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12/17
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Interview



blues deraime
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BLUES DUKE ROBILLARD
blues duke robillard


LE BLUES FAIT PARTIE DE MOI

Dynamique et joyeux, à l’image de sa musique. Il est presque étonnant d’entendre Lil’Ed aborder des sujets plus graves, plus intimes, ou parler de religion. Derrière Cette image de clown sautillant se cache un être humain à fleur de peau, la tête dans le ciel mais les pieds sur terre, marqué par l’image de son oncle JB Hutto.

 

Blues Again : Quels sont vos souvenirs les plus lointains, en rapport avec la musique ?
Lil’Ed : Mes premiers souvenirs en musique viennent de mon oncle JB Hutto, quand j’avais neuf ou dix ans. Il venait à la maison jouer pour la famille. Nous allions chanter à l’église le dimanche et après nous nous réunissions à la maison pour chanter du gospel. En fin d’après-midi ou après le dîner, JB Hutto venait jouer du blues. C’est comme ça que j’ai découvert le blues. À 11 ou 12 ans, JB m’a demandé si je voulais apprendre. Il voyait que mon frère Pookie et moi étions fascinés par cette musique. Il nous montrait des petits trucs chaque fois qu’il venait.

Quand avez-vous reçu votre première guitare ?
En fait Pookie a été le premier à avoir une guitare, moi je faisais de la batterie. À Noël, pour mes douze ou treize ans, nous avons eu ces instruments. JB Hutto m’a montré comment jouer de la batterie. Quand il a vu que je m’intéressais à la guitare, il a commencé à me montrer des plans sur la guitare aussi. J’ai eu ma première guitare au début des années 60, elle était vraiment lourde, elle pesait une vingtaine de kilos, je ne me souviens plus de la marque. En fait, JB devait me donner l’une des siennes, mais celle qu’il me destinait s’est perdue. Enfin bon c’était une chouette guitare. JB me montrait quelques trucs, des lignes de basse que je montrais ensuite à mon frère. Je me suis mis au slide alors que mon frère apprenait la rythmique. Par la suite, Pookie est devenu bassiste. JB m’apprenait le rythme, c’était vraiment très important qu’il m’apprenne les bases de guitare rythmique avant de m’apprendre à faire du lead, parce qu’une fois leader, tu dois tout maîtriser. La rythmique c’est fondamental.

À l’époque, vous écoutiez des disques de blues et de gospels, mais alliez vous aux concerts avec votre oncle ?
Je l’accompagnais à ses concerts en ville. Pour ce qui est des disques, mes parents écoutaient John Lee Hooker, Jimmy Reed et Muddy Waters. À la maison, on n’écoutait pas de gospel, on le chantait. J’en ai écouté beaucoup plus tard.

Vous aviez trois oncles, dont JB, du côté de votre mère. Ils chantaient tous ?
Mon plus jeune oncle, qui s’appelait Mayfield, était surnommé Little Percy Mayfield parce qu’il reprenait les morceaux de Percy Mayfield. Le plus âgé s’appelait Kevin et il a été mon batteur. Il a aussi été le batteur de JB à ses débuts. Il avait une voix basse et grave qui était parfaite pour le gospel. C’était merveilleux d’entendre mes trois oncles se réunir et chanter le gospel ensemble.

Votre père est parti quand vous aviez 6 ans. Vos oncles ont-ils remplacé ce père absent ?
Oui effectivement. Ils venaient souvent à la maison pour bavarder. J’étais avec eux tout le temps, j’adorais les écouter parler de leur expérience de la vie. Ils me coachaient, me disaient ce que je devais faire et ne pas faire.

Zone de Texte:  Où viviez-vous à l’époque ?
Au début, j’ai été élevé par ma tante, la femme de mon plus jeune oncle, Mayfield. Nous vivions chez ma grand-mère. Elle est morte quand j’avais six ans et ils ont repris sa maison. Ma mère était partie vivre avec le père de mon plus jeune frère Pookie. Moi, mon grand frère et mes deux soeurs, nous sommes restés chez ma grand-mère. À partir de douze ou treize ans, j’ai vécu avec mon frère et ma mère dans le West side de Chicago. JB lui vivait dans le South Side.

Quels sont les souvenirs de votre adolescence au niveau musical ?
Je faisais des allers-retours avec la musique. Enfant, j’étais plutôt en compagnie de gens d’église qui chantaient du gospel. Adolescent, j’étais avec ma mère et dans le West Side
il y avait pas mal de bars. C’était l’époque de Marvin Gaye, des Temptations, des Supremes. Ils marchaient tous forts et on les écoutait beaucoup. Tous ceux que je côtoyais à l’époque dans le business de la musique voulaient être les Temptations, faire de la soul, du doo wop.
Mais grâce à JB j’écoutais aussi beaucoup de blues.

Zone de Texte:  Votre premier groupe date de quand ?
Aux environs de 1975. Au début c’était juste moi et Pookie. On allait au marché aux poissons et dans les autres endroits où l’on jouait du blues. On essayait d’avoir une place. Puis on a essayé de monter notre groupe avec un batteur. Je n’avais pas de guitare rythmique. JB est venu nous voir jouer dans un club du West side, il a vu que la salle s’amusait bien et il a apprécié ce qu’il entendait. Il m’a dit de venir chez lui le week-end suivant car il avait quelqu’un à me présenter. Il m’a présenté Dave Weld, mon premier guitariste rythmique, formé spécialement pour jouer avec moi. Je me rappelle bien de notre premier gig tous ensemble. Ça nous a rapporté six dollars, à diviser par quatre ! C’est comme ça que sont nés les Blues Imperials.

Vous faisiez beaucoup de gigs à l’époque? Vous aviez un boulot de jour ?
Toute la semaine, je travaillais la journée au Red Carpet Car Wash. Je jouais dans les clubs les jeudi, vendredi et samedi soirs. Ça a duré à peu près dix ans. On jouait pour s’amuser. Et un soir, au milieu des années 80, on a eu ce gig dans un club du North side quand Bruce Iglauer d’Alligator Records nous a vu. Dave était tout excité, moi je ne savais pas du tout qui était Bruce. Je n’y ai pas prêté très grande attention, jusqu’à ce qu’un soir Bruce vienne se présenter.

C’était en 1985, ça faisait donc dix ans que vous jouiez dans les bars. Vous n’avez jamais essayé faire votre trou en tant que musicien et de vivre seulement de votre musique ?
Non. J’étais vraiment bien installé au Car Wash. Je me faisais de l’argent, j’y travaillais depuis dix ans. Je ne pensais pas trois secondes qu’un jour je ferai le tour du monde pour jouer de la musique.

Vous jouiez du blues pour le plaisir…
Oui et je le fais toujours principalement par plaisir. Je dois gagner de l’argent bien sûr.
Mais si je pouvais jouer autant et toujours travailler au Car Wash, je crois que j’y serais resté (rires).

Quel souvenir gardez-vous de votre premier enregistrement ?
Un bon souvenir. On devait juste enregistrer quelques morceaux pour une compilation. Quand Bruce nous a emmené dans un studio, je n’y avais jamais mis les pieds. Aussi j’étais tout excité. Le son était génial. Je n’avais jamais entendu un son pareil. On a pris notre pied. On a enchaîné les morceaux les uns après les autres. Et avant que me mes pieds ne retouchent le sol, Bruce est venu et m’a dit : « OK, faisons un album ! », car on avait déjà enregistré plus de vingt-cinq morceaux (rires). Je n’avais pas besoin de répéter ces morceaux, je les avais joués pendant des années.

Écriviez-vous vos propres morceaux à l’époque ?
Oui. J’ai hérité ça de mon oncle. JB jouait beaucoup de titres de Hound Dog Taylor et Jimmy Reed, mais il composait et jouait aussi ses propres morceaux. Je fais un peu la même chose.

Zone de Texte:  Est-ce que le fait d’avoir enregistré pour Alligator a tout de suite changé votre vie ?
Au début c’était un peu déstabilisant parce que je commençais à voyager de plus en plus, et à être de moins en moins présent au Car Wash. Je ne connaissais pas du tout la vie sur la route et la vie au Car Wash me convenait bien. En plus on a dû faire pas mal de frais pour acheter un van, renouveler notre matos… Je ne savais plus très bien où j’en étais. Un jour, j’en ai parlé à mon patron du Car Wash et il m’a dit : « Bon il semble que t’as plus de boulot à l’extérieur qu’ici. Mais si un jour, tu veux revenir, si ça ne marche plus dehors, sache que tu as un boulot ici qui t’attend tant que je serai là ». J’ai vraiment apprécié, je crois que je n’aurais jamais eu le courage de partir sinon.

Votre premier album est sorti en 1986, un an environ après votre participation à la compilation pour Alligator.
Oui c’était Chicken Gravy And Biscuits, euh non, attendez, zut je ne m’en souviens pas. (Sa femme intervient). Ah oui Roughhousin’. Heureusement que ma femme est là pour m’aider (rires). En fait cet album comporte simplement les titres enregistrés lors de notre première session d’enregistrement avec Bruce.

Depuis vous avez enregistré tous vos disques (sauf deux) avec Bruce. Pourquoi cette fidélité?
Bruce est vraiment un excellent producteur, le meilleur. Bruce est resté à mes côtés toutes ces années, pendant les temps difficiles également. Il m’a appris beaucoup de choses. Je l’admire vraiment beaucoup. C’est un producteur vraiment loyal. Il ne va pas essayer de m’escroquer. Il s’assure toujours que j’ai les meilleures situations.

Vous avez commencé à faire du blues dans les années 70, une époque où le blues était passé de mode, un peu oublié. Les années 80 n’ont été guère mieux commercialement parlant…
Quand j’ai commencé à enregistrer avec Bruce, il m’a dit : « Tu ne deviendras pas riche, mais tu vas t’amuser et tu pourras payer tes factures » (rires). Je ne suis donc pas entré dans ce business en me faisant des illusions, en croyant que je deviendrais riche et célèbre. Il suffit de voir des types comme BB King et le temps qu’il leur a fallu pour arriver là où ils sont aujourd’hui. Quand j’ai commencé à faire du blues professionnellement, j’avais juste l’ambition de vivre une vie décente. Le blues a toujours eu des hauts et des bas. Notre deuxième album Chicken, Gravy And Biscuits ne s’est pas très bien vendu. Le suivant s’est mieux vendu. C’est vraiment comme un yoyo. Mais c’est bon, je peux gérer (rires).

Il y a eu des moments quand même où vous avez vraiment voulu tout arrêté ?
Il y a eu des moments où j’ai vraiment pensé retourner au Car Wash, mais le blues fait partie de moi à présent. Il y a des moments où le blues me frustre, quand je dois me lever à cinq heures du mat’ et faire des milliers de kilomètres pour me rendre à des gigs qui sont décevants. Au début, je faisais 200 concerts par an, mais bon, à présent, j’en fais 150 maximum. Je pense à ma santé. C’est un truc que j’ai appris en regardant les musiciens plus âgés. JB faisait tout, courait dans tous les sens. Il n’avait pas le choix. JB a joué jusqu’à sa mort. Et je me suis dit que je ne ferai pas la même chose. Je jouerai peut-être jusqu’à ma mort, mais je ne serai pas sur la route tout le temps comme lui. Avec ma femme, on pense déjà à l’avenir, au moment où je ne pourrai plus tourner autant, où mon corps sera fatigué et que je ne pourrai plus faire des pirouettes sur scène, où je devrai me poser. Il y a d’autres choses que le blues dans ma vie. En moi, il y a aussi la partie gospel. À un point de ma vie, quand Dieu m’appellera, je me poserai et je me consacrerai au gospel. Il y a un temps pour le blues et un temps pour le gospel ? Il y a toujours un temps pour le gospel. Le Seigneur sauve notre âme. Je dois le mettre en premier avant mon blues. Pour l’instant, j’ai le sentiment qu’il souhaite me laisser faire du blues. Je tiens le coup physiquement. J’ai 55 ans, je sais que ce ne sera pas toujours le cas. Je travaille actuellement sur un petit CD gospel, mais je ne vais pas le mettre trop en avant, peut-être qu’il sera distribué d’une façon confidentielle. Je ne pense pas que Bruce soit prêt à sortir du gospel avec moi pour l’instant, même si je ne pense pas qu’il me dira non, et je ne veux pas que ça empiète sur mon image de bluesman, je veux juste montrer cette autre facette de ce que je suis. Enfin, sait-on jamais, j’en parlerai quand même à Bruce, et peut-être qu’il y aura finalement quelques morceaux de gospel sur mon prochain album (rires).

Zone de Texte:  À part le blues et le gospel, avez-vous d’autres influences ?
En plus du blues et du gospel, je suis aussi un fan de country et de rock’n’roll. Je suis influencé par toutes ces musiques. En fait, quand j’essaie quelque chose de nouveau sur scène, c’est surtout les membres de mon groupe qui sont désarçonnés. C’est normal. En tant que leader, tu dois dépasser tes limites, proposer des ouvertures tout en gardant un œil sur ton groupe et sur le public. Je n’oublie jamais les fans car c’est grâce à eux qu’on est là.
Vous jouez sur des scènes très différentes les unes des autres.

Adaptez-vous votre façon de jouer selon le lieu ?
J’essaie toujours de m’adapter au lieu où je joue. Par exemple quand c’est un endroit assez calme, il faut faire très attention parce qu’on ne joue pas très fort, les erreurs s’entendent très bien. Par contre quand je joue à Chicago dans une salle comme le B.L.U.E.S, on joue tellement fort qu’on ne s’inquiète pas trop des petites erreurs qu’on pourrait faire (rires). À ce sujet, JB m’a dit quelque chose de très vrai un jour « Quand tu fais une erreur, répète là plusieurs fois, comme ça ils ne sauront jamais que tu as fait une erreur » (rires).

Quels sont vos derniers souvenirs de JB Hutto ?
La dernière fois que je l’ai vu jouer, il était sur une scène légèrement surélevée, il n’a pas vu la dénivellation, il a glissé et il est tombé sur le dos. Moi et Pookie on s’est précipités pour l’aider à se relever, mais il a décliné notre aide d’un signe de la tête. Il est resté allongé et il a joué par terre pendant encore dix minutes (rires). À la fin, il s’est relevé et il a salué le public comme si de rien n’était.

Vous jouez toujours avec les mêmes musiciens, votre femme et votre frère écrivent aussi pour vous… C’est un peu une affaire de famille.
Oui. Et ma femme commence à être très douée pour l’écriture. Et j’en suis content, car je n’ai plus à trop réfléchir sur les textes (rires).

Zone de Texte:  Quelques petites questions à Madame Lil’Ed. Comment vous êtes-vous rencontrés et quand avez-vous commencé à écrire des textes pour lui ?
Pam : J’ai rencontré Ed à l’un de ses concerts à Chicago. J’ai tout de suite été séduite par sa sacrée personnalité et son grand sourire. Il voulait que je sois sur scène avec lui. Mais moi c’est pas mon truc, je suis trop timide. Alors il m’a demandé d’écrire des textes. Et j’ai adoré l’expérience. Du coup, depuis Get Wild, j’écris régulièrement des chansons pour lui.

Qu’avez-vous pensé de la vie d’un musicien de blues, sur la route ?
Pam : C’était très étrange au départ, car je n’avais aucune expérience de ce milieu. Quand on a commencé à sortir ensemble en 1996, il partait les week-ends et il m’a demandé de voyager avec lui. J’ai été assez bluffé par tout ce public qui entoure Ed, mais j’ai été aussi assez dérangée par l’intrusion des gens sur notre espace privé. Quand ils se précipitent sur Ed, je suis immobilisée par la timidité. Mais maintenant, je commence à m’habituer (rires). Je l’accompagne moins souvent qu’avant sur les concerts. Souvent, je reste à la maison.

Nicolas Botti

www.myspace.com/liledblues

 

 

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