12 janvier 1969
‘Whole Lotta Love’: You need coolin’, I’m not foolin’... Cris d'orgasme sur fond de musique psychédélico-rock-freejazzy où chaque musicien s'en donne à cœur joie dans un morceau véritablement phallique. Ce tube de Led Zeppelin est l'un de leurs rares morceaux à être sorti en 45-tours. Il reste l'un des plus audacieux du groupe, faisant passer les chansons de leur premier disque pour des compositions de catéchèse. Ce titre deviendra rapidement l'un des moments phares des concerts du band, rallongé jusqu'à plus soif en y incluant des morceaux choisis, de nombreux standards du blues ou de leurs autres compositions.
Les musiciens de Led Zep sont de véritables aspirateurs d’influences. Ils nourrissent leurs compositions aux sources les plus diverses : du blues à la musique indienne en passant par la musique celtique, le folk, le rockabilly... Ils prennent des plans ou des techniques initiés par d’autres, les réinterprètent, les subliment. C'est ce mélange, ce décloisonnement, cette implosion des genres qui fait l'importance du groupe. Ça aurait pu être du grand n’importe quoi mais le talent, l’expérience et la culture de ces musiciens ont empêché toute dérive artistique. John Paul Jones apporte sa sensibilité à la musique classique, Page sa passion pour la musique orientale et Plant, son inspiration celtique (paroles lorgnant du côté de la mythologie et de Tolkien). Bonham, quant à lui, s’inscrit dans la lignée des grands batteurs de jazz.
La bande son de 1968 est dominée par les musiques des Beatles, des Rolling Stones, des Who, des Kinks. Venus d’outre-Atlantique, les groupes de référence se nomment Beach Boys, Doors, Byrds. Ces musiciens ont imprimé leurs marques dans le paysage musical, et les aspirants au succès ne font que suivre leurs traces. Exception deux ans plus tôt avec Jimi Hendrix dont le son a créé un fameux remous, une technique nouvelle. Les quatre de Led Zeppelin vont se démarquer, innover et provoquer. Dès le premier album (12 janvier 1969), le groupe déclenche un raz de marée. La rythmique de Jones et Bonham, les envolées de Jimmy Page, technicien redoutable, le chant aigu de Robert Plant sont les explosifs de la déflagration.
Le groupe
Au début il y a, bien sûr, Jimmy Page, enfant de la middle-class de la banlieue de Londres. Autodidacte, il commence la guitare à onze ans. Attiré par le rockabilly, le blues et le folk, il entend ‘Baby Let's Play House’ de Presley, et éprouve alors l’envie de jouer. À quinze ans, il rejoint The Crusaders. Il tourne avec ce groupe pendant deux ans mais, en raison de problèmes de santé, il abandonne les tournées et entre dans une école d'art. Il donne cependant de nombreux gigs au légendaire Marquee club de Londres, où il joue notamment avec Jeff Beck (un ami d’enfance) et Eric Clapton. Il fait également beaucoup de studios aux côtés des Who, Kinks, Marianne Faithfull, Rolling Stones ou Them. On imagine pire tableau de chasse !
Nicolas Botti
... la suite dans Blues Again ! N°17