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12/17
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Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND


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THE EXPERIMENTAL TROPIC BLUES BAND
the experimental blues band




Rencontre avec Dirty Coq, porte-parole de l'ETBB. Le jour où l'on apprend le décès de
BB King... Mais pour en savoir un peu plus avant l’interview, voir le portrait:
blues ETBB

Blues Again : Le groupe est en tournée, pour l'instant ? Vous revenez d’Allemagne ?
Dirty Coq : Là on vient de terminer. On est allé dix jours en France, trois jours en Allemagne... Mais on n'a jamais vraiment arrêté de tourner. Il va y avoir une autre date en France (le 18 juin, à Nantes), ce sera une Label Night, des tas de goupes de notre label Jaune Orange vont y jouer, on se regroupe. Il y a aussi les Ardentes, le festival liégeois en juillet.

Zone de Texte:Quand vous jouez en dehors de la Belgique, vous présentez le dernier album, 'The Belgians',avec le grand écran ?
Non, parce qu'on ne peut pas. C'est tellement ciblé, tellement belge! On l'a déjà joué en France, mais je pense qu'à l'étranger, les gens ne captent pas l'esprit. Ça dépend de la culture. A la limite je dirais même que c'est très wallon. Tu vois, déjà les images de la présentatrice télé... Elle est très wallonne. Bon au delà de ça, ce qu'on montre, c'est quand même des éléments marquants. Au Botanique à Bruxelles, par exemple, c'était super.

Et en Flandre, vous l'avez déjà joué?
Non, mais on va le jouer aux fêtes de Gand, et je me demande comment ça va être perçu. Ce qu'il y a d'amusant avec ce spectacle, c'est que c'est juste un compte rendu de ce qu'on vit, en tant que Belges. Enfin je ne vais pas parler de la Flandre, parce que nous, Wallons, on n'a aucune information sur ce qui se passe là-bas, et je pense que c'est pareil de l'autre côté. Donc un journaliste flamand peut nous dire "Vous faites un spectacle sur la Belgique, mais vous ne parlez pas de la Flandre"... Ben oui, c'est comme ça.

Le constat n'est pas très positif quant à l'avenir du pays...
Je crois que c'est vraiment un problème politique : « Diviser pour mieux régner ». Parce que je pense que les gens ont envie de se mélanger, il y a même une fierté belge, que ce soit en Flandre ou en Wallonie. Les gens sont fiers d'être Belges.

Quand vous donnez ce spectacle, vous devez rester plus sobres, plus concentrés qu'à l'habitude. Tout doit être en place. Ce n'est pas un peu frustrant ?
Pas du tout. Ce qui serait frustrant, ce serait de sortir un disque, faire des concerts, et ainsi de suite. Ce qui est cool, c'est qu'on peut se permettre de faire tout autre chose, on passe à un autre exercice. On continue à jouer avec Tropic, donc quand on part à l'étranger, en général on ne prend pas l'écran, on joue, on se défoule, c'est classique. Mais voilà par exemple, la dernière date de notre tournée en France, c'était un Belgian Show. Donc pendant neuf jours c'était la déglingue, c'était la fête, et puis après tu arrives, et il faut être beaucoup plus rigoureux.

Vous ne vous plantez jamais dans le timing? Je pense notamment au moment où le morceau s‘arrête pile quand la présentatrice intervient?
Oh oui ça arrive. Le Micro Festival à Liège, c'était vraiment une catastrophe. C'est des ordinateurs qui projettent le truc, et si l'aiguille du disque dur saute, il n'y a plus rien qui se passe. Alors on se dit "On arrête, on va faire un concert classique".

Revenons à vos débuts. C'est lors d’une fête à l'école que vous avez donné votre premier concert, à deux...
A deux, oui. C'était la fête de l'école (Saint-Luc à Liège, spécialisée dans l'Enseignement artistique) en 1999 je crois. C'était une blague en fait, au début. Le jour de la Saint-Luc - je ne sais plus à quelle époque de l'année ça tombe - les élèves prennent possession de l'école, on a carte blanche. Chacun fait ce qu'il veut, ça donne vraiment une chouette énergie. Et nous, on s'est dit qu'on allait faire un groupe. Je ne savais pas vraiment jouer de la guitare, et David n'avait jamais touché une batterie de sa vie. Jean-Jacques n'était pas encore avec nous, mais il était venu nous voir. Alors on a joué, les gens sont devenus fous, on a fait un autre concert, les gens sont redevenus fous... On jouait vingt minutes, on avait quatre morceaux ! Finalement on a eu de plus en plus de demandes, et c'est là qu'on a rendu la chose un peu plus correcte.

Et donc Jean-Jacques vous rejoint. C’était donc votre premier groupe ?
Non, avant ça, avec Jean-Jacques, on venait d'un groupe de notre enfance, pratiquement. C'est d'ailleurs lui qui m'a appris à jouer de la guitare. Le premier groupe, c'était beaucoup plus noise, inspiré par Jesus Lizard, toute cette culture que Nirvana a créée. En fait, on a commencé la musique grâce à Nirvana. C'était plutôt ça au départ, mais on a pris une route un peu différente. Ce n'était pas vraiment du Nirvana, c'était plus tordu, avec des contre-temps, ce genre de choses.
 
On a l'impression que vous devenez de plus en plus radicaux, au fil du temps. C'est conscient? C'est une volonté?
En premier lieu, le but c'est toujours de faire ce qu'on aime. Dans une interview, dernièrement, on nous a dit "C'est drôle, après l'album avec Jon Spencer, on pensait que vous alliez faire mieux. Mais non, vous faites un spectacle sur la Belgique".

Mieux?
Oui, aller chercher un plus gros producteur. Eux, ils avaient pensé à Jack White. C'est vrai, quand le disque est sorti on a émis l'éventualité : «Le prochain, on va le faire avec Jack White, ahah ! », on en riait... Je crois que ce n'est pas impossible d'ailleurs, c'est une question de culot, comme avec Jon Spencer. Mais non : on a fait un spectacle sur la Belgique, un spectacle qui parle des Belges. Donc, le but c'est toujours de se faire plaisir avant tout.

La rencontre avec Jon Spencer, ça s’est  passé comment?
On a fait plusieurs fois sa première partie, il aimait ce qu'on faisait, il nous disait « C'est cool », tout ça... Puis un jour on a discuté, et c'est tombé : « Dites, les gars, ça vous dirait que je vous produise? ». Et nous : « Euh oui, super... » On était en plus occupés à travailler un nouvel album, on lui a envoyé une démo, et lui : « OK, génial, on le fait ».

Avec le recul, que retirez-vous de cette collaboration ?
Eh bien justement, je crois que c'est grâce à lui qu'on est passé aux Belgians. Il nous a vraiment appris à rester nous-mêmes. Avant on avait tendance à tout nettoyer, à rendre la chose ultra clean. Il nous a fait comprendre que l'erreur est humaine, plus que ça, l'erreur est bien, elle est belle. Et donc ce qu'on a appris, c'est à redevenir le plus simple possible. On a arrêté de fantasmer, on a décidé de parler de nous en tant que Belges, de ce qu'on ressent au quotidien. Voilà ce qu'on a appris là-bas.

Changement total de décor pour le dernier album, donc.
Oui, ce n'était même pas un studio, d'ailleurs. C'est le local de répète' d'un groupe d'electro-punk qui s'appelle Prince Harry. On a enregistré dans des conditions assez difficiles, c'est juste une pièce, pas très grande. On l'a fait presqu'en live, c'était difficile à mixer, tout repassait dans tout. Encore une fois, c'est ce que Jon Spencer nous a appris : on n'a pas besoin de grand-chose pour faire de la musique.
 
Dans un ancien numéro de Blues Again, version papier, tu qualifiais votre musique de blues punk. Tu dirais toujours ça aujourd’hui ?
Est-ce que finalement, tout le monde ne fait pas du blues? Que ce soit dans le metal ou dans la pop, c'est toujours des histoires d'amour, qui finissent mal ou qui finissent bien. Le blues, pour moi, c'est parler de ses frustrations. Finalement, ce ne sont que des termes, l'être humain a besoin de classer... Wagner faisait du metal ! Ou alors les metalleux font de la musique classique. Ce que je reproche parfois au blues, c'est que pour certains, c'est presque une religion. Le blues classique, c'est une chose à laquelle il ne faut pas toucher, le blues à la BB King, tiens, justement. C'est une espèce de religion, comme le metal ou le jazz, c'est très fermé. Mais le blues, voilà, il y en a qui lui ont mis des coups de pied, qui ont ouvert le truc. Pour répondre à ta question, je dirais que oui, on fait du blues, on fait du rock, on recherche en fait. On s'exprime.

Question bateau : vous avez donné des centaines de concerts, quels sont vos meilleurs souvenirs ? La première partie des Cramps, sans doute ? Mais encore ?
Les Cramps, c'était surtout une émotion : rencontrer ces gens, qui d'ailleurs ont été adorables avec nous. Ça remonte à 2002 ou 2003, c'est vraiment un très bon souvenir. Mais il y en a eu tellement.... Les bons souvenirs finalement, c'est aussi les moments de galère, où on se serre les coudes. En dix ans de tournée, on en a eus, bien sûr. Déjà en tournée, tous les jours tu as un moment où tu dois reprendre pied dans la réalité. Tu quittes quelqu'un qui t'as très bien accueilli, pour peut-être arriver chez un autre complètement déglingué. Puis le lendemain, tu repars... Ce sont des pics d'émotion, tout ça ce sont des bons souvenirs.

Que penses-tu de la scène belge actuelle?
Il y a un nom qui me vient en tête c'est Goon Mat & Lord Benardo. Lord Benardo, on le connaît depuis longtemps, c'est l'harmoniciste qui joue sur nos tous premiers albums. Ce qu'ils font maintenant est excellent.

Quelques noms : Deus?
Grand respect pour Deus. Surtout depuis que Mauro Pawlowski a rejoint le groupe. C'est un guitariste que j'adore.
 
Romano Nervoso…(voir chroniques CD, avril 2015)
Romano Nervoso, ce sont des amis. J'aime beaucoup ce qu'ils font. C'est un spectacle, ils font du rock sans se prendre la tête. Et puis c'est pas mal d'oser chanter en italien !

Fred and the Healers…
Là, on arrive dans cette tradition qui me touche moins. J'aime beaucoup Fred, je le connais, mais on arrive justement dans la tradition, le côté intouchable du blues, le classique qui m'ennuie un peu. C'est le genre de choses que je n'écouterais pas chez moi : le solo de blues, non...

Black Box Revelation…
J'ai toujours pensé que c'était un produit. Ils surfaient sur la vague, le gros son à la Black Keys, White Stripes... Ils sont arrivés, Blam ! ils sont montés très haut, et maintenant on ne sait plus ce qu'ils font. Pour moi c'est du pur marketing. Un groupe comme Hooverphonic fait aussi dans le marketing, mais il a une histoire, il a connu des galères, ils ont beaucoup travaillé pour en arriver là. Black Box Revelation, ça a été tellement fulgurant...

Stromae ?
Eh bien, grand respect aussi pour la façon dont il mène sa barque - même si j'imagine que ce n'est plus trop lui qui la mène, il doit avoir un bon management. Ce qui me fascine, c'est toute cette structure autour de lui. Pour l'instant on n'entend plus beaucoup parler de lui, et je pense que c'est bien vu. Maintenant, il faut aimer le personnage. Et tout ce qu'on dit de lui, ça devient complètement dingue. ‘Le nouveau Jacques Brel’, là je ne comprends pas bien. Sinon la musique... Ce qui est drôle - je m'en suis rendu compte - c'est souvent quand la démarche artistique est ultra-directe que ça marche le mieux. Je pense qu'il compose toujours comme à ses débuts, sur son ordi, des trucs tous simples, souvent clichés, dans l'air du temps. La composition ne doit pas lui prendre beaucoup de temps, mais je crois qu'il s'amuse. Et si ça se trouve, il va peut-être un jour composer un album pour Madonna ! Ce sont souvent les blagues qui marchent le mieux...          

Qu’est-ce que tu écoutes chez toi,  à la maison?
Là, on vient de m'appeler d'un magasin de disques pour me prévenir que mon album de Meshuggah vient d'arriver. C'est un groupe de metal très violent. J'écoute du hip hop aussi, The Jewels, ou Death Grips. Ils sont en train de tout réinventer ! Je crois que pour le moment, c'est là que ça se passe. Je ne parle pas de ce qu'on entend à la radio, je parle du putain d'underground! Ils sont occupés à tout mélanger, à faire une musique qu'on n'a jamais entendue. Les rockers vont chercher le son du passé, et les rappeurs, ils réinventent le truc. Sinon j'écoute du rock, j'écoute toujours mes premières amours, Nirvana, Pavement, Nick Cave... J'ai aussi acheté une compil, ‘La Musique Classique Pour Les Nuls’, où tu as tous les tubes, Wagner, etc. C'est des trucs ultra-puissants ! J'écoute la musique électronique des années 70, ou Einsturznde Neubaten, le groupe de Blixa Bargel, l'allemand qui a joué longtemps avec Nick Cave. C'est l'inventeur de l'indus dans les années 80, celui où on tape sur des tôles, tout ça. J'écoute tout ce qui me plaît en fait, ça peut être de la pop, aussi. Je me considère comme un nazi de la musique : j'écoute toutes sortes de musiques, mais si ça ne me plaît pas, c'est non !

Vous avez déjà des projets pour un prochain album ?
On a un beau projet en préparation, on est en train de travailler sur un nouvel album, mais c'est vraiment le tout début. Je ne peux encore rien te dire, mais c'est vraiment un excellent projet, qui me tient à coeur en tout cas. Comme il y a eu les Belgians, il va y avoir... Pas une suite, mais encore une fois un autre exercice. Il y aura un disque, plus autre chose.
 
Vous partagez l’affiche des Ardentes cet été avec Iggy : vous pensez refaire le coup de Jon Spencer ? Aller lui proposer ne serait-ce qu'une collaboration ?
On a joué aussi quelquefois avec lui, mais Iggy... Je pense que lui, il n'a rien à nous apporter, à part peut-être chanter sur un morceau. Ce serait super bien sûr, mais il faudrait à mon avis se battre avec les producteurs, ça ne serait sans doute pas possible. On a joué avec lui à Bruxelles, il passait après nous. Le truc c'est qu'on l'amène sur scène, quelqu'un le porte! Sa hanche est foutue, il a un pied bot... Donc on le dépose, il fait son show à fond - comme il sait le faire, super bien - et après tu as le type qui le porte, et qui le dépose dans une limousine. Le mec, physiquement il est foutu. Il commence à être vraiment très vieux, mais sur scène il reste incroyable. L'énergie du rock'n'roll !

Eh bien, merci pour cette interview...
Merci aussi... Bon, je file chercher mon disque de metal !

Marc Jansen – mai 2015

http://www.tropicbluesband.com/