La Vague Soul
Formidable RHYTHM and BLUES

Au milieu des années 60, la France a succombé à la soul-music et découvert, grâce aux séries de disques Formidable, Incroyable, Terrible, Remarquable, un grand nombre d’artistes comme Otis Redding, Sam & Dave, Percy Sledge, Sam Cooke, Ben E. King, Aretha Franklin, Wilson Pickett, Don Covay, The Mar-Keys…

 

Blues-boom…
Le revival du blues en Grande-Bretagne, au début des années 60, a été une formidable chambre d’écho pour cette musique, jusque là peu médiatisée en Europe. Il est indéniable que les groupes d’outre-Manche, qui reprenaient les chansons et les formules orchestrales des bands de Chicago, ont apporté par la suite une certaine reconnaissance aux musiciens afro-américains des générations précédentes. Mais qu’en a-t-il été du rhythm’n’blues dont les textes s’appuyait sur d’autres thématiques et dont la spécificité était d’avoir une puissante base rythmique avec orgue et section de cuivres ?

Rappel des faits…
À partir de 1963 le monde est submergé par l’invasion britannique : Beatles, Rolling Stones, Animals, Kinks, Small Faces… conquièrent la planète. Pop-rock ou blues-rock, pour la grande majorité de la jeunesse européenne, le label qualité est ‘Made in Great-Britain’. L’Amérique semble momentanément oubliée, sauf que les musiciens du british blues puisent largement dans les répertoires de Muddy Waters, Willie Dixon, Jimmy Reed, Slim Harpo, Howlin’ Wolf et consorts. En y regardant de plus près, ils reprennent également des titres d’artistes américains plus jeunes.
En effet, dès 1964, les Rolling Stones interprètent ‘Everybody Needs Somebody To Love’ de Solomon Burke, ‘Pain In My Heart’ d’Otis Redding. Les Animals enregistrent en 1965 ‘Bring It On Home’ de Sam Cooke et ‘I Believe To My Soul’ de Ray Charles. De leur côté les Who chantent ‘Please Please Please’ de James Brown... Les exemples pourraient se multiplier.
Les tendances et les modes évoluent. En 1966, les musiciens anglais directement inspirés par le blues, qui font office de locomotive depuis deux ou trois ans, changent de cap. Ils gravent moins de reprises de standards américains et composent leurs propres morceaux en ouvrant leur musique à d’autres influences, européennes ou orientales, à l’instar des Stones qui sortent Aftermath. Les Britons en général ont toujours la cote, mais s’ils s’inspirent moins du blues, ils ont ouvert les oreilles du jeune public à la musique noire et préparé le terrain : la vague soul submerge alors l’Europe.
Ce courant musical est essentiellement ‘noir’ car les chanteurs vedettes sont afro-américains, mais il fixe une époque clef dans la culture populaire américaine. Musiciens et producteurs blancs et noirs travaillent ensemble en mélangeant les deux cultures, la musique sacrée et la musique profane, la tradition et l’innovation.

La première vague
Dès 1965 arrive une déferlante impressionnante: Sam Cooke (déjà décédé): ‘A Change Is Gonna Come’, James Brown: ‘I Got You (I Feel Good)’, ‘Papa’s Got A Brand New Bag’, Wilson Pickett: ‘In The Midnight Hour’, The Four Tops: ‘It’s The Same Old Song’, The Temptations: ‘My Baby’, Otis Redding:Respect’, The Supremes: ‘Stop In The Name Of Love’. Loin des musiciens de rock fifties dont ils ont pourtant l’énergie, très différents des groupes britanniques alors en vogue, les chanteurs de rhythm’n’blues font souffler un vent nouveau dans le paysage musical. Charisme des interprètes, magie des cuivres, vague cousinage avec le jazz qui est gage d’une certaine respectabilité, rythmes effrénés ou sentimentalisme des ballades, le public adhère massivement.

La soul-music est bien dans l’air du temps. Pour s’en convaincre, le générique de l’émission pop-rock la plus populaire auprès des jeunes de cette époque, diffusée tous les jours sur l’antenne d’Europe 1, ‘Salut Les Copains’, n’est autre que ‘Last Night’ des Mar-Keys, enregistré à Memphis en 1961…/…

Surboum, Formidable
En 1966, Atlantic par l’intermédiaire de Barclay qui diffuse le label américain en France, sort le premier 33-tours d’une série qui va rencontrer un certain succès : Surboum Rhythm and Blues. Le disque présente un éventail d’artistes: The Mar-Keys, Paul Kelly, Percy Sledge, Mona Lisa, Solomon Burke, Clarence & Calvin, Don Covay, Jimmy Hughes, Bobby Marchan, Otis Redding, Rufus & Carla Thomas, Sam & Dave, Wilson Pickett. Cette compilation de différents interprètes a le mérite de mettre en avant et de faire découvrir des musiciens et des chanteurs/chanteuses de talents. Libre à l’auditeur par la suite d’acheter les 45-tours ou les 33-tours de chacun d’entre eux, mais l’engouement que rencontre cette série vaut surtout pour son côté ‘dance music’ qui anime les surprises-parties de l’époque.

Gilles Blampain                            

 

... la suite dans Blues Again ! N°16