Big Dez
Vous pouvez sourire !

Avec son nouveau CD You Can Smile, le band redistribue les cartes, prend la main et reste maître du jeu de bout en bout pour rafler la mise. Chapeau! Car les cartes ne sont pas biseautées et il n'y a aucun bluff. Son mélange de styles, blues et soul, jazz et rock, explose les cadres et fusionne les genres. Les émotions se conjuguent sur le même mode mais l'enthousiasme prime à coup sûr sur la mélancolie et l'humour n'est jamais loin.

La sortie de ce CD était l'occasion de s'entretenir avec Phil Fernandez et Bala Pradal.

Interview :

Après le Texas pour les 2 précédents CD, le nouveau 'You Can Smile' a été enregistré dans le Missouri. Il y a de bons studios en France, pourquoi aller aux USA ?

On aime aller aux USA. Pas pour les dirigeants politiques mais pour les amis qu'on y a. Pour le feeling, les images du voyage. Une bonne partie des racines du blues vient de là-bas ; beaucoup de musiciens y pratiquent ce genre. Les ingénieurs du son sont plus habitués à cette musique que ceux d'ici. Et puis c'est tellement plus fun de se retrouver au restau avec Jimmy Vaughan pendant les pauses plutôt qu'avec Vincent Delerme si tu enregistres à Paname.

En combien de temps le CD a-t-il été fait ?  

5 jours de prises et 3 jours de mix ! Le studio est complètement perdu dans la cambrousse, au milieu de champs et de bois truffés de tiques, moustiques, rattlesnakes et coyotes. L'ambiance était excellente : grand studio tout confort, avec chambres, internet,   home cinéma, cuisine avec frigo rempli de bières. Le boss et les techniciens charmants et ultra disponibles. Ils nous guidaient même entre les séances et nous ont fait découvrir en particulier quelques restaurants où on ne risquait pas de s'empoisonner. Jamestown est une petite bourgade très calme, dans un coin bien tranquille. Le climat était un peu plombé par le décès de quelques boys de la région, très jeunes, tués en Irak. Beaucoup d'agriculture et d'élevage. Les Amishs font partie du décor. Les autochtones se demandaient ce qu'on venait faire dans ce bled où le tourisme est inexistant.

Un peu plus de soul et de funk dans ce nouveau CD et dans les titres qu'il signe, Bala Pradal aime bien plaquer quelques accords de jazz sur ses claviers. Est-ce une voie que le groupe va creuser ?

Non, on n'a pas l'intention de creuser une voie jazz. Bala écoute cette musique depuis longtemps d'où des teintes spontanées de jazz sur nos morceaux, mais il reste blues avant tout.

Paroles et musiques, tu signes la plupart des titres, as-tu la plume facile ou te considères-tu comme un besogneux ? L'inspiration vient-elle facilement ou non ?

Ni l'un ni l'autre ! Ça dépend des jours et du moment, des fois l'inspiration vient d'un coup et puis il peut y avoir un long moment sans rien avoir à raconter.

Guitare, claviers, harmo, basse, les rôles sont biens distribués, mais il semble que le band n'a pas de batteur attitré. A quoi cela tient-il ?

Le band a un batteur attitré, c'est Steph Minana. Il n'a pas pu venir à Saint Louis, d'où la prestation de Michael Cherry sur tout l'album. Depuis un moment, hélas c'est plutôt la valse des bassistes au sein du groupe. Ils sont attirés par d'autres activités et ne peuvent se consacrer complètement aux dates programmées.

Sur les séances de studio on retrouve en invités deux amis de longue date : Gordon Beadle au sax et Preston Hubbard à la basse. Votre amitié remonte à quand ? Comment c'est fait la rencontre ?

Il y a quelques années, on a vu Gordon Beadle en concert au New Morning. On l'a invité le lendemain lors d'un des premiers concerts de Big Dez. Il est venu pensant ne jouer que sur un ou deux morceaux, mais il est resté avec nous tout le concert. Le contact humain et musical a fonctionné très vite. Depuis ce jour, on joue régulièrement ensemble.

Preston Hubbard, lui, on l'a rencontré à Austin, puis à Paris par l'intermédiaire de Nico Léophonte, le batteur qui joue avec nous sur Night After Night. Avec lui aussi il y a eu un gros feeling immédiat.

La rencontre avec Michael Cherry s'est faite au Baryton (actuel One Way) lors d'un gig des Bel Airs, puis lors d'un voyage à Saint Louis. Il a eu l'idée d'enregistrer à Jamestown, vu qu'il vit à côté du studio. Notre amitié s'est renforcée au fil des années. Ce qui est important aussi pour nous, c'est de travailler avec eux, car on les connaissait depuis longtemps pour avoir écouté et joué leur musique.

Le groupe tourne pas mal en Europe : Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Pays-Bas, la France bien sûr et d'autres pays peut-être. Combien de dates chaque année ?

On fait environ 100 à 150 concerts chaque année. C'est en France qu'on tourne le plus, mais les conditions sont meilleures pour jouer en Allemagne et en Espagne.

En fait, nous aimons jouer dans tous les pays. Un petit plus cependant pour la France, l'Allemagne et l'Espagne : la France pour les cachets des festivals, la nourriture et le pinard bien sûr ! L'Allemagne pour l'organisation et la ponctualité et l'Espagne pour l'accueil, la beauté des sites et l'enthousiasme du public.

Y a-t-il des lieux en France, où le band a joué, que tu affectionnes particulièrement?

En France. Les premiers lieux qui nous viennent à l'esprit (ce n'est pas une liste exhaustive) : l'hôtel du Lac à Villegusien, le Mulinacciu en Corse, près de Porto Vecchio, les Festivals de Cahors et Cognac, le Jack's Blues à Cagnes-sur-Mer. Tous ces lieux pour la qualité de l'accueil, la chaleur humaine, bref, le feeling des propriétaires et organisateurs.

Est-ce facile ou non actuellement de décrocher des contrats ?

Non, la concurrence est rude. Les budgets sont aussi de plus en plus légers. Il faut aussi beaucoup de ténacité au niveau des contacts. Surtout si tu n'as pas d'argent.

Un bilan sur les CD précédents. L'accueil du public, les ventes, la diffusion en France, à l'étranger...

Malgré le succès de nos albums dans la presse, les ventes ne suivent hélas pas réellement. Grâce à Rémi Parisse, les distributions chez Virgin de Sail On Blues, puis chez EMI de Night After Night nous ont quand même permis d'être présents dans tous les bacs de l'hexagone. Le lancement a été bon, mais le suivi plus difficile. Les ventes en concert restent plus bénéfiques puisqu'on prend 100% de la vente. A l'étranger, malgré de très bonnes critiques (USA, Hollande, Belgique, Angleterre) le miracle n'a pas eu lieu ! Nous sommes toujours pauvres !

Vu que le groupe enregistre outre-Atlantique, en dehors des jams avec d'autres musiciens, vous êtes-vous déjà produits là-bas en tant que Big Dez ?  

En dehors des nombreuses jams effectuées à Chicago, Saint Louis et Austin, nous avons donné un   seul concert sous le nom de Big Dez au Joe's Generic sur 6th street à Austin, lors de l'enregistrement de Sail On Blues. Très bon accueil. Le public était heureusement surpris de voir des frenchies envoyer la sauce ! Les musiciens locaux sont toujours prêts à jouer avec toi et à te faire monter sur scène à la moindre occasion. Aucun malaise !

Le groupe existe depuis 1996. Après plus d'une décennie d'aventures, sans parler de bilan, quel constat peux-tu faire à propos de Big Dez ? 

Il y a eu beaucoup de musiciens de qualité aux influences multiples qui se sont succédés au sein du groupe. Seuls Bala et moi étions dans le band originel. Notre musique est devenue plus riche en compositions et reste un condensé de beaucoup d'influences afro-américaines. La qualité de notre jeu et de nos albums s'améliore progressivement. Le rock'n'roll y a pris une bonne place, mais nous restons fidèles au blues avant tout. Nous avons aussi traîné nos instruments dans une grande partie de l'Europe occidentale et nous y avons tissé un bon réseau d'amis et de musiciens ainsi qu'aux USA. C'est difficile d'être musicien de blues mais on y croit à fond et on donne le maximum quand on est sur scène. Le public nous aime et on aime le public.

Au fil des ans, on imagine qu'il y a de bons et de moins bons souvenirs...

Dans les bons souvenirs, il y a les premiers concerts à l'étranger, aux Pays-Bas où les clubs étaient pleins, où personne ne nous connaissait et où on ne connaissait personne. On a fait un tabac, ce qui nous a vraiment éclaté.

Côté galères. En Suisse, à la Chaux-de-Fonds. En jouant, on regardait par les fenêtres du Club. La neige tombait à gros flocons. Le lendemain matin, 30 cm. Le camion recouvert. Pas de chaînes. On jouait au Méridien à Paris le soir même. On a dégagé les roues et on est parti à 40 km/h, direction la capitale. Les routes étaient bordées de véhicules accidentés. On est arrivé pile pour la balance, après 9 heures de route et on s'est enquillé les 2 sets d'1h1/2 : totalement explosés. Ça a quand même marché.

Y a-t-il une tournée de promo prévue pour la sortie de 'You Can Smile' ?

Pas vraiment. La promotion de You Can Smile aura lieu quasiment à chaque concert ou tournée puisque nous tâcherons d'y jouer un maximum de morceaux de l'album.

Pourquoi avoir signé avec Why Note ?

Nous connaissions Stéphane Jumelle depuis un moment. Nous avons un bon feeling avec lui. Il est un des responsables du jeune label « Why Note ». Nous avons signé un contrat de collaboration « sèche », c'est-à-dire sans promotion.

Quels sont les projets immédiats du groupe ?

Gigs, festivals et l'enregistrement d'un album live. Tout devrait se décanter d'ici peu. Le rêve serait quand même d'avoir du travail à gogo.

www.bigdez.com

www.myspace.com/bigdezbluesband

Gilles Blampain

Big Dez : You Can Smile

GENRE MUSICAL  : Soul, Funk, Rock

COMPOSITIONS  : 11 sur 13

LIVRET  : Bien

LABEL  : Why Note

DISTRIBUTEUR  : Nocturne

L'AVIS DE LA REDACTION  : Standing Ovation !

Chronique :

Jane Russell et James Stewart sur la couv' pourraient faire penser à un disque rétro, mais si nostalgie il y a, ce n'est pas dans la musique, car l'ambiance sonore est résolument actuelle. Chaud, sensuel, sexy, Big Dez frappe fort et envoie le grand jeu sans retenue. Feeling soul, funk attitude et rock dans l'esprit, le beat est tonique et le groove est ardent. La guitare trépidante a des fourmis dans les cordes, la basse bourdonne, l'orgue gronde, cogne ou caresse, l'harmo s'enflamme et sax et cuivres font monter la tension. La voix est portée par l'ensemble et les choeurs apportent un supplément de plaisir. C'est la fête des sens. Avec d'excellentes compositions, dont trois sans parole, et seulement deux reprises, ' You Don't Know What Love Is ' et ' Shake Your Money Maker ' dans un style très personnel, You Can Smile est un disque stimulant. Si quelques titres moelleux apaisent par moment l'excitation, c'est pour mieux susciter le désir et repartir vers des rythmes plus saccadés. La production est nickel et pour cet enregistrement entièrement made in USA, le band a convié les potes habituels, Gordon Beadle au sax et Preston Hubbard à la basse, et invité Michael Cherry, le batteur des Bel Airs, à marquer le tempo sur tous les titres. On aimerait que ça dure plus longtemps, malheureusement c'est là que le principe de plaisir s'oppose au principe de réalité.

Gilles Blampain