Les débuts
JB Lenoir voit le jour à Monticello, dans l'État du Mississippi, le 5 mars 1929. Ses parents le nomment JB, initiales ne signifiant rien de particulier. Son apprentissage de la guitare commence dès son plus jeune âge. Dewitt Lenoir, son père, était agriculteur et un bluesman renommé dans la région. JB l'a toujours considéré comme son principal professeur. « Ma mère disait toujours qu'à l'âge de neuf mois, je me mettais à crier dans ses bras chaque fois que mon père prenait sa guitare. En grandissant, la première chanson que j'ai su jouer était un vieux standard,' Move To Kansas City'. À l'époque, la guitare était plus grosse que moi. »
Sa jeunesse se déroule paisiblement, malgré le contexte trouble de l'époque. La terrible dépression financière de 1929 broie tout, et JB n'y échappe pas. Né noir et pauvre dans une des régions les plus racistes du pays, le jeune homme doit tirer le meilleur parti de ses prédispositions pour réussir. Et c'est ce qu'il va faire. Début 1967, interviewé pour la télévision suédoise : « J'ai commencé à jouer très jeune. Je labourais, et je jouais de la gratte le soir. J'apprenais un peu de tout. »
Au tournant des années 40, il part sur les routes. Il quitte ses parents pour une vie de musicien itinérant et se rend dans les États du Sud, travaillant d'abord comme ouvrier à Jackson, la Nouvelle-Orléans ou à Memphis, puis comme musicien pour Sonny Boy Williamson II et Elmore James. Ces derniers l'engagent en qualité de guitariste, à leurs côtés, au New York Inn de La Nouvelle-Orléans. C'est là qu'il parfait sa formation musicale, et les influences qu'il reçoit en terre louisianaise apposeront leurs empreintes tout au long de sa carrière.
Chicago: Big Bill, Muddy, Sunnyland et les autres...
En 1949, il immigre à Chicago et trouve un emploi à l'abattoir municipal. Le soir, il se produit régulièrement dans les clubs du South Side. La vie est difficile mais il est satisfait. C'est un homme de scène, un entertainer . Très sociable et ouvert, les rencontres importantes s'enchaînent et sa richesse musicale va enfin pouvoir émerger.
Il se fait rapidement remarquer car les clubs, maisons de disques et studios d'enregistrement ne manquent pas. Dans le quartier de Jew Town (quartier juif qui ne tarde pas à être rebaptisé Little Mississippi), Maxwell Street est la rue où tous les musiciens originaires du Delta se retrouvent. C'est là que JB Lenoir, devenu un habitué, rencontre une figure importante de Chicago : Big Bill Broonzy.
Broonzy, parrain de nombreux novices arrivés dans la Windy City, ne tarde pas à percevoir le potentiel du jeune homme. JB Lenoir : « Big Bill Broonzy se produisait au Silvio's, sur Lake Street. Il m'a pris sous son aile en me permettant de jouer partout avec lui. Ensuite, j'ai beaucoup travaillé avec Memphis Minnie. »
Broonzy l'introduit dans le circuit des clubs et l'engage comme guitariste. Il le présente à ses amis, Muddy Waters, Big Maceo et Memphis Minnie. JB se produira avec chacun d'eux, jusque fin 49, au Robbin's, au Sylvio's, au Gatewood et au Du Drop Inn. Sa réputation grandit. Tous les ténors de la scène chicagoane veulent jouer avec lui...
Vincent Mehl
... la suite dans Blues Again ! N°13