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été 20
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Interview
J & V


KING KONG BLUES
king kong blues
king kong blues
blues lucky gaz & little peter
Jean marc henaux
BLUES J&V



Un duo original qui plonge subtilement et profondément dans la tradition pour interpréter avec de belles harmonies un folk-blues élégant très actuel.
    

Blues Again : Faisons les présentations…
‘Vic : Je m’appelle Ludovic, Ludo à la ville, Vic à la scène… même si en ce moment, je ne suis ni à la ville, habitant un villageBLUES J&V près Lyon, ni à la scène, fin de confinement oblige. Je vais devoir me trouver un nouveau prénom ! J’ai grandi dans le Sud de la France, entre Marseille et Aix-en-Provence, mais j’ai fait une partie de mes études à Lyon où j’ai rencontré John (mais on vous parle de ça plus tard), j’ai bossé à Paris avant de revenir me poser de nouveau près de Lyon. J’aime ma famille (j’ai une femme et deux enfants), lire et apprendre, les p’tits-déjs, la musique en général et le blues en particulier. Bon, liste non exhaustive…
John : Né en Angleterre (personne n'est parfait !), arrivé en France (Lyon) à l'âge de 24 ans pour étudier la langue et la culture, et jamais reparti. J'ai épousé une Française, et j'ai deux enfants, dont une musicienne professionnelle (violon solo dans un orchestre de Paris). J'ai enseigné l'anglais toute ma vie, mais aussi le cinéma et la communication interculturelle. La musique, c'est ma drogue. Je ne conçois pas la vie sans elle.

Comment votre duo est-il né ? Depuis quand existe-t-il ?
‘Vic : Entre John et moi, c’est une vieille histoire... puisque John était mon prof d’anglais quand j’étais étudiant à Lyon !  Il organisait chaque année des concerts avec les élèves musiciens de ses cours. La condition était de jouer des chansons… en anglais ; ça se terminait en un spectacle dans un amphi bondé, au succès garanti.  C’était parti pour quelques scènes sur le campus et autour à l’époque, avec d’autres copains étudiants. Puis je suis parti bosser à Paris. De retour à Lyon il y a quelques années, j’ai repris la guitare et contact avec John. En 2016 nous formons « officiellement » notre duo J&V, sur un registre blues affirmé. Depuis, on joue principalement en duo, mais aussi en quartet selon les endroits, les publics, l’envie… Nous sommes alors à 4 ou 5, avec des anciens compères de l’époque étudiante, comme sur notre CD par exemple !
John : Je confirme, et j'ajoute que ce concert de fin d'année, j'en ai organisé plus d'une vingtaine, et il y a quelque temps, je me suis concocté un 'best of' personnel des performances 'live'. Ludo (Vic) figure sur la plupart !

Qui imprime la couleur musicale du groupe ?
‘Vic : Disons que l’orientation générale « blues » est plutôt de mon fait, étant un mordu de longue date ; John a une culture, une connaissance et une pratique musicale bien plus large… J’aime à croire que la couleur de notre formation vient justement de l’alchimie entre nos deux mondes, entre le picking de John sur guitare folk, sa voix, et mes influences et mon jeu complémentaires.
John : Je confirme. Le talent de Ludo lui permet de réaliser des solos sur les chansons plus « pop » ou folk/rock que je lui inflige de temps en temps.

Le choix de vous présenter seulement sous vos deux initiales est-ce pour l’énoncé à l’anglaise qui laisse presqu’entendre « j’ai envie » ? 
‘Vic : Waouh, content que tu l’aies noté, car effectivement, c’est bien une des raisons ! Et en français, ça fait aussi « j’y vais » … John étant Anglais, moi Français, on aimait l’idée que ça fasse un petit jeu de mot dans les deux langues, tout en restant facile à retenir et à écrire. On glisse régulièrement quelques blagues foireuses autour de ça durant les concerts… Alors ce n’est pas très blues, mais c’est nous…
John : Tout est dit.

Parlez-nous de votre éveil à la musique, votre parcours musical…
John : J'écoutais les disques de mon grand frère en Angleterre, où je suis né, beaucoup de jazz et de blues, dès l'adolescence. Je m'amusais à imiter la voix des chanteurs que j'entendais.  Aujourd'hui encore, je m'amuse à imiter la voix de chanteurs comme Elvis, Bob Dylan ou encore Leonard Cohen… et des chanteurs de blues. J'étais batteur dans un groupe de rock au lycée, mais les voisins appréciaient moyennement… Quand on a dissous le groupe, j'ai demandé au guitariste de m'apprendre des accords de guitare. Je suis devenu interprète solo folk et blues à l'université en Angleterre.
À 24 ans, je suis arrivé en France en tant que prof d'anglais ; j'ai vite compris que les chansons étaient un bon outil d'apprentissage auprès des jeunes (ce que Vic a expliqué concernant notre rencontre) …
‘Vic : Enfant, j’ai commencé par le piano, de façon assez scolaire (et en fait, ennuyeuse…). J’ai un souvenir très précis du moment où j’ai rencontré le blues : à 13 ans, dans une voiture qui me ramenait d’un match de basket. C’était la cassette Showdown, de Copeland, Collins et Cray. Là, j’ai compris que je devais faire un truc avec une guitare électrique et le blues ! Mes premières vraies expériences de groupe remontent à mes années d’étudiant, quand j’ai joué avec John : la boucle est bouclée !

Quelles ont été vos principales influences ?
‘Vic : Grâce aux tout premiers CD de l’époque, écoutés par mon grand frère, j’avais déjà pas mal dans mes oreilles d’ado des groupes comme Dire Straits et AC/DC, avec la guitare très mise à l’honneur, et des racines blues. Puis Showdown est arrivé … et dans la foulée, une émission dont j’ai perdu le nom, où Paul Personne racontait un peu le blues et ses influences. J’ai eu la bonne idée de l’enregistrée et je crois que je l’ai à l’époque regardée une centaine de fois. A la fin, cassette VHS oblige, l’image était devenue en noir et blanc et le son tout pourri. On y faisait connaissance avec Robert Johnson, Jimi Hendrix… puis je suis tombé sur Clapton, sur SRV. La suite est classique : on remonte le fil, on découvre les influences des influences.
John: Eric Clapton, John Mayall, Bert Jansch, Jackson C Frank, voire Mark Knopfler...

Quels musiciens entrent dans votre panthéon personnel ?
‘Vic : Beaucoup de guitaristes, évidemment, aux premiers desquels Clapton et Hendrix ; je citerais ensuite Mark Knopfler, Albert Collins et Freddy King ; Robben Ford m’a souvent impressionné par son mélange de maîtrise musicale totale et son feeling ; récemment, je dois dire que j’ai été bluffé par Marcus King vu en concert l’année dernière. Même si je ne joue pas de manouche, Django est aussi assez haut dans le classement.
Dans des registres très différents, je mettrais aussi en vrac Maceo Parker, Bobby McFerrin, et puis d’autres qui ont carrément traversé les siècles (Bach, Mozart et beaucoup de grands de la musique classique, que j’écoute peu… mais qui me touche les quelques fois où elle passe entre mes deux oreilles).
John : Ce n'est pas très blues, mais à beaucoup des noms cités par Vic, j'ajouterai l'immense Joni Mitchell et le très talentueux James Taylor.

Blues J&V

Où et quand avez-vous fait votre premier concert ?
‘Vic : Avec J&V, notre tout premier concert a eu lieu sur les lieux du crime de notre rencontre, sur le campus de la Doua à Lyon !

Maintenant, combien de concerts par an ? 
‘Vic : Assez peu en fait… et encore moins en ce moment ! Ce que l’on recherche avant tout, c’est jouer pour échanger et vibrer ensemble, musiciens et public, c’est vraiment notre (bio-)carburant. N’étant pas professionnels en plus, on privilégie du coup clairement le qualitatif sur le quantitatif pour nos concerts, en jouant finalement assez peu, mais dans des conditions où ce partage est possible. Après, la magie ne s’opère pas toujours, évidemment : il n’y a pas de baguette magique pour la magie de la musique… Si je regarde vers l’avenir : je suis triste et inquiet pour ce qui se passe dans le monde de la culture. Ça va être dur pour les salles et pour les artistes. Nous avons la chance de ne pas vivre de notre art, mais on pense souvent à eux et aux jours difficiles qui s’annoncent. Cependant, on aura toujours besoin de musique, même, et peut-être surtout quand les temps sont difficiles.

Il vous arrive de vous produire en quartet. Qu’est-ce qui motive ce choix ?
‘Vic : Pour des scènes en plein air, ou avec une ambiance festive, on aime bien changer de géométrie pour occuper différemment l’espace et l’écoute… Être à 4 voire 5, ça aide alors beaucoup ; en duo, notre jeu est plus intimiste, dans l’intensité émotionnelle.
John : Rien à ajouter.

Présentez-nous vos compagnons de scène…
‘Vic : Marco (basse) et Vince (batterie), parfois Jean, sont tous des anciens étudiants qui ont joué avec John. Du coup, il y a comme un voyage dans le temps qui s’opère à chaque fois que l’on se retrouve, et même si ce n’est pas souvent, ça marche à tous les coups, et on passe un bon moment.
John : Il faut dire que ce sont tous des amateurs doués, sympathiques et très tolérants envers le vieux routier que je suis devenu.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
‘Vic : Pour les quelques moments de grâce où je sens que la musique nous lie intimement, avec les tripes, entre musiciens, et avec le public, que les émotions s’échangent au-delà des mots, des âges, des catégories sociales. 
John : Comme nous sommes essentiellement dans le partage, le concert, c'est toujours un moment privilégié, surtout quand cela se passe bien.

Quelle a été votre plus belle expérience sur scène ?
John : Quand j'ai vu ma future épouse (que je ne connaissais pas encore) s'asseoir au premier rang pour m'écouter jouer.
‘Vic : Pour moi, ce sont tous ces moments que j’évoquais… Ça peut arriver en tout petit comité, ou sur une belle scène, en duo ou à plus ; hélas, ça dure rarement tout un set… parfois, c’est juste un morceau, parfois, on joue, on s’amuse, mais il n’y a pas cette intensité. Mais quand d’un coup, sans trop savoir pourquoi, ça décolle, tu débranches le cerveau, et ça se connecte autrement. Au final, c’est aussi pour moi l’essence d’une musique comme le blues, plus que d’autres : tu es sûr qu’à un moment, ce sont les tripes qui vont parler ou te parler. Il s’avère que dans la vie de tous les jours, le Ludo est plutôt cérébral, alors, parfois, ça fait du bien quand ‘Vic, John ou tout autre musicien lui fait sentir autre chose.

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène…
‘Vic : Il y en a pas mal en fait, et heureusement ! Sur le coup, un particulièrement sympa me revient : je voudrais remercier John de m’avoir fait jouer devant un public d’aveugles et de mal-voyants, en aidant une association dédiée à leur situation. C’est assez impressionnant en fait, mais quelle intensité, quelle écoute, et au final, quel bonheur d’avoir senti ce lien ! Des mauvais ? Pas tant que ça. Je dirais les rares fois où au final où ça n’a pas vraiment marché…
John : J'ai donné plusieurs concerts pour des mal-voyants, et c'est toujours une joie intense de voir le plaisir que cela leur procure.

Quelles ont été vos plus belles rencontres en tant que musiciens ?
‘Vic : John !
John : Vic !

Comment est né le CD Stairway To Nowhere sorti en mars 2019 ?
‘Vic : Après 3 ans de J&V, on a voulu faire deux choses avec ce LP : « graver » des compos qui tournaient dans nos têtes blues j & vou déjà sur scène et que nous voulions « fixer », et s’offrir un nouveau levier pour démarcher salles de concert et festivals environnants, histoire d’aller chercher un nouveau public et de nouvelles expériences.  Nous nous sommes donc quelque peu limités sur les moyens et avons enregistré le tout sur un week-end… Notre objectif restait bien de jouer pour partager et échanger sur scène, avec un CD pour nous y aider…

Quelles sont vos sources d’inspiration pour écrire et composer ?
‘Vic : Pour ma part, ça se construit un peu en puzzle, avec des bribes et des idées que je collectionne en les enregistrant quand elles viennent, sur mon smartphone. Il y a rarement un déclencheur précis pour ces bribes : elles viennent en jouant. Elles peuvent rester longtemps isolées, ignorées, et puis vient un moment où j’ai l’envie et le besoin de mettre tout ça ensemble. Je propose les idées préassemblées à John, il écrit un texte, on se voit, et on modifie le tout en jouant ensemble, avec des idées musicales qui s’enrichissent par rebond. C’est en tout cas comme ça qu’on a fait notre LP…
John : J'essaie d'écrire des textes qui expriment quelque chose – c'est vrai qu'en revanche, les chansons des Stones seraient moins bonnes si les textes voulaient dire quelque chose, donc tout cela se discute....

Envisagez-vous un prochain album ?
Pour le moment, rien de concret à l’horizon, hormis tout un tas de bribes qui attendent de devenir des morceaux ! Mais c’est vrai que les supers retours et chroniques que l’on a eus pour notre EP sont de sérieux encouragements pour voir plus grand. 

Comment définiriez-vous votre style ? 
‘Vic : Je dirais un style très… jyvesque ? Je t’avoue qu’on ne s’est jamais vraiment posé cette question en ces termes. Nous avons quand même eu pas mal de témoignages sur le fait que notre mélange picking/guitare électrique sur base de blues disons contemporain est assez reconnaissable, et ce côté « reconnaissable », c’est vraiment un chouette compliment pour nous. En tout cas quand il plaît !

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
‘Vic : Retrouver une vie à peu près normale malgré ce satané virus ! A n’en pas douter, les prochains mois et années nous amèneront bien des occasions et sujets pour avoir le blues et en jouer !

Pour parler d’autre chose, quels sont vos hobbies en dehors de la musique ?
John : Le cinéma : j'anime un ciné-club depuis de nombreuses années.
‘Vic : Entre la famille, le boulot, la musique, ça fait des journées (et des soirées) bien remplies… j’y ajoute quand même une dose d’associatif et d’implication dans la vie locale. Le local et la musique : vu de moi, les deux mamelles de la survie à l’avenir !

Quel est votre lieu de prédilection ?
Vic : Le confinement m’a conduit comme beaucoup à réduire mon périmètreblues j & v de circulation… et j’ai du coup découvert avec un nouveau regard mon environnement direct, et notamment un chemin partant pas très loin de chez moi, vers la forêt… Après « Stairway To Nowhere », ça sera peut-être « Path To The Forest!
John : En ce moment, mon balcon pour un mini-concert quotidien à 20h pour le voisinage, pendant le confinement.

Quels ont été vos derniers coups de cœur musicaux ? 
‘Vic : Marcus King… je ne sais pas comment un gamin comme lui peut avoir cette voix soul, et ce toucher guitaristique. Un futur grand.
John : Larkin Poe, mode 'blues'. Elles sont étonnamment douées, ces deux filles !

Pour votre duo, quel serait votre rêve le plus fou ?
‘Vic : J’ai posté il y a quelques mois sur notre page Facebook (www.fb.me/jvsouvent) un post de 1er avril qui finalement pourrait répondre à la question. Il faut aussi d’ailleurs que je mette à jour notre page web (www.jvsurlenet.fr) sur les concerts à venir… Oui, c’est une façon détournée assez grossière de faire un peu de promotion !
John : Pas un rêve fou, juste un souhait : malgré l'arthrose qui commence à me jouer des tours côté doigts, j'aimerais pouvoir continuer le plus longtemps possible à partager la musique que l'on aime avec mes anciens étudiants et avec tout public qui voudra bien nous écouter.

Gilles Blampain – mai 2020

http://jvsurlenet.fr/

blues j & v