Open Tuning
La grosse pinocchia

 

 

Dans contrebasse il y a basse
C'est donc la vocation première de cet instrument que de jouer la partie grave d'un morceau, et de soutenir harmoniquement et rythmiquement l’ensemble de la formation. Le blues n'échappe pas à la règle, et l'on y trouve d'éminents contrebassistes au premier rang desquels, bien sûr, Willie Dixon.
Pourtant, le blues s'est longtemps passé de cette contrebasse. En effet, dans le blues des premiers temps, le chanteur s'accompagne souvent lui-même, soit au piano, soit à la guitare. Ce n'est que lorsque le blues se joue en orchestre que la question se pose de rajouter ou non une basse.
Mais l'histoire de ce dinosaure commence bien avant la naissance du blues.
Elle débute en Europe au XVIe siècle où, contrairement aux instruments plus récents comme le saxophone - dont le nom du créateur est fondu dans celui de l'appareil - nul ne peut dire qui a inventé la contrebasse. A l'époque, la forme du violon telle qu'on la connaît s'impose chez les luthiers ; elle est déclinée dans les différentes tessitures jusqu'à la plus grave. En ces temps reculés, on la trouve encore avec trois, quatre, cinq ou six cordes, comme une sorte d'hésitation dans la fixation de sa forme définitive. Au XIXe siècle, la plupart des contrebasses possèdent trois cordes, il faut attendre vraiment le XXe siècle pour qu'on lui ajoute la corde de MIgraveet que les contrebasses à quatre cordes s'imposent.
Comme pour le petit violon, les cordes de la grande contrebasse sont d'abord en boyau naturel avant que, dans les années 1930, les cordes métalliques apparaissent et séduisent de nombreux contrebassistes par leur son plus soutenu et leur plus grande facilité de jeu.
Facilité toute relative. En effet, la hauteur des cordes par rapport à la touche (la partie noire, en ébène) du manche, sur laquelle courent les doigts, demande au bassiste de grands efforts pour les presser.
En contrepartie, des cordes très au-dessus de la touche assurent un maximum d'amplitude pour la vibration, donc un son plus puissant. Et la puissance est un élément capital lorsque l'instrument sonne de manière totalement acoustique.

En jazz ou en blues
Or, le problème de la puissance sonore peut être résolu de deux façons, selon les styles. Dans les orchestres symphoniques, on multiplie le nombre d'instruments (jusqu'à huit contrebasses par pupitre). En jazz ou en blues, la solution est forcement différente et vient d'une évolution technologique datant de la fin des années 1920 : l'amplification. Celle ci permet enfin au bassiste de rivaliser avec le batteur et les instruments à vent. Bref, d'être entendu !
Deux méthodes sont possibles. Soit la prise directe du son sortant de la contrebasse, par un micro placé devant la caisse, méthode qui garanti une reproduction très naturelle du timbre de l'instrument mais qui, en revanche, capte toutes sortes de bruits parasitaires à proximité de la contrebasse, surtout ceux de la batterie.
L'autre méthode, qui consiste en micro cellules, est apparue dans les années 1960. On installe ces micros sur l'instrument de différentes façons pour capturer directement les vibrations sur la table d'harmonie (la partie de l'instrument que l'on aperçoit de face). Mais là, il faut avoir une bonne cellule et un très bon ampli pour pouvoir reconstituer, en quelque sorte, le son de la contrebasse.
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : il en va parfois de l'amplification comme de la traduction… ça peut s'avérer traître.

Kamel Friha

... la suite dans Blues Again ! N°17