La musique et toi ? Née dans une famille de musiciens, j'étais spectatrice de big-bands. A six ans, je chantais avec ma petite soeur. Bref, c'était ma voie. Je me suis mise au saxophone à l'âge de huit ans. Quand j'ai eu accès à la médiathèque de ma ville, j'ai découvert Charlie Parker puis Spiro Gyra, David Sanborn et Gerry Mulligan. À l'époque, je suivais des cours de 'saxophone classique' en conservatoire, à Belfort puis Besançon. Une fois terminés mes exercices et mes gammes, je m'amusais à relever ce que j'écoutais. J'ai donc appris le jazz en autodidacte.
Quand je suis arrivée à Paris, je me suis spécialisée saxophone baryton, avec Serge Bertocchi entre autres. Parallèlement, je préparais mon CA à l'enseignement du saxophone. Je jouais du baryton dans des big-bands parisiens comme le Jazz Exchange Orchestra de Bertrand Chapelier ou le big-band de Gilles Réa.
Je suis ensuite partie à la Réunion en décembre 1998. J'y ai fait plein de rencontres et côtoyé les musiques locales (maloya, sega). Depuis 2000, je suis à l'aise dans ma propre musique. C'est à cette époque que j'ai écrit ma première composition. En avril 2002, j'ai participé à l'album de Subhash Dhunoohchand & the Cosmic Sound . Étudier la musique indienne m'a permis de travailler des rythmiques plus riches que celles qu'on entend en Occident.
Au niveau personnel et professionnel, j'ai monté un quartet qui est devenu un sextet avec Alain Chan au sax ténor et une chanteuse. Nous nous sommes produits dans beaucoup de festivals de l'océan Indien, notamment au Théâtre de Saint-Gilles, en première partie d'Henri Texier, et au festival Madajazzcar de Madagascar.
Le saxophone... Au baryton, j'ai écouté Gerry Mulligan, Gary Smulyan, Hamiet Bluiett ou Yoch'ko Seffer sans chercher à leur ressembler, car je ne me reconnaissais pas dans leurs langages. Or le baryton est l'instrument avec lequel j'arrive à développer un langage personnel. C'est moins le cas avec l'alto. J'écoute des gens comme Kenny Garrett. J'ai étudié le soprano à partir de 1999 avec la méthode de Steve Lacy. Elle m'a aidé à me recentrer sur des choses essentielles et j'ai trouvé une identité au soprano. Je ne joue pas de ténor en public, ce n'est pas mon mode d'expression.
Tes influences ? On dit que mon jeu est influencé par Wayne Shorter, or c'est un musicien que je n'ai pas plus écouté que les autres. En fait, mes influences proviennent d'un mélange d'écoutes et de travail puisé dans le classique contemporain et, surtout, le jazz et les musiques improvisées. Une grande expérience a été de jouer avec le pianiste cubain Omar Sosa.
Vue d'en Haut . Cet album est un cadeau ! Après sept ans je quittais la Réunion, et revenais en métropole. Dix jours avant de partir, Didier Makaga et Lionel Guillemin, avec qui je n'avais jamais joué, ont voulu enregistrer en studio. Malgré toutes les difficultés que tu imagines, entre le déménagement et les séances de studio, on s'est retrouvé à enregistrer la nuit. J'aime les voix qui se mêlent aux saxes, elles apportent de la fraîcheur. Je voulais en entendre dans Vue d'en Haut , alors j'ai enregistré ma voix en première prise pour garder un côté spontané. Arrivée en France, j'ai confié la galette à Christophe Grisard qui a retravaillé le son et le mixage. Aujourd'hui, c'est une carte de visite vitale qui me permet d'exister
en tant qu'artiste.
Jérome Gransac
... la suite dans Blues Again ! N°14