Interview :
Blues Again : Pourquoi avoir intitulé le disque Skin Deep , qui signifie à fleur de peau ?
Buddy Guy : Petit garçon j'ai souffert du racisme, comme tous les Noirs autour de moi. Les paroles évoquent mon enfance, le titre évoque cette souffrance. Les sensations de ma vie se retrouvent dans les paroles du disque. Du moins ai-je essayé d'en faire passer le plus possible.
Pourquoi ne pas avoir enregistré plus tôt un disque contenant vos propres compositions?
Oh, j'ai bien essayé, et dès le commencement de ma carrière. Mais, que voulez-vous, quand vous pénétrez dans un studio dans l'idée de proposer vos modestes compositions, que vous êtes en 1959, que vous vous retrouvez devant le grand Willie Dixon et que le producteur vous fait comprendre que ce qui va être enregistré ce sont les oeuvres de cet immense Monsieur, vous ne songez pas un instant à ce qui se trouve dans votre cartable. J'ai accepté bien volontiers les morceaux de Willie Dixon, et j'ai été trop heureux de ces sessions. Depuis cette époque j'ai pris le parti depuis de mettre mes oeuvres en veilleuse. Les morceaux sont dans ma poche depuis le tout premier jour, je les porte sur moi depuis presque cinquante ans. Et des idées, j'en ai toujours eues ! Ça fait vingt ans que mon producteur me reproche de ne pas les avoir enregistrées. Selon lui, ces morceaux reflètent tout à fait mon style. Voilà, j'attendais mon heure, et le moment est venu. Maintenant, je poursuis la route avec mes propres morceaux.
Pourquoi en retenir aussi peu sur scène ?
En effet. Ces chansons sont trop neuves pour que je les joue toutes, mais vous exagérez. Je joue déjà le morceau ' Skin Deep' et deux ou trois autres pour faire connaître le CD. Ceci dit, le public français adore mes classiques, alors je lui donne satisfaction. Je jouerai le disque intégralement lors de ma prochaine tournée.
Pourquoi donner autant de concerts alors que vous êtes riche et célèbre ?
Il n'y a pas de retraite pour les bluesmen ! Les gens m'accueillent toujours avec chaleur, et j'essaie de leur donner le maximum... pour qu'ils aient envie de revenir me voir. Voilà, je fais ce que je peux pour entretenir cet échange.
'Too Many Years' est un bijou. Comment êtes-vous entré en contact avec Derek Trucks et Susan Tedeschi ?
Je connais Derek depuis longtemps. Nous sommes tous les deux fans de Muddy Waters. Les notes ont l'air de sauter sur le manche de sa guitare ! Ce gars s'inscrit aussi dans la lignée des Howlin' Wolf et des Willie Dixon. C'est un des musiciens que je valide sans hésiter comme porteur de mon héritage musical. Je l'ai appelé immédiatement pour le disque. Quant à Susan, son épouse, j'ai insisté pour qu'on fasse ce duo. C'est BB King qui me l'avait présentée. Elle n'était pas loin du téléphone quand j'ai eu Derek... Quelle grande chanteuse! Vous avez écouté son CD ? Il est génial.
Bruno Pfeiffer
... la suite dans Blues Again ! N°15