Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Inoxydable
ODETTA
Odetta and The Blues - Riverside 1962


 


Odetta Holmes voit le jour le 31 décembre 1930 à Birmingham Alabama, mais elle grandit à Los Angeles en Californie où elle étudie la musique et suit une formation lyrique à partir de l’âge de 13 ans. Elle vit ses premières expériences sur les scènes au sein d’une troupe de théâtre musical vers la fin des années 40. Dès le début des années 50 elle s’inscrit dans le mouvement folk et se fait connaître dans les clubs de San Francisco, Los Angeles et New York. Elle devient une figure de proue du genre en même temps qu’un modèle pour de jeunes artistes comme Bob Dylan, Joan Baez, Janis Joplin et quelques autres.

Activiste du mouvement des droits civiques, elle enregistre quelques disques essentiellement folks où se glissent de temps à autre un blues ou un gospel mais son expression reste dans le domaine du chant contestataire. Seule à la guitare, éventuellement soutenue par une basse, elle développe son propre style avec une voix de contre alto puissante et émouvante qui sert un propos où affleure la colère et la dignité. 

Au début des années 60, elle décide d’enregistrer un disque de blues et de troquer sa guitare contre un orchestre. Les 11 et 12 avril 1962 elle est dans les studio Plazza Sound à New York en compagnie de Buck Clayton (trompette), Vic Dickenson (trombone), Herb Hall (clarinette), Dick Wellswood (piano), Ahmed Abdul-Malik (basse), Shep Shepherd (batterie). Elle reprend en partie le répertoire des grandes blueswomen  historiques, Ma Rainey, Bessie Smith, Mama Yancey, Ida Cox. Le résultat très convaincant et à la hauteur des créatrices.

D’une voix claironnante Odetta débute le disque avec ‘Hard, Oh Lord’, rythme chaloupé dans lequel clarinette, trombone et trompette viennent successivement mettre le chant en valeur. L’orchestre renvoie aux formations des années 20 et 30 qui accompagnaient alors les divas du blues, cependant les arrangements sont dans l’air des sixties. Le résultat est d’autant plus surprenant que les musiciens de ces sessions et Odetta n’avaient jamais travaillé ensemble auparavant. ‘Believe I’ll Go’, ‘Oh Papa’, l’émotion émerge à chaque note et passe d’un titre à l’autre. Le classique de Leroy Carr ‘How Long Blues’ est revu de belle manière. Avec le bouleversant ‘Oh My Babe’, sorte de ballade soutenue par moment par le pleur d’une trompette bouchée, Odetta fait passer un étrange frisson, mélange de douleur et d’espoir. Hormis sa technique de chant, Odetta possède avec sa voix un étonnant pouvoir dramatique et émotionnel. Le disque se clôt sur un poignant ‘Nobody Knows You When You’re Down And Out’ où la voix est pleine de grâce et de puissance mêlée, et où l’orchestre rappelle les belles heures de New Orleans.

Cet enregistrement qui réussit le tour de force d’allier légèreté et gravité marque un tournant dans la carrière d’Odetta. Il la place en effet parmi les grandes interprètes du genre en lui donnant le statut incontestable de chanteuse de blues, même si au fil de sa carrière et au gré d’autres sessions  elle reprendra un répertoire folk, gospel et jazz.

Gilles Blampain