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10/19
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UNE CHANSON




blues see see rider
blues see see rider
blues see see rider


You See See Rider, see what you have done
See See Rider, you see what you have done

En octobre 1924, Gertrude ‘Ma’ Rainey, chanteuse alors en vogue, grave le titre ‘See See Rider’ dans les studios de la Paramount. Elle en est co-auteur avec Lena Arent, en s’appuyant sur un thème traditionnel. Elle est accompagnée pour l’occasion par un band dont les membres connaîtront une belle carrière : Louis Armstrong (cornet), Buster Bailey (clarinette), Charlie Green (tuba), Fletcher Henderson (piano), Charlie Dixon (banjo). Ma Rainey ne se doute certainement pas qu’elle est entrain de créer un standard monumental qui s’inscrira dans les répertoires blues, jazz et rock.
En 1934 Big Bill Broonzy, avec la maestria qui le caractérise, en donne une fabuleuse et délicate version instrumentale sur le label Banner. Texas Alexander l’enregistre la même année chez Vocalion.
Mais que signifie au juste ce titre ?
A l’origine le terme Easy Rider désigne la guitare accrochée au dos du bluesman en voyage. Mais dans le langage du blues, Easy Rider, déformé en See See Rider ou C.C Rider, devient Zone de Texte:une métaphore pour le partenaire sexuel. Selon le sexe les significations sont différentes. Appliquée à une femme c’est une expression d'admiration, pour un homme ça reflète l’insouciance et l’infidélité. Un Easy Rider peut également être le souteneur ou l’amant en titre d'une prostituée qui ne paye pas pour l’étreinte, d’où le nom ‘easy’ (facile, sans façon).

I said see, See See Rider
Oh, see what you have done
Oh girl, you made me love you
Now, now, now your lovin' man has gone

Il s’agit ici d’une partenaire, et Ma Rainey parle bien d’une femme car elle affichait ouvertement sa bisexualité.

En 1940 Leadbelly reprend le titre. La chanteuse Wee Bea Booze le classe n°1 des charts rhythm’n’blues en 1943. En 1944 le trompettiste Bunk Johnson y va de sa version. En 1948, c’est Lightnin’ Hopkins qui prend le relais. A partir de là les interprétations vont prendre des teintes différentes selon les artistes. En 1950, le guitariste Tiny Grimes lui donne les couleurs du jazz, en 1952 the Orioles le déclinent en doo wop. Chuck Willis en fait un slow-rock en 1957. Au même moment le tromboniste et chef d’orchestre Wilbur De Paris le récupère en jazz tandis que Jimmy Witherspoon l’interprète en blues. En 1959, sur son premier disque chez Folkways New Orleans Street Singer, Snooks Eaglin revisite le titre façon folk-blues et le Red Garland Trio en fait une version instrumentale avec un piano jazzy cool de la plus belle facture sur le label Prestige. En 1960, Charlie Rich en fait une adaptation country chaloupée.

     

    See See Rider,
         .Oh see what you have done
.Yeah, yeah, yeah

Maintes fois reprises dans les années 50, See See Rider continue de séduire beaucoup d’artistes. Dans les années 60, les plus grands interprètes semblent vouloir l’inscrire dans leur set list. Sur quel label ne trouve-t-on pas le titre ? La chanson s’inscrit hors du temps et traverse les décennies pour s’offrir un nouveau public.
Tout comme Peggy Lee, LaVern Baker l’enregistre en 1962. Ella Fitzgerald la met en 1963 sur son album These Are The Blues. Jimmy Reed ne se prive pas non plus d’un tel joyau. En 1964 Big Joe Williams allonge la liste en compagnie de Jimmy Smith et Ray Charles. En 1965, Cher ainsi que les Everly Brothers y vont de leur contribution et l’organiste Jimmy McGriff, avec une pointe de funk, en fait une chaleureuse version instrumentale. En1967, les Animals se séparent. Eric Burdon continue alors l’aventure avec d’autres musiciens sous le nom de Eric Burdon and the Animals et triomphe avec ‘See See Rider’ sur le label Decca. Dans les années qui suivent d’autres artistes accrochent la chanson à leur répertoire, faisant, selon leur personnalité, des Zone de Texte:

versions tendres ou percutantes : Johnny Rivers, Jerry Lee Lewis, Don Covay, Johnny Otis. En 1970, Elvis Presley en fait une adaptation très enlevée avec section de cuivres et chœur pour ouvrir son show. Le hard-rock s’empare du titre en 1972 avec le band Jukin’ Bone. Plus tard ce sera le tour de Bruce Springsteen, Doctor John et Piano Red. En 1980, John Lee Hooker l’enregistre sur son album Sittin’ Here Thinkin’. En 1991 le jazzman Gene Harris remet le titre à l’honneur. Ma Rainey est décédé en 1939, mais See See Rider est toujours là pour nous rappeler sa contribution à l’histoire de la musique populaire. L’aventure n’est pas terminée.

 

 

Gilles Blampain

      

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