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12/17
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Inoxydable
MUDDY WATERS
Muddy Mississippi Waters Live - Blue Sky 1979


 


A la fin des 60’s, toute résurrection paraissait impossible pour Muddy Waters. Pourtant, cette lumière aveuglante, un fan y croit encore. Il est guitariste, albinos, fraîchement sauvé de la drogue. Il se nomme John Dawson Winter III. Bon, Johnny Winter, quoi. Il convainc son agent, Paul Steel, récent propriétaire du label Blue Sky, de produire le héros de son enfance en perdition médiatique. Hard Again, premier des quatre albums enregistrés par Muddy chez Blue Sky, décroche un Grammy Award. Idem pour le second, I’m Ready avec, en prime, un passage par la Maison-Blanche. Autant dire qu’après Winter… c’est le printemps ! Et voilà qu’il est question d’un live.
C’est Muddy qui choisit le club Harry Hope’s à Cary, Illinois. Il tient à remercier le patron qui l’a si obligeamment programmé lorsqu’il était sans contrat. La salle peut contenir 300 personnes. Sa forme amphithéâtrale offre à chacun une bonne perspective sur la scène. L’endroit a été reconstruit sur les ruines d’un chalet de montagne. Le bois des murs diffuse un son chaleureux, parfaitement adapté au blues.
Mississippi Muddy Waters couvre deux concerts donnés en août 1978 au Harry Hope’s, d’où ce changement de bassiste et d’harmoniciste d’un titre sur l’autre. Ces suppléances s’effectuent sans que l’unité de son n’en soit perturbée, ni l’atmosphère, ni l’intensité des prestations, d’une homogénéité presque inexplicable ! Le public réagit au quart de tour, il connaît Muddy Waters et paraît même mesurer l’importance de l’événement. C’est dire si notre homme est en confiance, comme chez lui.
Son équipe d’aliénés est prête à en découdre. Batterie: Willie Big Eyes Smith. Basse: Calvin Fuzz Jones ou Charles Calmese. Harmo : Jerry Portnoy ou James Cotton. Guitare: Bob Margolin ou Luther Guitar Jr Johnson. Piano: Pinetop Perkins. Muddy Waters dira à Bob Margolin qu’il n’avait pas connu de meilleur groupe depuis l’époque de Little Walter et de Jimmy Rogers.
Cette réunion de cinglés s’ajuste en une merveilleuse mécanique organique, autant de bielles huilées dans un seul dessein : propulser à fond une loco déjà dingo dont la telecaster rougeoyante de 57 chauffe à blanc. D’un côté, elle est tenue en laisse par un Fender Super Reverb 1960, de l’autre elle est coincée dans un étau forgé en 1915. Elle ne refroidira pas avant la plage 6 : ‘Baby Please Don’t Go’ souffle une petite brise de fraîcheur sur le brasier, et permet à cette bande de malades cyanosés de s’oxygéner enfin ! Épilogue : ‘Deep Down In Florida’, calumet de la paix qui balance durant neuf minutes et trente secondes. Il fallait bien ça pour se poser. L’épileptique du goulot cède son cannelloni au très honorable Johnny Winter, se concentre sur le chant et retrouve sa sérénité, bercé par ce riff joyeux, laissant filer des envies de Floride…
Bob Margolin fut le guitariste de Muddy entre 1973 à 1980. Il rachètera les bandes de ces concerts à Blue Sky. Selon lui, ce furent les meilleures prises live du groupe durant cette période. On peut le croire, puisqu’en 2003 il réédita une version remixée et remasterisée du disque, doublant l’album d’une deuxième galette faite de titres qui n’avaient pas été choisis par Blue Sky.

Philippe Decarra