Bervely Guitar Watkins

Show Devant !

Pour elle, la reconnaissance s'est faite attendre mais son enthousiasme est resté intact. Elle a de l'énergie à revendre, cette fille du Sud, et encore beaucoup de combats à mener. Et pas seulement sur scène.

Interview 

Blues Again  : A la sortie de l'album Sisters Of The South , comment avez-vous trouvé l'accueil du public français ?

Beverly Watkins : Je le trouve vraiment réceptif. On a fait plusieurs concerts à Paris et dans toute la France. L'accueil a été au moins aussi bon qu'avec le public américain. Dixiefrog va probablement nous préparer une tournée eu Europe.

Tim Duffy fait un travail étonnant à travers la Music Maker Relief Foundation. Vous voyez-vous comme une ambassadrice de cette fondation ?

Tim est une personne exceptionnelle qui fait un travail extraordinaire. Il aide tellement d'artistes à se lancer... C'est ce qu'il a fait avec moi. C'est un homme tout à fait remarquable. Lui et toute sa famille d'ailleurs.

Une ambassadrice ? Oui, tout à fait. On va de scène en scène, on parle de la fondation au public, son action, ses tenants, ses aboutissants. Ce statut d'ambassadrice me tient particulièrement à coeur. C'est très important pour moi, quand je tourne aux États-Unis ou dans le monde entier, de pouvoir annoncer aux gens à quel point la Music Maker est précieuse, comment cette fondation s'occupe des vieux musiciens dans le Sud, comment elle prend en main ceux qui peuvent encore jouer, comment elle les fait enregistrer, et comment même elle leur organise des tournées.

Vous disiez que les gens étaient impressionnés de voir une femme jouer comme un homme. Certains font référence à Jimi Hendrix. On entend dire que vous jouez le blues comme un jeunot de vingt ans...

Dieu m'a donné ce don. Je joue comme un homme parce qu'on m'a très bien enseigné la technique de l'instrument au lycée. Quand j'ai commencé à jouer je ne maîtrisais pas vraiment mon jeu de scène mais, aujourd'hui, quand j'apparais devant le public, je deviens quelqu'un d'autre. Ça, c'est un don de Dieu.

Les premiers hits commerciaux du blues étaient chantés par des femmes. Elles ont pourtant cédé la place aux hommes...

Les femmes ont longtemps été déconsidérées. Ouais, elle ne sait pas faire ci, elle ne sait pas faire ça, elle n'a pas de technique . Aujourd'hui les femmes savent. Elles sont allées très loin dans leur guerre musicale. Imagine que tu joues d'un instrument. Bon, ça marche aussi si tu chantes, mais c'est encore plus vrai quand tu joues d'un instrument. Moi par exemple, j'ai très bien appris à jouer. Quand je joue en groupe, finalement, les musiciens, c'est pour moi qu'ils jouent. Il y a la technique, bien sûr. Je connais MI, LA, RÉ, SOL, SI, MI, je connais mes gammes mineures et majeures. Mais ce n'est pas tout. Tu apprends à accorder ta guitare. A régler le volume. Quand tu joues sur une guitare à corps creux, la première chose à apprendre c'est régler l'instrument. Moi, j'ai appris tout ça.

Le monde, et pas seulement dans la musique, fonctionne sur des principes machistes. Les hommes tentent d'opprimer les femmes, c'est arrivé dans le passé et maintenant ça revient ! Les mecs essaient toujours de t'apprendre des trucs. En fait, ils sont jaloux de voir une femme accomplie avoir du succès. On m'avait dit que ça allait m'arriver. Je me disais : N'en tiens pas compte. Continue comme ça . [Rires.]

Il y a plus de femmes dans la soul, le R&B et le gospel que dans le blues. Les femmes ont-elles manqué leur rencontre avec le blues ?

Avant, les gens étaient plus sérieux, aujourd'hui le monde du blues a beaucoup changé. Avant, on apportait un grand soin aux répétitions pour un concert ou un enregistrement. Maintenant, on a l'impression que les musiciens ne sont là que pour passer un bon moment. Dans les années soixante, quand je jouais de la guitare rythmique avec Piano Red, on répétait trois fois par semaine, et si on faisait une session d'enregistrement avec Dr Feelgood and the Interns , on répétait tous les jours. Là, à Nashville, on est entré en studio et on a fait nos sessions directement. Aujourd'hui, notre musique et nos groupes ne sont pas pris au sérieux, contrairement à ce qui se passait autrefois.

Comment furent vos débuts avec Piano Red ?

C'était en 1957... ou 59. Je jouais avec un groupe. C'était mon tout premier band. La première chanson que j'ai apprise était ' John Henry' . Je devais m'accorder en MI naturel. Après ça, j'ai rencontré ce jeune homme, Bobby Tuggle. Ce soir-là on répétait. Bobby est passé, il m'a dit : Piano Red cherche un guitariste. Pourquoi tu ne l'appellerais pas ? ' C'est ce que j'ai fait. Et puis on a commencé à tourner dans les facs, celles de Géorgie, de Yale, de Chicago. C'est à ce moment-là que j'ai appris à accorder ma guitare. A l'époque il n'y avait pas d'accordeurs, il fallait s'accorder sur le piano. Dans la foulée Piano Red et moi avons rencontré des musiciens, nous avons formé Piano Red and the Middletons . Plus tard le groupe est devenu The Houserockers . On était trois guitaristes au sein du groupe. C'était une grande époque, on a même réussi à décrocher un disque de platine. Je pense qu'en France Piano Red doit encore être célèbre.

Dans le disque Sisters Of The South , la plupart des chanteuses viennent de Géorgie. En tous cas du Sud. La condition des femmes du Sud doit-elle encore évoluer ?

C'est le genre humain dans sa totalité qui doit évoluer ! Ça m'a toujours semblé difficile d'être une femme dans un monde d'hommes.

Vous considérez-vous plutôt comme une chanteuse de blues, de gospel ou de folk ?

Je suis polyvalente. Je ne me reconnais dans aucune de ces étiquettes. Je fais du gospel et du blues. Maintenant, je joue de l'harmonica. Tout le monde a un don qu'il tient de Dieu, il faut savoir le trouver. Avant je ne chantais pas, maintenant je chante et je joue de l'harmonica. Je suis juste une guitariste et une chanteuse. Je suis pétrie de tant de styles musicaux différents, que je ne sais pas comment me définir. J'imagine que je peux être cataloguée dans le blues, mais j'ai grandi avec tellement de musiques variées, et je peux m'adapter à tant d'univers différents !

Vincent Mehl & Laure-Lou Schwach

Discographie sélective:

Back in business - Music Maker - 1999

Feelings of Beverly 'guitar' Watkins - Music Maker - 2004

Don't mess with Miss Watkins - Music Maker - 2007