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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
eric bibb
Ils m'appellent troubadour


 


En acceptant de porter un regard sur ces différents enregistrements, Eric Bibb approfondit ses motivations personnelles et artistiques de troubadour du blues folk et nous parle de son actualité musicale.

Interview :

Diamond Days semble prolonger le sillon tracé par Natural Light , avec des réminiscences de Friends et de A Ship Called Love... Etait-ce le bon moment pour enregistrer un album si autobiographique ?

Je compose mes disques intuitivement, sans plan établi. Je suis ce que me dicte mon coeur. Diamond days est un très bon autoportrait. On y trouve la musique qui m'a toujours touché, quelle qu'en soit l'origine, un mélange de gospel, de blues, de jazz...bref c'est moi. Je pense que c'était le moment parfait pour un tel disque. Ma carrière et mon voyage musical étaient plus couronnés de succès, et plus agréables qu'ils ne l'ont été auparavant. Il était temps de partager avec mon public plus de détails sur ma vie quotidienne de troubadour. Ma musique est comme un voyage. Diamond Days a capturé le point actuel de ce voyage. C'était un bon cliché de l'endroit où je me trouvais à ce moment.

Derrière ton un sens aigu de l'écriture, on relève quelques influences comme Steve Miller sur Shine On... Parmi toutes les chansons qui t'ont influencé, lesquelles aurais-tu aimé écrire ?

Pour Shine On , de nombreuses personnes me l'ont fait remarquer. J'ai également repris Buckets Of Rain de Bob Dylan. J'aurais aimé écrire des titres comme Smoke Stack Lightning de Howlin' Wolf, Mr. Bojangles de Jerry Jeff Walker, ou encore Hit The Road Jack de Ray Charles. Mais il y en a tant d'autres...

Au départ, Diamond Days devait être publié sous forme de CD/DVD. Qu'est-il advenu du DVD ?

En effet, on avait pensé à ça. Nous avions réussi à collecter du matériel interactif pour le DVD, des petits films tournés par des amis...Mais le projet du DVD est resté sans suite. Nous en ferons certainement un dans le futur, quoique je ne sache pas s'il existe véritablement un public pour apprécier en même temps les images et la musique...


Quatre albums en trois ans. D'où vient cette inspiration prolifique ?

La source de mon inspiration provient de la seule force créative de l'Amour, qui nous embrasse tous. J'ai la chance d'avoir assez d'expérience pour comprendre à quel point je suis privilégié. Si j'étais plus jeune, je considérerais peut-être que mon succès et ma vie sont justifiés, peut-être ne comprendrais-je pas combien je suis béni de voyager à travers le monde, de rencontrer autant de gens merveilleux, de chanter de tout coeur en étant payé. C'est la belle vie!

Dans tous tes disques la lumière et l'Amour sont des thèmes récurrents... (1)

Cette source, cette lumière, cet amour divin éternel apparaît à mes yeux et à ma conscience de plus en plus clairement comme le fondement de la vie. Donc, ce sujet s'impose à moi.

Tu sembles d'une nature résolument optimiste, comme on peut l'entendre sur le titre Hope In A Hopeless World (3)...

Tu as parfaitement raison. Je suis d'une nature authentiquement optimiste. Même lorsque j'assiste au spectacle déprimant des informations de CNN, je reste optimiste car je rencontre tellement de gens sensibles qui répondent à la célébration de l'Amour et de la lumière. Chaque fois que je donne un concert, des gens me disent des choses merveilleuses, y compris par e-mails. Je sais donc que je ne suis pas le seul à être optimiste, le seul à croire qu'il y a de l'espoir dans ce monde sans espoir. C'est une grande motivation pour écrire plus de chansons sur le sujet. Je ne veux pas déprimer les autres, il suffit d'allumer sa télévision pour ça. Je suis heureux que les gens ne ressentent pas ça comme quelque chose de nihiliste, mensonge, plastique.

Si tu n'étais pas musicien, à travers quelle activité partagerais-tu un tel optimisme ?

Je fabriquerais peut-être des meubles, je travaillerais le bois. Faire des tables et des chaises...Oui ! J'aurais pu aussi enseigner aux enfants : je l'ai déjà fait par le passé et je continuerai certainement à le faire.

Sur le titre Still Live In Home, tu rends hommage à tes héros musiciens. A ton tour, quel souvenir souhaiterais-tu laisser aux futures générations de musiciens ?

Quelques bonnes chansons... et quelques livres pour les enfants. J'aimerais laisser de la musique et des histoires, parce que la musique, les chansons et les histoires sont éternelles.

Tu évoques Son House dans cette chanson. L'as-tu rencontré ?

Je ne l'ai pas rencontré. J'ai assisté à un de ses concerts lorsque j'avais quatorze ans. C'était en 1965, au festival de Newport à Rhodes Island. L'année où Bob Dylan s'était fait huer parce qu'il jouait électrique. J'adore Son House. Je me rappelle de son jeu slide sur sa guitare National, transcendant la scène en chantant Empire State Blues . J'étais subjugué... Ecoute ça, nous parlons de Son House et que joue Keith B Brown à l'instant ? Un titre de Son House, Death Letter Blues . C'est incroyable. Drôle de coïncidence, c'est Dieu qui parle! (rires)

Le titre Shine Your Shoes semble un peu métaphorique. On pourrait y entendre que tu joues pour apporter le bonheur dans le coeur des gens

C'est à la base une histoire vraie, qui rebondit en métaphore. Cette chanson trouve sa source dans une rencontre, celle de Doctor Harry Shine qui cirait des chaussures. Mais effectivement il y a aussi ce côté métaphorique.


As-tu écrit Troubadour (2) pour montrer ton peu d'intérêt pour les classifications qui sont faites de ta musique, ou était-ce simplement exposer qui tu es ?

C'était exactement pour montrer que je n'ai que faire des classifications dans lesquelles on veut enfermer ma musique. Je veux que les gens soient plus décontractés avec cette histoire de classification, ce n'est pas ce qui importe. Parfois le fait de classer une musique dans un style éloigne le public du plaisir de l'écoute. J'essaie de simplifier tout ça au travers de ma musique. Bref, il s'agissait de faire passer le message.

 

Quel a été le déclencheur de l'album Twelve Gates To The City ?

Mon ami Brian Luna, homme très pieu, voulait que j'enregistre un album de mes titres country gospel et folk gospel. Ce disque est donc composé de spirituals originaux, de traditionnels et de quelques unes de mes chansons. Ce n'est ni du blues, ni des ballades romantiques. Juste des chansons pour élever l'esprit, en relation avec la foi. Nous avons enregistré cet album dans les Montagnes Rocheuses au Canada, un endroit magnifique, dans un petit collège.

Quelques années avant Praisin' Peace , tu as enregistré Family Affair avec ton père. A-t-il été difficile à convaincre de réaliser un disque en commun ?

Non. En fait, Praisin' Peace était un projet commun. Paul Robeson était à la fois l'ami le plus cher de mon père et son mentor. Paul est devenu mon parrain. Ce disque était donc pour nous, un hommage naturel à celui que nous aimions. Pour de nombreuses personnes, dont mon père, Paul Robeson était un héros, doué d'une très grande humanité, un prêcheur de la paix, musicalement et humainement. Mon père lui avait demandé de devenir mon parrain ainsi que celui de mes soeurs jumelles. Paul a accepté. J'ai encore une photo de lui, me tenant dans ses bras, avec mes soeurs lors du baptême. Il a passé beaucoup de temps en exil, confronté à de nombreuses difficultés car il était très actif et critique à l'encontre de la politique gouvernementale américaine. Il a été très courageux. C'était par ailleurs un bon acteur, un grand artiste. Tout ça se passait pendant le maccarthysme. L'importance de Paul vient du fait qu'il s'est levé pour ses convictions et qu'il a dû payer un lourd tribut. Nous l'admirons tous. On devrait aujourd'hui se souvenir de lui, comme de Mandela...Un grand champion de la paix.

Prévois-tu de tourner un jour avec ton père?

Je ne sais pas si nous pourrons partir ensemble en tournée, mais nous jouerons quelques dates, comme à Canway au Canada, près de l'endroit où j'ai enregistré Twelve Gates To The City , et peut-être en Europe...

Trois musiciens semblent tenir une place spéciale dans ton environnement, Dave Bronze, Larry Crockett et Guy Davis avec qui tu collabores fréquemment. D'ailleurs peut-on envisager un album en duo avec ce dernier?

Guy Davis est un ami très cher et je pense que nous devrions enregistrer plus souvent ensemble. Je n'ai pas pensé à cette idée d'album en duo. C'est une bonne idée

Dave Bronze a joué avec moi en tournée et sur disques, pendant un certain nombre d'années. Ce type de collaboration est un peu comme un mariage. En tant que musicien, il te faut trouver des personnes, avec qui tu t'entendes non seulement sur le plan musical mais aussi dont tu sois certain qu'au fil des années de tournées, elles restent sur la même longueur d'ondes, sinon il peut en résulter des tensions. Dave est un musicien exceptionnel, qui m'a fait profiter de toute son expérience du studio et de la scène. Il m'a énormément aidé à améliorer mon profil musical. Mais je pense qu'il avait besoin, tout comme moi, de tenter d'autres aventures : il travaille, entre autres, avec Eric Clapton, Robin Trower. Mais nous n'avons pas joué notre dernière note ensemble; nous nous reverrons sûrement.

Pour Larry Crockett, j'avais besoin d'un batteur pour ma tournée, il m'a été présenté par mon label européen Dixiefrog et il s'est parfaitement intégré à mon répertoire. Il l'a nourri. Par son jeu très personnel, il amplifie la portée du message de mes chansons. C'est un musicien de qualité, quelqu'un d'une grande humanité.

En tournée aux USA à l'automne 2006, tu as joué avec John Mayall et Robben Ford. Prévois-tu d'enregistrer avec ce dernier ?

Oui, nous en avons parlé ensemble. Il nous faut juste trouver le temps de le faire.

Ton nouveau CD...

Spirit I am est certainement l'un de mes projets discographiques les plus excitants à ce jour. Il regroupe deux enregistrements sur deux CDs distincts : Get On Board et Fields Recordings .

J'ai enregistré ces 2 CDs à Nashville. Des amis musiciens fabuleux m'ont rejoints sur le premier CD. Bonnie Raitt entre autres, a posé un merveilleux solo de slide sur l'une des chansons de l'album et Ruthie Foster est venue chanter avec moi sur un autre titre. Je suis seul à la guitare sur le deuxième enregistrement.

D'un point de vue stylistique, je dirais que j'ai recherché passionnément, dans ce projet, l'endroit où blues, gospel et soul se rencontrent et fusionnent, ainsi que le trait d'union entre la musique des pionniers et sa version moderne plus élaborée.

www.ericbibb.com

Grégory Hulin

(1) Cf. les disques Natural Light , A Ship Called Love, ou les titres Shine On , Shine Your Shoes

(2) Cf. album A Ship Called Love

(3) Cf. album Painting Signs