Open Tuning
La guitare à douze cordes

12 , c'est exactement le double de 6, aurait dit La Palice. Fort de son avantage numérique, la guitare 12-cordes rayonne d'un chorus naturel. C'est une mini-cathédrale à elle toute seule ! Sa sonorité est pleine... sonore , plus riche que celle d'une guitare standard à six cordes. Petit retour sur sa double vie en dents de six .

12 is the number !

La guitare 12-cordes ou 12-strings guitar , ainsi que son nom le laisse présager, est un instrument acoustique ou électrique muni de douze petites culottes brésiliennes ***. L'instrument est divisé en six paires de cordes épaisses et fines. Les cordes épaisses des paires sont accordées de manière équivalente à celles d'une guitare standard 6-cordes. Les cordes fines des quatre paires graves sont accordées à la même note, mais décalées d'une octave. Sur les deux paires aiguës, les deux cordes sont accordées à l'unisson, même note, même octave. Cela donne eEaAdDgGBBEE, pour l'accordage le plus courant. (J'essaie d'être clair, mais ceci n'est pas chose facile !)

Les deux cordes d'une paire sont généralement jouées ensemble, les jouer séparément n'étant pas très commode. Pour les bends , c'est quasiment impossible. C'est pourquoi, à l'exception de spécialistes comme Leo Kottke, la guitare 12-cordes sert à la rythmique et à l'accompagnement, non aux solos ou aux notes détachées. Des accords amples et résonnants, voilà le style de jeu qui lui sied. La majorité de guitaristes détenteurs d'une 12-cordes l'utilisent en complément d'une 6-cordes standard, afin d'enrichir leur palette sonique.

L'origine de l'espèce

La guitare 12-cordes apparaît aux Etats-Unis, au tournant du siècle. Elle aurait été conçue, soit par des luthiers italiens immigrés, soit par des luthiers mexicains. Dans la tradition musicale des deux pays, on trouve en effet un certain nombre d'instruments utilisant des cordes doublées. Les premiers enregistrements de 12-cordes proviennent de musiciens de blues de Géorgie et de musiciens mexicains tejano (du Texas). A l'origine, ce nouvel instrument était produit par des fabricants à bas prix. Les premiers acquéreurs de 12-cordes gisaient alors tout en bas de l'échelle sociale. Les musiciens de rue, les buskers , ont été les premiers à tirer parti du supplément de volume sonore offert par l'instrument.

Les acoustiques 12-cordes des pionniers étaient de robustes Stella. Puis les marques prestigieuses s'y sont mises : Gibson J12-45 et B12-25, Martin D12-20 et D12-35, Guild F-212. Les modèles électriques 12-cordes ont ensuite pris l'ascendant dans les années 60. La plus populaire fut la Rickenbacker 360/12 popularisée par George Harrison. Le morceau ' Turn ! Turn ! Turn !' des Byrds est l'un des classiques joué sur ce modèle. Citons aussi, en électrique 12-cordes, les Fender Electric XII, Gibson ES-335-12 et Gretsch 6076. Les guitares double-manche présentent un manche standard 6-cordes et un manche 12-cordes, permettant aux guitar-heroes d'alterner, en concert, ' Stairway To Heaven ' et ' Hotel California '.

Cyclique ! Cyclique !

La popularité de la guitare 12-cordes a de tous temps connu des hauts et des bas et ce, depuis ses débuts. Son histoire commence peut-être vraiment avec Blind Willie McTell dans les années 20 et 30. Elle continue dans la foulée avec Leadbelly dans les années 40. Dans les années 60, avec l'émergence du folk-rock, de nombreux musiciens remettent en selle cette bonne vieille 12-cordes : Pete Seeger et les Weavers , Roger McGuinn et les Byrds , Mike Pender et les Searchers , et aussi George Harrison, Paul Simon, Brian Jones, Tom Petty, etc.

Dans les années 70, la 12-cordes tombe quelque peu aux oubliettes, sauf pour une niche rock progressif. Dans les années 80, l'instrument connait un regain d'intérêt dans les mains de rockers alternatifs tels Peter Buck (REM), Marty Willson-Piper ( The Church ), Johnny Marr ( The Smiths ). Durant les années 90 sa popularité flanche de nouveau, bien qu'ayant joué un rôle clef dans le son indie-rock de Low ou des Decembrist .

Aujourd'hui, Guy Davis fait revivre le style de Blind Willie Johnson et des musiciens de blues d'avant-guerre.

Martin Drevet

... la suite dans Blues Again ! N°14