Sébastien Llado
A trombone ouvert

Musicien de jazz avant tout, artiste désireux de partager son imaginaire, personnage sympathique et pétri d'humour, le tromboniste et joueur de conques Sébastien Llado (dites « liado ») a accepté de jouer le jeu du 'Shuffle'. Face à un personnage survolté, dans une ambiance de travail festive, nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre...

Musicien de jazz ouvert... Je joue aussi bien du rock, de la salsa, de la pop, du jazz ou de l'ethno, et cela ne me pose aucun souci. Prenons l'exemple du chorus de Michael Brecker dans ' Careless Whisper ', chantée par George Michael. Qui se souvient du refrain ? Pas grand monde. Mais le chorus de Michael Brecker, tout le monde l'a en tête. Je trouve cela infiniment plus fort de faire un solo de quatre mesures qui reste dans la mémoire collective que de faire un chorus de quatre grilles qui ne reste dans la tête de personne. Ce qui m'intéresse c'est toucher les gens, quel que soit le style de musique. Et c'est aussi une réalité économique et me concernant. C'est une réalité de passion . La musique me fait vivre et me hante.

Initiation musicale. Mon grand-père paternel jouait du trombone dans la fanfare de Perpignan. Quand il est mort, on m'a dit : «  Tu veux faire de la musique ? Prends le trombone.  » Or, moi, j'avais plutôt la basse en tête. J'ai donc été un bassiste frustré jusqu'à l'âge de mes 17 ans, où on m'a offert une basse électrique. J'ai fait l'American School, à Paris, en tant que bassiste. J'apprenais des rudiments de jazz alors que, dans le même temps, je suivais une formation classique au conservatoire de Noisiel, au trombone. Assez vite, j'ai compris qu'on me poussait davantage vers le trombone que la basse... et tant pis pour mon ego de bassiste ! Un peu plus tard, le conservatoire de Noisiel et mon prof de trombone, Guy Figlionlos, ont voulu créer un département jazz. J'y ai participé en apportant mes cours de l'American School, de Berklee (où j'ai passé un an en 1996), puis du CNSM, à partir de 1999.

Tes groupes... Il y a d'abord le Tryo[ut] , composé maintenant de Didier Ithurssary à l'accordéon et Laurent David à la basse acoustique. C'est un répertoire qui date de 2001. Je l'avais, certes, composé pour un accordéon, mais dans l'idée de « ce » son-là. Note bien qu'à l'époque, je ne connaissais pas encore Didier ! Depuis, un an, j'ai également un nouveau quartet : je joue avec Leïla Olivesi (p), Hélène Szanto (cb) et Julie Saury (d). Il paraît que c'est «  quartet féminin  », mais je ne revendique pas ce genre d'appellation. Musicalement, l'éclairage se fait naturellement sur le côté féminin du quartet. Je propose des compositions que je ne soumettrais pas à des mecs....

Humour. Mon père est humoriste, il travaille sur l'émission radio de Laurent Ruquier. Quand j'étais enfant, mes parents recevaient la visite de nombreux imitateurs. Pendant un an, j'ai été régisseur son et lumière au Caveau de la République. J'y ai rencontré beaucoup de sketch-men, ainsi que des gens dont ce n'était pas le métier d'origine comme Garcimore, Alain Gillot Pétré, Claude Piéplu... L'humour est quelque chose de constitutif chez moi. Ce n'est pourtant pas un élément que j'ai eu l'occasion d'exploiter dans ma musique à ce jour, mais je sais ça viendra un jour où l'autre. D'où peut-être une certaine proximité avec Zappa...

Jérome Gransac

... la suite dans Blues Again ! N°13