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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Dossier
JOHN HENRY
... la légende











Destin tragique

Les personnages dont les aventures ont été mises en chansons sont nombreux dans le répertoire du blues. Qui n’a pas en mémoire par exemple Casey Jones (le conducteur de train), Frankie and Johnny (le couple déchiré) ou Stagger Lee (le proxénète). L’histoire de John Henry, autre personnage mythique, héros brisé de la classe laborieuse, a été reprise par un grand nombre d’artistes dans divers styles, folk, blues, bluegrass…
Leadbelly, Sonny Terry & Brownie McGhee, Woody Guthrie, Big Bill Broonzy, Odetta, Johnny Cash, Pete Seeger, Jerry Lee Lewis, Van Morrison, Bruce Springsteen, Joe Bonamassa et bien d’autres ont chanté la légende de l’homme fort. Cette chanson est peut-être celle qui a été la plus enregistrée en Amérique. Comme le cow-boy Pecos Bill ou le bûcheron Paul Bunyan, autres héros apocryphes du folklore américain, le parcours de John Henry a également inspiré des auteurs de pièces de théâtre et des romanciers.

John Henry told his captain ‘Lord a man ain’t nothin’ but a man
But before I let that steam drill beat me down
I’m gonna die with my hammer in my hand, Lord, Lord’


L’histoire de John Henry, héros populaire, est traditionnellement racontée à travers deux types de chansons, des ballades, communément appelées ‘The Ballad Of John Henry’ et des chants de travail connus sous le nom des ‘Hammer Songs’ (chansons de marteau), chacune avec un registre de paroles assez variées.
Tandis que la ballade est chantée sur un rythme soutenu, le chant de travail est au contraire chanté lentement et contient généralement cette phrase ‘Ce vieux marteau a tué John Henry / mais il ne va pas me tuer.’ Ces paroles rappellent que celui qui œuvre trop vite risque d’y laisser sa vie ; le débit lent de sa chanson préserverait donc le travailleur de tout excès.
blues john henri
John Henry he hammered in the mountains,
His hammer was striking fire…

La chanson raconte l’histoire de l’homme face à la mécanisation du travail. La machine supplantant de plus en plus la force humaine, les propriétaires du chemin de fer C & O Railroad souhaitent acquérir une foreuse à vapeur pour effectuer la besogne des équipes composées en majorité de Noirs. Un jour, un négociant vient sur le chantier, il affirme que sa machine peut percer la roche comme aucun homme ne le ferait. Dans un pari destiné à sauvegarder son emploi et celui de ses équipiers, John Henry défie l’ingénieur : John Henry contre la foreuse. Le contremaître se met aux commandes de la machine, John Henry, sort juste deux marteaux de 20 livres, un dans chaque main. L’homme et la machine attaquent la roche.blues john henri La poussière vole partout. Les hommes hurlent, les acclamations fusent. John Henry ne ménage pas ses efforts. Au bout de 35 minutes, John Henry a percé deux trous de 2,15 mètres, soit un total 4,30 mètres, tandis que la machine n’a  percé qu’un trou de 2,75 mètres. John Henry lève ses marteaux en signe de triomphe! Les hommes crient et applaudissent. C’est l’euphorie générale. Il faut un moment pour qu’on se rende compte que John Henry est chancelant. Épuisé, l’homme fort s'effondre sur le sol, les marteaux tombant de ses mains. La foule se tait, le contremaître se précipite à ses côtés. Mais il était trop tard. Un vaisseau sanguin a éclaté dans son crâne. Le plus grand foreur du C & O Railroad est mort.

John Henry laid down his hammer
And died, Lord, Lord…

Henry est le symbole de la force physique et de l'endurance, de la main-d'œuvre exploitée, de la dignité de l'être humain, de la fierté raciale et de la solidarité. Comme tant d’autres figures du folklore, John Henry est l’incarnation d’un groupe de travailleurs de la classe ouvrière du 19ème siècle. Ancien esclave, originaire du Missouri, avec son physique impressionnant, 2 mètres et 100 kilos, il devient l’un des plus grands ‘pousseurs d’acier’ dans l’effort entrepris au milieu du siècle pour prolonger le chemin de fer vers l’Ouest à travers les montagnes. Les portraits classiques représentent John Henry fixant les rails avec de longs clous, mais les vieilles chansons se réfèrent plutôt à lui perforant la roche pour y placer des charges explosives, ce qui était la façon la plus efficace pour creuser des tunnels. A travers cette geste des temps modernes sont abordés les thèmes de la sécurité au travail, de la justice et des droits du travailleur, mais cela parle également de l’avancée du progrès technique. Le travailleur le plus héroïque ne peut pas lutter contre la machine. Son aventure est l’illustration tragique de la futilité à combattre l’évolution industrielle.

Héros de la classe ouvrière
Les propriétaires du Chesapeake and Ohio Railway n’étaient pas des philanthropes, ils voulaient seulement du rendement et la protection des employés n’était semble-t-il pas une priorité pour eux, d’autant qu’il est avéré que les travaux du chemin de fer ont été réalisés grâce à la main d’œuvre bon marché des chain-gangs, ces prisonniers qui trimaient les fers au pied. C’est ainsi que John Henry est devenu un thème cher à la gauche, aux syndicblues john henriats et à la contre-culture américaine pendant près d’un siècle. Henry symbolise le héros de la classe ouvrière face au patronat. Mais il est évident que l’invention de la foreuse à vapeur a réellement soulagé le labeur de milliers d’ouvriers et la légende de John Henry est à lire également à l’aune de l’émancipation du travailleur afro-américain dans une société où règne encore la ségrégation raciale.

The last words I heard the poor boy said
Give me a cool drink of water before I die

Mythe ou réalité ?
Toute légende renferme un fond de vérité et celle-ci a fortement marqué les esprits, ainsi on peut voir une statue et une plaque le long d’une route qui croise un tunnel où la compétition aurait eu lieu, au sud de Talcott en Virginie occidentale.
En 2006, L'Oxford University Press a publié Steel Drivin' Man: John Henry, The Untold Story Of An American Legend, de Scott Reynolds Nelson. Le professeur Nelson tente de prouver que John Henry, un prisonnier employé au chemin de fer dans les années 1870, est à la base de la légende.

Gilles Blampain