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09/19
Chroniques CD du mois Interview: JACQUES GARCIA Livres & Publications
Portrait: JIMMY ROGERS Interview: GEOFFREY LUCKY PEPPER Dossier: LESLIE
 


CD
L’affaire MoOonshiners


 

Mooonset Mooonrise

OVNI délicat…
Qu’est-ce que c’est que cet OVNI ? Une pièce montée indescriptible en quelques lignes, bourrée de surprises. Il s’agit apparemment d’un double album deux-humeurs : un disque « loooud » et un disque « coool » (Les MoOonshiners ne conçoivent la lettre ‘O’ qu’en triples croches.)
Comment s’appelle l’album ? Son nom semble annoté au porte-plume, de la main gauche. En tenant compte de la loi des trois ‘o’, on devrait obtenir : Mooonset Mooonrise.
L’intitulé de ces 21 plages, une bonne partie d’entre elles en tout cas, donne un aperçu de la charade sonore qui attend l’auditeur : ‘L.I.T.O.L.M.’, ‘Woofriii’, ‘L.I.C.T.T.Y.’ ou ‘B.I.M.S.’. On dirait une devinette à tiroirs façon Dylan (Blonde On Blonde, album des adverbes…).
Une dernière précision avant de s’enfoncer dans le maquis des styles : l’effet vitrail dans le vitrail. Du solo de guitare à la chanson, et de la chanson aux disques (rappel : il y en a deux), les MoOonshiners mettent en abyme une foison de micro-styles qui forment un bloc de couleurs, lequel s’insère dans un autre bloc de couleurs pour bâtir, à l’arrivée, ce monument multicolore et phosphorescent… assemblé avec délicatesse.
La délicatesse est bien l’impression qui domine, même pendant les emballements metal de la rondelle « loooud ». Et comme rien n’est simple avec cet album, deux titres sur « loooud » et deux titres sur « coool » laissent préjuger à tort que chaque disque aurait un style propre. Bien sûr, c’est un piège. « Loooud » : hard blues à la dynamique metal ? « Coool » : ballades éthérées et intimistes ? Méfi ! La ligne de partage des titres semble avoir un autrZone de Texte:  e alibi.

Album déconceptualisé ?
« Coool », la lune descendante (Mooonset), serait un disque de chansons. Elles sont plutôt country-rock et leurs mélodies, capiteuses et précises. « Coool » est homogène. La touche country-rock doit beaucoup à Alexx, qui a la voix d’une chanteuse de country.
Les deux faces « loooud » (la lune montante : Mooonrise) sont, elles, hétéroclites. Il s’agirait d’un disque plus expérimental. Ici, Alexx réussit l’exploit de la mélodie fantôme, elle crée l’illusion d’une mélodie qui n’existe pas. Le secret du disque « loooud » ? Une double pédale metal sur la grosse caisse, une guitare rythmique saturée et, sérieux contraste : une lead au son clair, plus la voix légère d’Alexx. On mélange tout maintenant, on obtient une mosaïque fine de hard blues, metal, boogie lourd avec marathons de riffs comme chez Canned Heat, rock’n’roll, country-rock, ballades, un jump, un titre groovy chic et jazzy-funk, disons… West Coast ? Avec, ici et là, une pointe de psychédélisme et même, sur le final de ‘We Float’, quelque chose qui renverrait à ‘Groove In The Heart’, le tube house des années 90 signé Deee-Lite (encore des oufs de la triple voyelle !). Le plus étonnant, c’est que ce vrac marche du feu de Dieu ! La réunion des deux disques donne le sentiment d’une inspiration irrépressible, une émulsion géniale. On pourrait penser à Exile On Main Street à cause du disque « coool », country-rock, mais ce genre de concept-album, ou plutôt d’album déconceptualisé (joyeux foutoir, quoi), rappelle  surtout, dans l’esprit,  le Clash et ses deux labyrinthes : London Calling et Sandinista.

Pink Clash !
D’ailleurs, l’une des deux reprises de l’album est ‘Should I Stay Or Should I Go’. Enfin, leur cover commence par un autre cover : ‘Mannish Boy’, avant de justifier son titre. La deuxième reprise est ‘Comfortably Numb’, de Pink Floyd. Il y a trente ans, la mise en promiscuité du Clash et du Floyd leur aurait valu la cour martiale pour haute trahison ! ‘Comfortably Numb’ est précédée par un titre de leur composition, livré en deux parties : ‘I’m Going Fishing’. Le son des guitares et le toucher des cordes font une révérence évidente à David Gilmour, surtout le Gilmour d’ ‘Another Brick In The Wall’.
Il n’y a pas à tortiller, cette protubérance est un événement qui dépasse sans doute leurs auteurs (et, à coup sûr, le présent rédacteur !). On ne peut pas l’embrasser en quelques écoutes, il faudra sans doute plusieurs mois de décantation pour comprendre le sens de cette énigme. Ce qu’on peut affirmer dans l’immédiat : le chant de ce sphinx est accessible, très inspiré, pas mal hétéroclite (‘L.I.C.T.T.Y.’), très bien écrit (‘Not The Best’), très bien chanté (‘Emperor’s Boogie’), très bien joué (‘Well Done’, ‘Alisona’), et l’ensemble est très bien mis en scène. Maintenant, est-ce que très + très + très s’additionnent ou se neutralisent… Est-ce que le groupe en tirera du profit ou un préjudice… Sandinista avait attendu dix bonnes années avant d’être salué comme un album visionnaire, réhabilité a posteriori (par définition) quand tous les oracles qu’il annonçait se furent réalisés. Bien sûr, le marché français n’a pas l’envergure internationale des productions anglo-saxonnes. Mooonset Mooonrise n’aura peut-être même pas l’occasion de passer l’épreuve du temps !
Christian Casoni