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10/20
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Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dossier
FENDER STRATOCASTER


BLUES PIEDMONT BLUES
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FENDER STRATOCASTER






L’icône indémodable.
 

Des inventions qui ont marqué l’après-guerre : la bombe atomique et la Fender Stratocaster, la Stratocaster est de loin celle que je préfère. Du point de vue de M. Fender, elle n’était pas conçue dans l’optique de révolutionner la fender stratocastermusique, mais plutôt d’améliorer techniquement les guitares déjà existantes. Elle n’était pas non plus spécialement conçue pour le rock’n’roll. Ce sont les musiciens de rock’n’roll qui sont venus à elle, qui ont créé ses voies : « à Leo Fender qui l’a mise au monde et à Jimi Hendrix qui l’a portée au-delà ».

Face A : les meilleurs
Un jeune homme répondant au nom de Buddy Holly passe au show TV d’Ed Sullivan fin 1957 en grattant sur un drôle d’engin à cordes. La dernière innovation de chez Fender n’existe que depuis 3 ans et n’est pas particulièrement connue. « C’est une guitare ça ? » se demandent les gens, suspicieux par nature, davantage habitués à des guitares conventionnelles comme le ukulélé baryton ou le banjo (et avec toutes ces rumeurs d’OVNI…). 25 juillet 1965, Newport Festival : le jour où Bob Dylan est passé à l’électrique. Tel Judas, il a commis l’irréparable : passer sur une Stratocaster, l’enfer ! 1967, Summer of Love, Monterrey Pop Festival, rêveries et débordements cosmiques. Un enfant voodoo allume une Stratocaster décorée 1965, Fiesta Red dans la nuit. Next ?

Epoque bénie où les musiciens de passage chez les marchands d’instruments faisaient la razzia sur toutes les Stratos jouables, en offraient une à chacun de leurs potes et à leurs hôtes bluesmen au cours d’une virée en Rolls Royce, démontant le neck d’une guitare récalcitrante à la fin du gig sous prétexte que le plafond était trop bas. Maintenant, avec tous ces détecteurs de fumée il va falloir faire quelque chose, non ?

Face B : les pires
La Stratocaster ne nous paraît pas si préhistorique, car on a bien vu la moitié des groupes pop-rock de la planète – de Chicago à L.A, de London à Buenos Aires – poser avec un modèle de Strat dans les 00’s, 90’s, 80’s, 70’s, 60’s, 50’s. la Strat est littéralement une Time Machine, une machine à épouser le temps ; elle a su convenir à toutes les époques et à tous les styles. C’est amusant et dépaysant de plonger dans les images pré-marketing d’époque. De voir les têtes hébétées des Ventures, blonds benêts cravatés arborant sourire commercial et premières Stratocasters (Aïe ! Aïe ! la protestation du fan club de Bob Bogle et Don Wilson qui n’ont pas l’air fin-fin, c’est un fait ! Pur préjugé de ma part, demain je me trouve un disque de The Ventures pour voir). Pourquoi la Stratocaster avec ce nom de série B n’est-elle pas restée l’apanage des objets rétro 50’s ? C’est plus ou moins ce qui s’est produit avec les modèles Fender qui ont suivi (Mustang, Jazzmaster, Jaguar, etc.). Aucun n’a joui d’un succès comparable auprès des musiciens. Et si Clapton avait choisi l’une d’entre elles ? Aujourd’hui, si j’allume ZTV ou ersatz, je cours le risque de tomber sur un groupe pseudo punk-pop présentant de manière précoce le syndrome du look de crétins attardés… avec une Start à côté. Les starlettes montent, brillent, se cassent la gueule, vieillissent, décrépissent ou bien se crashent, et cet immuable instrument ne bouge pas d’un cil : la Startocaster d’aujourd’hui a exactement la même allure qu’en 1954. Sans blagues, elle te rend cool, un peu plus sexy que la moyenne de ton groupe, et surtout qu’est-ce qu’elle sonne ! Réussir son pacte avec Faust, tout en participant à la noyade de Karl Marx. Maligne l’icône américaine !

Un brin d’histoire
La Stratocaster est sortie en 1954 de la fabriquette californienne de guitares créée par un bricoleur de génie, Leo Fender, fender stratocastersoit 4 ans après l’invention de sa grande sœur la Telecaster. Ça se passe aux débuts de l’électrification. Ces premières guitares électriques solid body (caisse pleine) détonnaient par rapport aux autres guitares aux finitions plus élaborées et aux guitares hawaïennes. A cause de la simplicité et de la singularité de leur conception, les Fender Telecaster et Stratocaster étaient alors appelées ‘guitares espagnoles électriques’. Dans l’optimisme de l’après-guerre, Leo Fender voulait s’orienter vers cette nouvelle idée : la production en série. Bill Carson, un musicien qui avait été emballé par la Broadcaster (ancêtre de la Tele), jouait le rôle de cobaye pour les prototypes de Fender en échanges de facilités de paiement. Il a fait germer l’idée de la Start en formulant ses souhaits à propos d’une guitare qui serait à naître. Leo a dit que ça n’allait pas être de la tarte, et puis s’est mis à bricoler, et finalement la réalisation de la Stratocaster à l’air de s’être faite sans trop de heurts, assez naturellement. Cette attention particulière portée au jeu et au confort a participé au succès de la Stratocaster.

Et alors ?
Le nouveau modèle apporte un plus grand confort de jeu (je parle au présent car l’essentiel n’a pas changé depuis plus de 50 ans !). Cet instrument ergonomique est profilé pour le corps, favorisant le positionnement naturel des coudes et des mains : une guitare légère avec un corpsFENDER STRATOCASTER creusé sur l’arrière (idéale pour les bedonnants et les sessions à bière !). 3 micros simples commandés par un sélecteur à 3, puis 5 positions, permettent de varier les sons. Les potentiomètres de tonalité, facilement accessibles, permettent – bien plus que sur les autres guitares – de jouer sur l’intensité : Waouh ! Les petits accords étouffés chez Curtis Mayfield ou Tamla Motown. Et puis il y a ce joujou extra, très apprécié à l’époque : le vibrato… En définitive, c’est une guitare moins rustique, plus moderne que la Telecaster.

La grande longueur de corde vibrante dans la lutherie de la Strat rend les cordes très tendues, ce qui confère ce son claquant. On a souvent un son brillant, effilé, moins mordant que sur la Telecaster, aux antipodes des sons gras des Gibson. Les sonorités élégantes se prêtent admirablement aux nuances et la Start est utilisée sur toutes les facettes du jeu : notes détachées, arpèges, rythmiques et bien sûr les solos. L’histoire du rock est la démonstration même de sa polyvalence, du point de vue des styles musicaux. Il n’en reste pas moins que le son de la Start est caractéristique, surtout dans le blues, avec ses façons particulières de soutirer des pleurs de l’instrument. On reconnaît assez facilement, sans trop se planter, un guitariste qui joue sur une Startocaster.

Sélection
Devant la multitude des modèles proposés, une chatte y perdrait ses petits. L’American Serie est dans sa version Deluxe standard un compromis équilibré de ce qui a été tenté par le passé. Un poil sage peut-être. Fender a réédité la Strat 57, la Strat 62, c’est-à-dire essayé de reproduire les spécifications techniques des modèles historiques. Les modèles signatures tels Stevie Ray Vaughan, Clapton, Buddy Guy, Robert Cray ont été basés sur l’imitation de la guitare fétiche du héros ou ont été travaillées selon ses souhaits. La Rory Gallagher reproduit à l’aide de taches de peintures (!) l’emplacement exact des cracs de vernis de la première Start arrivée en Irlande et qui a salement bourlingué. Avoir la même guitare que son idole, ça peut être tentant, à ceci près que cela reste une excellente guitare… neuve. Pour pas trop cher, on peut trouver des modèles honnêtes des usines mexicaines.
Un amateur de blues préférera peut-être un instrument d’occasion à des séries modernes qui peuvent paraître parfois modernes ou policées. Tout dépend de vos doigts et de vos oreilles : essayez et écoutez ! On peut dénicher une occasion des années 70. Ces Strats 70 (moins cotées que les plus vieilles) sont faites avec un corps en frêne (un poids assez lourd) et ont ‘la grosse tête’, pendant cette époque qui suit la revente de l’atelier Fender au géant CBS. Certaines sont excellentes, d’autres moins bonnes. Il faut essayer. Ce n’est pas mal de jouer sur une gratte déjà faite. On peut trouver une occasion US 90’s pour moins de 1000€. Quant au rêve d’une Start rescapée des 60’s, sachez qu’il coûte bonbon (minimum 5000€). La cote de Château Caster dépend des années, selon l’abondance de la production et l’état de l’objet. Je n’ose pas vous parler des 50’s. Une Strat jouée par Jimi himself s’est vendue 100 000 Livres début 2005 chez Christie’s. Une bagatelle à côté de l’envol de Brownie la première Strat 56 de Clapton (sur ‘Layla’). La pauvre, défrettée, usée jusqu’à la moelle, n’était plus jouable… Restons sur terre…

Martin Drevet