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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
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Dossier
JIM & GENE


blues national guitars
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A l'heure où ressort en grandes pompes le premier album des Doors (avec le DVD et les inévitables archives plus ou moins inédites), histoire d'enfoncer le clou et de soutirer aux amateurs leurs dernières économies, pour du matériel qu'en grande partie ils ont déjà acquis maintes fois, retour sur le livre de Michel Embareck, paru il y a quelques mois.

Un livre qu'il ne faut surtout pas confondre avec ces romans aux accroches aguicheuses, style Petit Déjeuner Avec Mick Jagger, où le titre n'est souvent prétexte qu'à des récits indigestes et médiocres. Expérience parfois douloureuse pour l'auteur - jusqu'à cet obscur écrivain, qui mit en pages Scarlett Johansson... La belle apprécia moyennement, et lui intenta illico un procès. Un fantasme pour le moins coûteux... Bien sûr, chaque romancier inocule plus ou moins de vécu dans son œuvre, et beaucoup ont grandi avec le rock'n'roll. Difficile donc de dénouer la sincérité du pur effet d'annonce...
C'est en tout cas un procès qu'on ne pourra faire à Michel Embareck, bien connu des lecteurs de Best, Rolling Stone ou Libé. Notre homme sait de quoi il parle, même si ce qu'il nous propose n'est pas une énième biographie du Roi Lézard, mais (et c'est tant mieux !) un vrai roman. Le diable boiteux n'étant autre bien entendu qu'Eugene Vincent Craddock, alias Gene Vincent. Se basant sur des faits avérés, Embareck propose la rencontre entre Vincent et Morrison, ce dernier bien décidé à fixer sur pellicule le rocker déchu, pour un projet qui ne verra jamais le jour. Nulle hagiographie ni basse flatterie ici : l'aspect mythomane, égocentrique, de Morrison n'est nullement éludé, et on découvre un Gene Vincent tricard, en pleine dérive, torturé par sa patte folle et ses diverses addictions. Peu de gens sont épargnés d'ailleurs, et c'est souvent jubilatoire : Yoko Ono est ainsi présentée comme une véritable furie, qui se lance soudain dans des « glougloutements de dindon neurasthénique » (le chapitre s'intitule ' Yoko Ono, la morve souriante', pas moins). Le Grateful Dead comme « ce groupe mythique de la baie de SF, ayant fait un nombre considérable de victimes, mortes d'ennuis lors de leurs concerts ». Et ne parlons pas d'Eddy Mitchell - son adaptation de 'Be Bop A Lula' est proprement descendue en flammes... Le seul qui s'en sort plus ou moins indemne n'est finalement que ce vieil Alice Cooper.
L'histoire démarre en parallèle, le 8 décembre 1968, jour de la diffusion à la NBC du Comeback Special d'Elvis. Morrison débarque avec fracas chez sa mère, la pieuse Clara, tandis que Vincent rend visite à la sienne. Les deux hommes ne tarderont pas à se rencontrer, le trait d'union étant assuré par un ex animateur radio octogénaire, le Midnight Rambler - oui, les références goûteuses abondent. Les faits sont replacés dans le contexte - l'élection de Nixon, Manson, Altamont («L'été 1969 a marqué l'apogée d'un espoir, puis sa dégringolade immédiate »). Le tout est parsemé de considérations nostalgiques sur « cette époque où la musique est devenue une attitude, avant de retourner au statut de distraction ». Qu'on soit d'accord ou pas, certains passages interpellent, ou sont joliment troussés, comme cette approche du blues : « Le cours normal du blues charrie pendus et églises incendiées, processions du Klan et Dixiecrats réfractaires à l'inscription des nègres sur les listes électorales ». On y trouve aussi de l'humour, comme cette amusante confusion entre Jack Nitzsche le producteur et le philosophe Nietzsche, ou lorsque l'auteur glisse le nom de Ringo Starr parmi une liste de défunts - chausse trappe pour le lecteur peu attentif.
L'intrigue est plutôt mince, mais ne peut que réjouir l'amateur de rock et de blues. Le style n'est guère flamboyant, et les dialogues parfois un peu agaçants, du genre « D'vine un peu qui j'ai rencontré c't aprèm? », mais c'est vraiment notre seule réserve, tant le livre s'avale d'une traite. Non, on ne saura pas si Morrison montra vraiment sa teub à Miami le 01.03.69, en revanche on a droit à une théorie qui en vaut bien une autre quant aux circonstances de sa mort. Car l'histoire finit mal, et ce n'est pas vraiment un scoop... Belle épitaphe aussi en termes de conclusion, celle-ci s'appliquant aux deux hommes : « Rouler (...) sans but précis. Comme une fuite devant un destin pour lequel ils n'étaient pas taillés. Trop vite, trop fort, trop haut ».
Marc Jansen – avril 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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