blues again en-tete
04/21
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Inoxydable
Hound Dog Taylor and The HouseRockers
Alligator - 1971


 

Taylor est né à Natchez dans le Mississippi en1915. Coureur de jupons invétéré, bagarreur, il sera d’abord l’ami et l’accompagnateur de nombreuses légendes du blues, Elmore James, Muddy Waters, Sonny Boy Williamson. Mal conseillé, mal encadré, il restera un musicien de juke joint pendant plus de vingt ans.
hound dog taylor
Durant ces longues années, Taylor fonde progressivement ses mythiques HouseRockers. Brewer Phillips, le second guitariste, joue avec Taylor pour la première fois en 1959 dans une taverne du West side. Quant à Ted Harvey, le batteur, il commence à jouer pour le Dog en 1955, dans le backing band d’Elmore James. Les deux hommes se retrouvent aux obsèques de James en 1963, puis Harvey prend officiellement la place de Levi Warren, ancien batteur des HouseRockers en 1965.
Il n’y aura paradoxalement jamais de bassiste au sein du groupe. Phillips assure alternativement la basse et la rythmique sur sa guitare, suivant que Taylor est en rythmique ou en solo.
Le groupe continue à tourner sans réelles perspectives jusqu’à ce qu’un certain Bruce Iglauer devienne le manager de Taylor et de son groupe. Nous sommes en 1969.

Iglaeur est littéralement scotché par le son du trio : la slide grasse et hululante du Dog, sa voix hargneuse, la rythmique qui délivre un boogie plus hard et sale que n’importe quel groupe de heavy-rock de l’époque… Il tente alors de faire signer ses nouveaux protégés sur le label Delmark records, mais n’y parvient pas. Il investit 2500 dollars pour financer l’enregistrement du premier album. Dans la foulée, il crée un nouveau label afin de sortir le disque : Alligator records.

Enregistré en deux nuits durant le printemps 1971, le premier album de Hound Dog et de ses HouseRockers devient une pierre angulaire du blues électrique. Mû par une sauvagerie inouïe, son boogie primitif et sale surpasse celui de John Lee Hooker, le maître en la matière.
Dès ‘She’s Gone’, on est pris à la gorge par la voix hargneuse et mordante de Taylor. Gorgée d’électricité, la musique des HouseRockers déchire le ciel d’éclairs de slide rugueuse. Taylor joue depuis 1970 sur des guitares japonaises bon marché, ce qui explique ce son saturé, à la limite de la rupture. Du boogie, oui, mais également des blues lents et poisseux comme sur ‘It Hurts Me Too’ ou la supplique ‘44 Blues’. La slide miaule, la rythmique sonne le tocsin avant de se fracasser au sol dans un raout électrique.

L’album se vendra à 9000 exemplaires, ce qui représentera la plus grosse vente pour un disque de blues diffusé par un label indépendant et le titre ‘Give Me Back My Wig’ deviendra le titre le plus célèbre de Hound Dog Taylor.
La tournée qui suivra passera par la Nouvelle Zélande et l’Australie. Elle permettra au groupe de se faire de nouveaux fans… et même, il n’est pas impossible qu’à l’époque, les frères Young d’AC/DC aient vu le bonhomme sur scène.

Julien Deléglise