Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
KAOS KARMA
Elvis et Kerouac, de profondis


blues deraime
blues electrique bazar
blues electric bazar
blues kaos karma






Le rockabilly des limbes. Une voix métallique de tunnelier. Kaos Karma fait jaillir de son cerveau reptilien son premier album : Deathology. Il remonte l’histoire jusqu’au pourquoi du comment, dépiaute le blues et la country de leurs rondeurs séculières, de leur swing et de leur humanité, il en établit une planche anatomique quasi-métaphysique. Tout ce qui préexistait à l’état larvaire et faisait déjà vibrer le squelette avant que la légende ne commence…

Blues Again : Psychobilly-surf, pour définir ton style. Ça te va ?
Kaos Karma : Pas mal. De mon côté, j'avais pensé le truc comme un blues électroïde.

On est étonné de la tournure cryptique que tu as donnée aux titres de cet album, quand on considère le genre de chansons que tu postes sur Facebook, plutôt mélodieuses et bien arrangées…
Ce côté amélodique, c’est un parti-pris. Un parti-pris ponctuel, car j’ai en stock nombre d'autres titres, structurellement différents, qui ne figurent pas sur cet album. L’album, je le voulais minimal et modal. J'écoute beaucoup de choses très sophistiquées, c’est vrai – mais pas que. Sans doute parce que je suis traumatisé par des gens comme Lennon/Macca, Arthur Lee, Lowell George et un wagon d'autres types. Ou encore From Elvis In Memphis

J’ai cru discerner deux mouvements dans la dynamique de l’album. Une partie très noire, une autre plus claire, ouverte sur une sérénité morbide en tomber de rideau…blues kaos karma
Bah ! La seconde partie ne me semble pas foncièrement différente de la première, mais je manque peut-être de recul. Peut-être plus apaisée… pour finir en orgasme apocalyptique ? Présomptueux, pas vrai…

Le résultat correspond-il à l’idée que tu te faisais de l’album au départ ?
Plutôt, oui. En fait, j'avais en permanence Vega et Christophe (si, si !) à l'esprit pendant l'enregistrement. Pits, avec qui j'ai remixé et masterisé, a apporté certaines idées très précieuses. Pits bosse entre autres avec les Dum Dum Boys. De même, Didier Balducci (Baldu), autre membre des Dum Dum Boys.

Les Dum Dum Boys ?
Un groupe mythique de Nice. Leur style oscille entre psychobilly, garage et punk (pour faire vite). Je pensais que tu les connaissais…

Hem… Si, si ! Euh… et Baldu, c’est qui ?
Didier Balducci est l’un des deux guitaristes des Dum Dum Boys. Lui et Pascal D'Oriano, le batteur, sont des potes. Pits est ingénieur du son, il s'occupe souvent de les mixer et masteriser.

Pourquoi avoir choisi ce pseudo de Kaos Karma ?
En écho à Kerouac. Ses obsessions et, bien sûr, l'allitération en K. Adolescent, j'ai lu toute l’œuvre de Kerouac dans la foulée. Et Kerouac est le fil rouge de cet album. Je me suis attaché à adapter ses textes pour l'essentiel. J’ai utilisé des textes issus de Mexico City Blues, un recueil de poèmes plutôt free, très influencés par le jazz.

C’est Jack Kerouac qui t’insuffle une humeur aussi noire ?
Les thèmes de ce recueil sont assez sombres en effet. Kerouac tourne autour de la dope, du sexe, du désenchantement, de la rédemption, etc. De toute façon, ce que je fais d’ordinaire, même en dehors de Kerouac, est tout aussi sombre ! Ceci dit, je ne pense pas avoir jamais entendu quelque chose d’aussi crépusculaire que ‘Heartbreak Hotel’. Même si on n’entrave rien aux lyrics, l'effroi est palpable.

Link Wray et Jim Morrison t’ont influencé également, non ?
Link Wray, c’est surtout sa guitare qui est présente chez moi. Pour Morrison, oui, j'ai énormément écouté les Doors… entre mille autres groupes, bien entendu. Et à une certaine époque, le crooner psyché.

blues kaos karmaPeut-on parler de songwriting ?
Je ne crois pas, dans la mesure où je ne respecte guère les codes du songwriting. Je cherchais une sorte de transe. Donc, pas trop de changements, ni harmoniques, ni mélodiques, ni rythmiques, même s'il y en a un tantinet. Je craignais que ces changements ne détournent l'intention originelle…

… Intention originelle, qui était ?
Faire en sorte que l'auditeur ne respire qu'à la fin de chaque titre, ne pas lui en donner l'opportunité pendant !

Tu as tout fait tout seul dans ton home-studio ?
Effectivement, les guitares, les voix, les basses, jouées à la guitare et bidouillées ensuite. D'habitude je pose une vraie basse, mais ici je cherchais une unité de son. Je voulais éviter le côté funky.

… Et des machines ?
Il n'y a pas réellement de machines, c'est assez artisanal finalement. Bon, j'ai ajouté quelques samples ça et là.

L’album sort en vinyle…
Oui, Face A, face B…

… Sur Ki-mono Records. Quel est ce label ?
Le label a été monté par un ami de Cannes. Il joue dans un groupe nommé Motel. Pour l'instant il n'a guère de ligne, dans la mesure où Ki-Mono en est aux balbutiements.

Motel ?
C’est un groupe de Paris. Ils en sont à trois albums. L’un des membres, Phil Vernay, est un ami et vit à Cannes. Leur style, je ne saurais trop le définir. C'est assez electro-funk. Un de leurs titres figure dans un film de Chéreau. Persécution, je crois.

Tu joues sur quels instruments ?
J'utilise une Gretsch Electromatic, une Ibanez électroacoustique, j’ai aussi une basse pourrie, mais je n’en ai pas mis sur ce disque, comme je te disais. J’ai un ampli Fender Champ 30 et un vieux Vox fatigué. Il m'arrive de réveiller mon Farfisa Matador. Les drums sont des loops.

Tu es donc corse ?
Ma famille est corse en effet. J'y vivais minot, bien que je sois né à Marseille. J'essaye d'y passer au moins un mois par an. Dans le maquis. Au calme. Le muscat est un bon compagnon ! Sinon, je vis à Cannes. Très rock ! Et à Nice.

Musicien à temps plein ?
Je ne fais quasiment que de la musique, mais quand le ventre crie famine je file au turbin. Ça se passe généralement au sein d'une cuisine…

blues kaos karmaQuels sont tes antécédents musicaux ?
Par le passé j'ai été chanteur dans une tripotée de combos obscurs sans grand intérêt, blues, rock'n'roll et même heavy-funk ! Il n'y a pas si longtemps, j'évoluais encore en duo dans les pubs.

Tu as pu dire qu’Elvis Presley t’avait sauvé la peau. Tu peux développer ?
Quand j'ai eu sept ans, on a cru bon de m'embarquer à bord d'une caravelle, direction Paris. Plus exactement, Gennevilliers. Avant mon arrivée en banlieue parisienne, je n'avais jamais entendu parler de rock'n'roll. J'ai vite appris au contact de mes petits camarades. J'ai acheté ou volé des tas de k7 sur lesquelles figuraient tous les pionniers du genre. A ce moment précis le E n'était à mes yeux que l'un d'entre eux. Puis un matin, le radioréveil s'est enclenché et a balancé ‘Heartbreak Hotel’. Je ne connaissais pas cette chanson, j'ai pris une méchante claque. Dès lors, j'ai tout entrepris pour en entendre et en savoir davantage. Le E et, dans une moindre mesure les comics de Marvel, sont devenus mes uniques centres d'intérêt. Je dois préciser que je ne vivais pas avec ma mère, mais chez des étrangers qui me semblaient être des démons. E m'a permis de traverser cette délicate période sans trop de dommages, et il m'accompagne toujours. Si je dis qu'il m'a sauvé la vie, je n'exagère pas. Je devenais fou dans cet environnement. Les murs du collège Chandon, dans lequel j'ai évolué après les Grésillons, tel un allumé de première, se souviennent de mon passage. Sans parler des profs. J'étais une vraie teigne. Parmi les pires. Mais cette passion pour le E a tant bien que mal contenu l'agressivité que j'avais besoin de déverser. Je me souviens de mes virées aux puces de Clignancourt. J'y allais toujours seul, les bandes n'étaient pas trop mon truc. J’y cherchais n’importe quoi qui ait le moindre rapport avec le E. Je me souviens aussi, forcément, de cette nuit où l'on m'a réveillé (charité chrétienne de désaxés ?) pour m'apprendre son décès. Je me souviens de tout ce qui a trait au King dans ma petite vie, le reste est plus flou…

Quelles sont tes références musicales ?blues kaos karma
Outre le E ? Tout le catalogue Sun. Le blues, le vrai. Pas la tambouille pour club de bridge d'un Clapton. La pop anglaise des sixties, la country, des Dixon Brothers à Emmylou, Cooder, Parsons, Lowell George, Gene Clark, Love, Spirit, Doors, Ole Neil, Wilson, la no-wave, Cale, Nico, Link, Hazil, Beefheart, Chilton... Je m'arrête là, sinon j'y passe la nuit !

Le meilleur album du monde, selon toi ?
Elvis, bien sûr. Les Sun Sessions. Ou Love : Forever Changes.

La plus belle chanson ?
Elvis encore: ‘Baby Let's Play House’. Ou les Beatles : ‘Tomorrow Never Knows’…

La chanson qui te monte au cerveau sans même que tu fasses gaffe ?
Middle Age Crazy’, Jerry Lee Lewis... et ‘Long Black Limousine’, d’Elvis!

Le concert de ta vie, en tant que spectateur. Elvis ?
Hélas ! C’était Rory Gallagher à Lille, vers 1985...

Christian Casoni - Novembre 2013

www.facebook.com/pages/Kaos-Karma