Un peu d'histoire pour les non-initiés
À Bruxelles en 1842, le petit Adolphe Sax confectionne un machin dans l'atelier paternel, un instrument qui (texto dans le brevet), « par le caractère de sa voix se rapproche des instruments à cordes, mais qui possède plus de force et d'intensité que ces derniers ». Voilà, c'est dit, le sax affiche ses ambitions. D'ailleurs, celui-là, c'était un baryton en FA. En 1844, Berlioz le balance pour la première fois en concert, suivi de Ravel en 1922.
Mais le sax doit sa diffusion aux... fanfares militaires ! Eh oui. Ce cher Aldophe avait inventé une petite merveille, et ce sont les militaires qui en profitaient, arborant avantageusement ce nouvel instrument à la sonorité prononcée. Les Amerloques, interloqués, en tombent amoureux à leur tour et embarquent la trouvaille sur le nouveau continent. En 1878 Patrick Gilmore (22 e régiment de New York, s'il vous plaît) insère un soprano, un alto et un baryton dans son orchestre de variétoche.
Et si je vous disais Elisa Hall ? Hum ? Y a plus personne, là ! Vous vous dites : Qu'est-ce qu'une femme vient faire là-dedans ? Mais si, cette franco-américaine fut l'une des premières saxophonistes, et contribua largement à la diffusion de notre cher instrument. Elle commence à jouer pour soigner une surdité (!) que lui a infligée la typhoïde. Alors qu'Adolphe rencontre de sérieuses difficultés en Europe pour continuer de produire son saxo, Elisa s'improvise mécène et, début des années 1900, popularise le biniou aux États-Unis via l' Orchestral Club de Boston . Elle commande aussi des oeuvres qu'elle interprète en soliste.
Pour les classicos-qui-en-veulent, il y a notre Marcel (Mule,) qui redonne sa dignité au coin-coin. En 42, il est appelé au conservatoire de Paris pour diriger la classe de sax, version musique classique, une classe précédemment tenue par Adolphe et qui fut fermée en 1870 (devinez pourquoi).
Après le coup des fanfares, un peu de sérieux maintenant , se disent les puristes. Oui, oui. On retrouve notre biniou dans les vaudevilles où il connaît un franc succès, par exemple en 1913, au Palace Theatre de la grosse pomme, avec The Six Brown Brothers qui arrangent des airs d'opéras.
Quand même, en 1917, Chicago devient la nouvelle capitale du jazz et débute alors le Chicago style . L'alto et le soprano fleurissent, mais en tant que substituts aux instruments classiques-et-sérieux comme la clarinette et le violon. Ben, merde alors ! On ne choisissait pas le sax par amour, mais par dépit ou par commodité économique. Tiens, Sydney (Bechet), il affectionnait la clarinette et, finalement, s'est tourné vers le soprano qui était le tuyau le plus proche de son instrument de prédilection.
Ouf, on passe au jazz !
Le premier morceau de jazz enregistré ? Février 1917: ' Livery Stable Blues ' par The Original Dixieland Jazz Band . Yes, sir ! Mais pour entendre un sax dans le jazz, il faut encore patienter quatre ans et les New Orleans Rhythm Kings , qui enregistrent avec un ténor. Bizarre mélange des genres entre cet intrus, pour lequel on n'écrivait pas encore vraiment d'arrangements, et les zinzins plus classiques comme les violons. Le sax n'était souvent là que pour faire plaisir au populo. Pour la déco, quoi.
Héloïse Prévost
... la suite dans Blues Again ! N°15