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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Inoxydable
LOUIS ARMSTRONG
Louis and The Good Book - MCA 1958


 


A la fin des années 50, Louis Armstrong a déjà une longue carrière derrière lui. Dans son importante discographie il a abordé différents styles et a bien évidemment enregistré des spirituals, mais il n’a encore jamais consacré tout un disque aux saintes Ecritures.

L’enregistrement se fait à New York en trois jours, les 4, 6 et 7 février 1958. Le trompettiste a 56 ans. Au sommet de son art, il est accompagné de son orchestre habituel composé de James ‘Trummy’ Young au trombone, Edmond Hall à la clarinette, Billy Kyle au piano, Everett Barksdale à la guitare, Mort Herbert à la basse, Barrett Deems à la batterie, Nickie Tagg à l’orgue et d’un ensemble de dix choristes. La plupart des arrangements sont signés Sy Oliver. Au fil des titres, Armstrong fait ressortir le côté sombre du blues qui berça son enfance néo-orléanaise, l’espoir contenu dans les paroles de ces spirituals, et insuffle le swing à des titres plus habitués à la rigueur religieuse.

Tirés de l’ancien Testament, les thèmes des chansons évoquent la fuite d’Egypte, Jonas et la baleine, Noé et le déluge… Le disque s’ouvre sur ‘Nobody Knows The Trouble I’ve Seen’. Armstrong commence à chanter tout en douceur puis se met à parler de sa voix si particulière, soutenu par le chœur des femmes, renforcé bientôt par les basses masculines, et enfin sa trompette prend la relève dans un éclat bouleversant. Il enchaîne avec ‘Shadrack’ où il impose un swing impeccable à cette référence biblique. Vient ‘Rock My Soul (In The Bosom Of Abraham)’ et son doux balancement construit comme un blues lent avec stop-time. Pulsé par la puissance de la formation, la rythmique irrésistible revient et enflamme les paroles de ‘Ezekiel Saw De Wheel’, ‘On My Way (Got On My Travelin’ Shoes)’ et ‘Down By The Riverside’. Plus loin, Satchmo verse dans la mélancolie avec un superbe ‘Swing Low, Sweet Chariot’, dans lequel il arrive à faire ressentir les lambeaux d’espoir qui soutiennent l’homme meurtri. Puis, il tire presque des larmes à l’auditeur en mettant toutes ses tripes, pour l’avoir vécu enfant, dans le superbe ‘Sometimes I Feel Like A Motherlees Child’. Le disque se clôt brillamment sur ‘This Train’, titre dans lequel on retrouve l’utilisation du stop-time et du call and response et dont le rythme monte progressivement pour déboucher sur un magnifique solo de trompette.

Vu le thème abordé, on pourrait parler de ferveur religieuse tant il est vrai que, dans cette œuvre, et ici le mot s’impose, Louis Armstrong tutoie les anges. La maîtrise de son art est indéniable. Son aisance à la trompette, son chant si unique, la qualité de l’orchestre et du chœur, la production irréprochable, font de cet enregistrement de facture, somme toute, très classique, un des plus fabuleux disques des années 50.

Gilles Blampain