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05/21
Chroniques CD du mois Interview: LUCKY WILL Livres & Publications
Portrait: BLIND WILLIE JOHNSON Interview: THE HOWLIN' BLUES TRIO Dossier: SAXOPHONE
 


Dossier
SAXOPHONE


BLUES PIEDMONT BLUES
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Instrument à vent appartenant à la famille des bois, il est généralement en laiton bien qu'il en existe certains en cuivre, en argent, en plastique ou plaqués or.

blues saxophonePrimaire
Saxophone, saxophone… Bon, Sax c’est le nom du bonhomme. Phone c’est du grec ancien, ça veut dire ‘voix’, ‘son’. Donc saxophone le son du sax. Pff, trop facile ! Va réviser tes gammes en Abersold, tiens. OK, on passe.

Un peu d’histoire pour les non-initiés
A Bruxelles en 1842, le petit Adolphe Sax confectionne un machin dans l’atelier paternel, un instrument qui (texto dans le brevet) « par le caractère de sa voix se rapproche des instruments à cordes, mais qui possède plus de force et d’intensité que ces derniers ». Voilà, c’est dit, le sax affiche ses ambitions. D’ailleurs, celui-là c’était un baryton en FA. En 1844, Berlioz le balance pour la première fois en concert suivi de Ravel en 1922. Mais le sax doit sa diffusion aux… fanfares militaires ! Eh oui. Ce cher Adolphe avait inventé une petite merveille, et ce sont les militaires qui en profitaient, arborant avantageusement ce nouvel instrument à la sonorité prononcée. Les Amerloques, interloqués en tombent amoureux à leur tour et embarquent la trouvaille sur le nouveau continent. En 1878 Patrick Gilmore (22ème régiment de New York, s’il vous plaît) insère un soprano, un alto et un baryton dans son orchestre de variétoche.

Et si je vous disais Elisa Hall ? Hum ? Y a plus personne, là ! Vous vous dites : qu’est-ce qu’une femme vient faire là-dedans ? Mais si, cette franco-américaine fut l’une des premières saxophonistes et contribua largement à la diffusion de notre cher instrument. Elle commence à jouer pour soigner une surdité (!) que lui a infligée la typhoïde. Alors qu’Adolphe rencontre de sérieuses difficultés en Europe pour continuer de produire son saxo, Elisa s’improvise mécène et, début des années 1900, popularise le biniou aux Etats-Unis via l’Orchestral Club Of Boston. Elle commande aussi des œuvres qu’elle interprète en soliste.
Pour les classicos-qui-en-veulent, il y a notre Marcel (Mule) qui redonne sa dignité au coin-coin. En 1942, il est appelé au conservatoire de Paris pour diriger la classe de sax, version musique classique, une classe précédemment tenue par Adolphe et qui fut fermée en 1870 (devinez pourquoi).
blues saxophone
Après le coup des fanfares, un peu de sérieux maintenant se disent les puristes. Oui, oui. On retrouve notre biniou dans les vaudevilles où il connaît un franc succès, par exemple en 1913 au Palace Theater de la Grosse Pomme avec The Six Brown Brothers qui arrangent des airs d’opéra. Quand même, en 1917, Chicago devient la nouvelle capitale du jazz et débute alors le Chicago Style. L’alto et le soprano fleurissent mais en tant que substituts aux instruments classiques-et-sérieux comme la clarinette et le violon. Ben, merde alors !  On ne choisissait pas le sax par amour mais par dépit ou par commodité économique. Tiens Sidney (Bechet), il affectionnait la clarinette et, finalement, s’est tourné vers le soprano qui était le tuyau le plus proche de son instrument de prédilection.

Ouf, on passe au jazz
Le premier morceau de jazz enregistré ? Février 1917 ‘Livery Stable Blues’ par The Original Dixieland Jazz Band. Yes, sir! Mais pour entendre un sax dans le jazz, il faut encore patienter quatre ans et The New Orleans Rhythm Kings qui enregistrent avec un ténor. Bizarre mélange des genres entre cet intrus, pour lequel on n’écrivait pas encore d’arrangements et les zinzins plus classiques comme les violons. Le sax n’était souvent là que pour faire plaisir au populo. Pour la déco, quoi. Malgré ce mépris tacite du corps musical, la sax-mania commence à proliférer à partir de là.
Plus que celle des musiciens, c’est vraiment la demande du public qui fait son succès. Heureusement que certains y comprennent quelque chose quand même ! Le sax déboule dans l’orchestre de Paul Whiteman le plus populaire de l’époque. A ce moment-là un nombre impressionnant de types de saxophones, plutôt saugrenus, sont expérimentés : le saxello par exemple, un soprano avec pavillon replié, l’alto Beuscher, le Conn-O-Sax avec son pavillon sphérique (1928) …
1935, l’ère du swing. Benny Goodman, grand clarinettiste, premier concertiste de jazz, ouvre une section coin-coin dans son orchestre. Bon, le swing c’est… (aïe !) je vais le faire lyncher… du jazz qui s’évertue à être gai, non ? Fini le krach boursier, tous ces trucs déprimants. Les gens veulent s’amuser. Voilà les big bands, enfin ! C’est à Kansas City que le jazz gai se développe avec Lester Young, Coleman Hawkins et, par la suite notre vénéré Duke Ellington dont l’orchestre est couronné ‘plus grand orchestre de jazz du monde’ en 1956 au festival de jazz de Newport (ben, quand même !).
Bref, c’esBLUES saxophonet bien la popularité du jazz qui a façonné et affirmé la popularité du sax. Il finit par détrôner tous les instruments en vogue et devient le challenger de la trompette. Des solistes commencent à s’imposer, Charlie Parker, Lee Konitz, Stan Getz… Moi, j’adore, je ne peux pas ne pas citer ‘Round Midnight’ de Thelenious Monk ! Sonny Rollins, Davis, Parker, Coltrane et puis tout le monde s’est frotté à ce standard incontournable.

Vers 1960, de sacrés musiciens marquent l’histoire du sax au fer rouge. Même s’ils ne soulèvent pas la même ferveur au simple énoncé de leur nom que Parker ou Coltrane, ils étaient là et ils ont fait quelque chose du sax… à moins que ce ne soit le sax qui ait fait quelque chose d’eux. Il y a Eddie Shaw de Chicago qui nous a fait vibrer sur ‘Can’t Stop Now’. Il y a l’alto d’Eddie Cleanhead Vinson qui a introduit Coltrane dans sa bande et qui nous a embarqué dans son ‘Race Track Blues’.

En parlant de Référence pour notre biniou…
En 1913, un petit gars du Missouri tombe, à neuf ans, amoureux du ténor. Vous vous imaginez, vous, à neuf ans, porter un ténor ?  Il devient professionnel à douze ans. Oui, douze ans ! Surtout qu’à l’époque le jazz boudait encore l’instrument. Et il persiste et signe durant ses études dans le Kansas. Au final ? Ben, notre gaillard finit par se faire remarquer quand même, sinon pourquoi on en parlerait ? Remarqué en 1922 par… par ? Mamie Smith qui le glisse dans son Jazz Hounds. Ça vous dit quelque chose ce mec ? Un peu plus tard, 1923, il intègre le Fletcher Henderson Band où il devient ‘Le’ maître du ténor. Son collègue n’est personne d’autre que Louis Armstrong. Il évolue alors vers le legato. Son premier solo ? ‘The Stampede’. Et voilà, le pilier du ténor dans le jazz est né. En 1934 il en a sa claque et part prospecter de nouveaux horizons. L’Europe of course. Vous chauffez là, non ? De retour aux States après la Seconde Guerre mondiale, il trouve un concurrent nommé Lester Young. Qu’à cela ne tienne, notre petit jazzman nous ressort un ‘Body And Soul’ bien perso qui ouvre au sax un mahousse éventail de possibilités, et fait de notre Kansasman une des principales références du jazz. Ensuite il surfe sur de nouvelles vagues, flirte avec le be-bop aux côtés de Don Byas et Dizzy Gillespie, et pond le disque phare de cette nouvelle ère musicale. Les collaborations se succèdent dans une frénésie d’inspiration artistique, où même le tout jeune Miles Davis trouve sa place.
Alors, ça y est, vous y êtes ?
On continue pour les endormis. Les temps se font durs pour notre jazzeur qui affronte les grosses pointures montantes du be-bop, genre Charlie Parker. Heureusement, une occase en or se présente. Un groupe le recueille, composé de loulous anonymes du genre Coltrane. Et qu’est-ce qui sort de tout ça ? Monk’s Music. Ah, ah, encore un disque qui passe inaperçu.
Maintenant s’il y en a encore qui sèchent, là, vraiment, je ne sais plus quoi faire. Parce qu’on les compte même plus les disques et les rencontres musicales du gus en question. Il finit par enregistrer avec Duke Ellington en 1962 et puis il tente le jazz-samba (pourquoi pas). 43 ans de carrière accomplis, la dépression le cueille petit à petit et la pneumonie l’emporte en 1969. Flûte, on était en pleine ébullition jazziste. Quel couac final frustrant ! Ils ne meurent pas ces mecs-là, c’est pas possible. Ils nous emmènent trop haut pour qu’on nous les prenne !
Trêve de Trafalgar, vous tenez, votre magicien du ténor ? La réponse est dictée par le romancier Alain Gerber : « L’inventeur du saxophone est plus sûrement Coleman Hawkins qu’un obscur Belge… ».

Héloïse Prévost