Roland Tchakounté
Waka

Né au Cameroun, il commence sa carrière en enregistrant deux vinyles dans les studios de Douala avant de venir s'installer en France en 1990. Apôtre de la liberté, il prend une petite dizaine d'années avant d'enregistrer son premier album européen, l'excellent Bred Bouh Shuga Blues , dans lequel il chante dans son dialecte natal, le bamiléké. Puis ce sera Aba Ngo et les concerts en Europe, au Japon, aux Etats-Unis. Son nouveau CD, enregistré en Belgique en 2007, et toujours chanté en bamiléké s'intitule Waka.

Je venais de découvrir le blues...

Bien qu'ayant appris à chanter sur des musiques afro-américaines, Roland a toujours flirté avec les musiques traditionnelles, celles qui, brutes et profondes, ne respectent aucune structure et sont plus un prétexte servant à aborder des sentiments souvent tristes sur des mélodies sauvages. Longtemps restée secrète, cette passion a fini par prendre le dessus grâce à deux grands artistes. « Un jour, à Paris, j'ai découvert un morceau qui m'a totalement bouleversé ! Il s'agissait de 'Crawling Kingsnake' de John Lee Hooker. J'ai tout d'abord cru que c'était un de ces Africains qui avait américanisé son nom mais mon ami Samba Ndiaye, ex-guitariste de Mory Kanté, m'a très vite confirmé que c'était là son vrai nom et qu'il s'agissait bien d'un Américain, un Américain qui chantait comme un sauvage et non comme James Brown ou Wilson Picket ! Je venais de découvrir le blues, source de toutes les musiques sur lesquelles j'ai appris à chanter. La similitude entre la musique de John Lee Hooker et celle que j'ai toujours adorée a déterminé mon orientation musicale. Et puis le 24 décembre 2001, j'ai découvert à la Fnac de Noisy-le-Grand celui qui m'a complètement débarrassé du complexe de chanter le blues en bamiléké. Il s'agissait d'Ali Farka Touré. J'ai compris que cette musique touchait des gens en Europe et que j'avais, dans mon répertoire, de quoi les satisfaire. Moi qui pensais que ça n'intéresserait personne ! »

La rencontre en 2004 avec Mick Ravassat, le slideur du Révérend Blues Gang , sera décisive puisque c'est désormais vers le duo acoustique que Roland Tchakounté s'engage, tentant quelques belles expériences en Angleterre et au Japon avant de se mettre sérieusement à l'écriture d'un nouvel album, Aba Ngo , affichant un jeu de guitare tout en finesse et chanté en bamiléké.

Chicago, Montréal, Cognac

Premiers artistes français invités par Barry Dolins à se produire au Chicago Blues Festival en 2005, Roland et Mick sauront saisir leur chance, se faire remarquer par un public conquis par la maestria avec laquelle ils manient la voix éraillée, juste ce qu'il faut, et la guitare acoustique pour le premier, le dobro et les résonateurs pour le second. « Deux jours après le concert, on se promenait dans Chicago et des gens nous abordaient pour nous demander de leur signer des autographes... C'est dingue ! » , se souvient Mick avec de petites étoiles dans les yeux. Et il y a eu aussi Montréal et le FestiBlues, mais aussi, plus près de nous Cognac.

« Pour connaître l'âme d'un homme ou d'un peuple, écoute l'émotion qui se dégage à travers sa musique » Roland Tchakounté

La musique de Roland et Mick est d'une approche plutôt simple. C'est la rencontre d'un bottleneck, de quelques doigts et de six cordes à chaque instrument, mais c'est aussi un creuset où se mélangent, dans un lit de culture américaine, les influences africaines de Roland et celles, européennes, de Mick. Chacun faisant naturellement l'effort de s'ouvrir à la façon de jouer de l'autre. Le sourire aux lèvres et les yeux dans ceux du public, Roland est le moteur du duo, celui qui lui donne son feeling et son côté exotique attachant. Concentré sur son jeu, penché sur son instrument, Mick est l'essence qui le fait avancer en lui conférant ses hautes capacités techniques sans pour autant en faire des tonnes. Car ce qui prime dans cette aventure en noir et blanc, c'est la sobriété et la spontanéité de l'ensemble, ce côté faussement facile qui cache des sommes considérables de travail de composition et de mise en place.

Lutter sans répit

Roland : «  Tout ce que je peux dire, c'est que le blues, c'est mon univers. Je peux exprimer, à travers cette musique, toutes les angoisses, toutes les souffrances que je subis depuis le jour où j'ai vu la boutique de mon père partir en fumée. J'avais dix ans. Ce jour-là, ma vie qui n'était jusqu'ici que jeux et insouciance a basculé du mauvais côté. C'est le début des difficultés à joindre les deux bouts, partir à l'école le ventre vide et en revenir sans être sûr de trouver à manger à la maison. C'était le quotidien de mes sept soeurs   et moi-même. Mon père ne s'en est jamais relevé et il en a souffert jusqu'à sa mort. J'ai vu se consumer, dans cet incendie, la fierté d'un homme. Ma vie, dès ce jour, n'a consisté qu'à lutter, lutter sans répit. J'ai pourtant cessé d'être triste. J'aime voir la vie du bon côté et je ne rate pas une seule occasion de rire, d'extérioriser mes joies, que ce soit dans la vie de tous les jours ou sur scène  ».

www.roland-tchakounte.com

www.myspace.com/rolandtchakounte

Fred Delforge

 

Roland Tchakounté : Waka

GENRE MUSICAL  : Universel

COMPOSITIONS  : 13 sur 13

LIVRET  : Beau

LABEL  : BCA Records

DISTRIBUTEUR  : www.roland-tchakounte.com

L'AVIS DE LA REDACTION  : Standing Ovation !

Chronique :

Ce disque est un vrai régal et confirme, s'il en était besoin, le talent et la créativité de son auteur, artiste ouvert et chaleureux. Traditionnelle ou moderne, aucune étiquette n'adhère sur cette musique et c'est tant mieux. Elle est née pour faire le tour du monde et a le don de faire du bien. Sa particularité touche à l'universalité. Ancrée en Afrique, elle intègre des accents venus d'Amérique et des rythmes nés en Europe. La voix est belle et grave, le chant est profond. Ligne de basse lancinante, arpèges clairs, interventions d'harmonica vibrionnantes, percussions éclatantes et traits d'orgue, il suffit de se laisser porter et emporter. Partir ailleurs. Selon les titres, les ambiances lascives ou festives distillent un sentiment de rêve éveillé ou de réalité tangible et on se laisse tout entier envahir par les mélodies de Roland Tchakounté. La puissance de l'interprétation, de ce blues made in Africa, fait que si les textes en bamiléké sont hermétiques, l'émotion passe quand même. La production de ce disque enregistré en Belgique est parfaite et il serait injuste de ne pas citer les autres musiciens qui, eux aussi, sont excellents. Mick Ravassat est aux guitares, acoustique, électrique et dobro, Mathias Bernheim est aux percussions et Christian Rousset oeuvre aux claviers.

Gilles Blampain