Interview :
Comment vient-on au blues quand on a grandi à Belfast ?
Les Irlandais ont une grande culture musicale et j'aime cette culture. Je peux jouer beaucoup d'airs traditionnels, mais mon parcours, c'est le Blues. Quand j'étais jeune, j'habitais à côté d'un centre paroissial. Des orchestres de danse venaient s'y produire. Je regardais le pianiste et le guitariste. Je voulais devenir comme eux. Mon père était marin sur un navire marchand et il rapportait des disques des USA, du swing, du jazz, du be-bop et du gospel. Il était très difficile de se procurer des disques de blues à Belfast, c'était vraiment très limité. Au début des années soixante, la musique, c'était surtout le rock 'n' roll et la country.
Mon frère aîné avait une guitare, mais ça n'a pas duré longtemps. Il ne savait pas en jouer, mais moi je suis tombé amoureux de cet instrument très jeune. J'ai appris en autodidacte. J'ai imité les accords et les touchers des autres guitaristes dans les clubs de Belfast.
Je n'ai pas arrêté de jouer depuis mes 16 ans, mais j'exerçais en même temps différents métiers. Parfois j'étais pro, parfois semi pro.
La soul music m'a aussi énormément influencé. Autant que le blues en fait. Au milieu des sixties, j'ai joué avec un orchestre de Soul. J'étais chanteur et guitariste. L'orchestre s'appelait Soul Foundation . Il y avait basse, batterie, synthétiseur, 3 saxos, 3 chanteuses. Grand son, beaucoup de plaisir.
Adolescent, tu étais copain avec Gary Moore...
Le boom du blues est arrivé en Grande-Bretagne au milieu des années soixante. Des groupes comme les Animals, les Yardbirds, John Mayall, Fleetwood Mac étaient des musiciens pop mais leur musique était basée sur le blues. Gary Moore et moi-même étions dans des écoles différentes. J'ai rencontré Gary à un concert, il avait 14 ans, il avait un groupe qui s'appelait les Barons . Nous nous sommes rencontrés dans le circuit pop en jouant du blues. Nous jouions aux mêmes endroits et parfois même ensemble. C'était au tout début des années soixante.
Il y a eu aussi Rory Gallagher...
Rory a exercé son influence sur beaucoup de guitaristes irlandais. Sa virtuosité et son énergie à la guitare étaient un vrai bonheur à voir. Un jour ma section rythmique m'a quitté pour rejoindre Rory. Je n'ai pas ressenti d'amertume, en fait j'étais très content qu'ils aillent jouer avec lui.
L'opposition entre les catholiques et les protestants a généré pas mal de troubles...
A l'époque, la plus grande partie du centre de Belfast se divisait entre zone catholique et zone protestante. C'était moins vrai pour les banlieues plus intégrées avec les nouveaux plans de développement de logements. C'était normal depuis 1920. Depuis rien n'a beaucoup changé. Les choses ont empiré à partir de 1969. Le problème entre les catholiques et les protestants était à la fois politique et religieux. La plupart des catholiques pensaient que l'Irlande devait être unifiée, tandis que la plupart des protestants se ralliaient à la Grande Bretagne, d'où le problème. Si les politiciens faisaient preuve de responsabilité, les choses pourraient aller mieux pour tout le monde. Avant les troubles je jouais partout. Pendant le conflit, j'ai dû rester dans les enclaves catholiques. La sécurité comptait avant tout. C'était sans doute la même chose de l'autre côté.