blues again en-tete
09/21
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Interview
LITTLE TOM










Guitare, harmo et stomp au pied il joue en solo des blues hargneux et des mélodies folks, mais il s’inscrit également dans d’autres aventures musicales.    

Blues Again : Faisons les présentations… 
Little Tom : Je suis né en 1992 en terres bretonnes ! J'ai grandis et vécu une enfance heureuse à Morlaix dans le nord Finistère. Etblues little tomant jeune, tous mes amis dans la cours de récré où sur le terrain de foot me surnommaient « p'tit Tom » ! Plus tard lorsque je me suis dit qu'il me fallait un nom de scène, je n'ai pas hésité une seconde !
Après mon bac à 18 ans, j'ai quitté le foyer pour rejoindre Rennes et la fac afin d'y acquérir une licence en communication mais surtout aussi pour étudier de mon côté la musique.

Parle-nous de ton éveil à la musique, ton parcours… 
J'ai commencé très tardivement la musique. Regardant mon frère jouer et s'éclater avec la guitare, j'ai également eu envie d'apprendre mais à 16 ans je plaquais à peine mes premiers accords ! Je suis parti de loin et j'ai essayé de rattraper mon retard en m'enfermant dans ma chambre travaillant et interprétant des chansons de Gainsbourg, Renaud ou Aznavour. A cette période j'ai commencé à écrire mes premiers textes, mes premières chansons en français.
La même année mon père m'a offert un harmonica pour mon anniversaire avec une méthode. J'ai commencé à souffler dedans et à y prendre sérieusement goût. Je ne connaissais pas grand-chose au blues, à la musique américaine à l'époque mais cela a radicalement changé lorsque mon père m'a offert la biographie de Keith Richards. L'histoire et l'héritage du blues y est parfaitement illustré au fil des pages. Le guitariste énumère ces influences : Muddy Waters, Jimmy Reed, Robert Johnson ou Little Walter. Un monde incroyable, m'étant inconnu jusqu'alors s'est alors ouvert et j'ai ainsi plongé la tête la première dans l'univers du blues pendant 4/5 ans.

Te souviens-tu du premier blues ou rock entendu ? 
Il existe une vidéo de moi à 3 ans où je gratte une guitare sur un rock'n’roll de Chuck Berry sur la terrasse de mes parents un jour de fête : Run Rudolph Run !
Pour autant, dans la voiture, à la maison il n’y en avait pratiquement que pour les Beatles. Rod Stewart, Carl Perkins ou Eric Clapton avaient également leurs places de temps à autre ce qui m'a permis d'acquérir de solides connaissances en matière de Rock Music !

Quelles ont été tes principales influences ? 
Personnellement, l'artiste qui m'a le plus exalté c'est Bob Dylan. J'ai commencé la pratique de la guitare avec le porte-harmonica avec un copain (fan de Chuck Berry) sur les marchés de Rennes le samedi matin en croyant bon de m'identifier à lui. Par la suite lorsque j'ai entendu pour la première fois l'album Exile On Main Street des Rolling Stones, j'ai vibré comme jamais. Exile, Blonde On Blonde et Highway 61 Revisited de Dylan sont mes trois albums référence. Les Stones et leurs influences multiples (rock'n’roll, blues, soul, country…) m'ont poussé à découvrir et à puiser l'essence de la musique roots.

Sur quels genres de guitares joues-tu ? 
J'en possède quatre : Une douze cordes, une guitare Sigma acoustique coréenne des années 80 que j'ai acquise récemment. Pour ce qui est des électriques je possède une Fender Telecaster et une Gibson 335.

Tu joues également d’autres instruments…
Lorsque j'étais à la fac j'aimais jouer du ukulélé mais j'ai peu à peu délaissé l'instrument pour me focaliser sur la guitare, l'harmonica mais aussi le piano. J'allais aux champs libres de Rennes réserver le piano pour 1 ou 2 heures toutes les semaines afin d'y apprendre des accords, des walkin’ basses. Depuis la pratique du piano ne me quitte pas.
J'ai concrétisé mon intérêt pour le piano blues avec un groupe que j'ai monté sur Nantes en 2020 qui se nomme Jumpin' Box. Notre répertoire est constitué de reprises et de compos mais malheureusement nous n'avons pas encore joué en live, du fait de la pandémie. Nous nous exerçons à reprendre des vieux titres de Floyd Dixon, d’Henry Gray, de BB King à ses débuts où de Wynonie Harris entre autres.

Où et quand as-tu fait ton premier concert ? 
Les premières fois où je suis monté sur scène étaient à Rennes lors des jams blues organisées par Roazhon Blues. Quel trac ! La première fois que j'y suis allé j'ai été totalement sidéré par le son puissant qui émanaient des amplis poussés à burnes par les harmonicistes de l'association : Dom Genouel et Cédric Cobret. Dès lors je me suis pris de passion pour l'harmonica blues. A côté j'allais souvent jouer sur les marchés où rue de la soif lors des soirées étudiantes !
Cependant mes premières représentations officielles avec une formation ont eu lieu à Nantes à partir de 2016 avec « Jakez & The Jacks », groupe dédié au Chicago blues pur et dur. J'ai rencontré Jakez Rolland à Rennes en 2015, à son retour de Chicago. Il était excellent à la guitare et avait fréquenté de grands noms aux USA. J'ai profité de son expérience américaine pour me sensibiliser plus profondément au son de Chicago et en sa compagnie j'ai découvert les disques de Magic Slim, de Carey Bell, de Buddy Guy & Junior Wells. Deux ans plus tard presque au même moment on a donc quitté Rennes pour aller s'installer à Nantes et former un quartet dédié au Chicago blues. Avec le groupe on a vite progressé et ont a été amené à se produire dans quelques festivals Blues hexagonaux, dans les clubs où les café-concerts ici et là.
BLUES LITTLE TOM
Maintenant, combien de concerts par an ? 
Depuis 4/5 ans je suis intermittent du spectacle et ces dernières années avant ce foutu covid c'était une soixantaine de concerts par an sous différentes formules.

En quoi la scène est-elle indispensable ? 
La scène est vitale pour chaque musicien, chaque mélomane ou passionné. C'est un endroit formidable où des choses totalement spontanées et imprévues peuvent se passer ! Mais apparemment cela ne paraît pas autant indispensable que cela aux yeux des responsables politiques de notre pays qui nous privent depuis maintenant une année de ce bien si précieux !
Les live streams que proposent certains artistes ne comblent aucunement ce vide et restent pour moi quelque peu insignifiants.

Un bon souvenir de scène… Un mauvais souvenir de scène… 
Difficile d'en retenir un parmi une multitude mais il y en a un particulièrement qui me revient en tête. C'était aux States au Tee Dee's Club de Lexington (Kentucky) en 2015, dans une salle bondée où j'étais pratiquement le seul homme blanc à la ronde. Le groupe jouait sévère et j'avais glissé à l'oreille du chanteur avant qu'il débute son show que je jouais un peu d'harmo. Au bout d'une heure en plein milieu d'un morceau sans même me prévenir ni m'annoncer la tonalité, il m’appela au micro et harangua la foule qui soudainement devint complètement hystérique de voir un p'tit blanc sortir de l'ombre et venir se frotter aux musiciens noirs sacrément balaises. Peu de mauvais souvenirs en tête si ce n'est quelques gigs dans des pubs vides ou devant un public totalement désintéressé. Je me souviens aussi des sentiments de frustration qui me gagnaient parfois lors de mon arrivée à Nantes. Ne me sentant pas au niveau à côté de certains j'étais dérouté par l'étendue du chemin à parcourir. Mais ces insuffisances m'ont tout de même poussé à redoubler d'effort, à travailler et à assumer pleinement ma personnalité.

Parle-nous un peu de tes belles rencontres à Chicago et au-delà…
En 2011, pour les fêtes de fin d'année ma mère m'a emmenée dans ses bagages pour une escapade new-yorkaise de quelques jours. En quittant le sol américain j'étais sûr de revenir. 
4 ans plus tard je suis donc revenu seul pour un voyage de 3 mois aux USA qui m'a amené à parcourir du Nord au Sud la mythique « Blues Highway ». Pour commencer ce voyage je m'étais immergé 3 semaines dans les clubs de Chicago auprès de Jakez qui m'a emmené fouler avec lui les scènes du Kingston Mines, du B.L.U.E.S on Halsted ou du Buddy Guy's Legends.
En l'espace de trois semaines j'avais jammé avec pratiquement toutes mes idoles : John Primer, Lurrie Bell ou Billy Branch. J'en ai profité pour prendre également 2 leçons d'harmonica auprès de Matthew Skoller !
La suite de mon voyage fut guidée par les rencontres et le blues. Fréquentant les musiciens et jouant dans des clubs à Jackson, à Clarksdale, à New Orleans, à New York ou à Washington D.C ! Ce fut une véritable révélation et je me souviendrai à tout jamais de la bienveillance, de la gentillesse des musiciens américains qui m'ont poussé à continuer dans cette voie, à jouer et à progresser. Leur humilité et leur simplicité m'ont sidéré.
Deux ans plus tard, en 2017 j'étais de retour pour le Blues Festival de Chicago avec mon pote Jakez Rolland, où nous avons baigné non-stop pendant 15 jours dans l'ambiance du festival. C'était exceptionnel de pouvoir être aussi proche des artistes dans les clubs ou dans les coulisses du festival mais aussi de se sentir accepter aussi facilement par la communauté blues chicagoane.  
Entre 2017 et 2021 je ne suis pas retourné aux States. Désireux de visiter d'autres pays j'ai eu l'occasion de faire siffler mon harmonica au Ain't Nothing But Blues Bar de Londres, au Maloe Melo d'Amsterdam ou à la Cavern de Liverpool ! J'ai même participer à des scènes blues à Cali en Colombie, pays de la salsa !

Peux-tu nous parler de l’album The Blues Expedition Of Little Tom ?
Le volume n°2 a fait suite à mon premier EP solo, le n°1 qui était composé de six titres, un mélange de reprises (Robert Johnson, Jazz Gillum, Lightnin' Hopkins) et de compostions. Le deuxième, je l'ai enregistré auprès de Ben Bridgen – ingénieur du son, arrangeur et super pianiste de boogie/blues- à Nantes fin 2019. Il comporte onze créations. Ce CD m'a permis de bien affirmer ma formule solo « one-man-band » que j'explorais depuis quelques temps sur scène.
Je me suis amusé en studio à faire des overdubs : A rajouter sur plusieurs titres, de la guitare Nashville, des percussions, de l'orgue Hammond et de l'harmonica électrique. Pour cela Gilles Marfaing un ami percussionniste est venu au studio et Ben m'a beaucoup épaulé à l'orgue. 

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ? blues little tom
Mes aventures, mes histoires d'amours, de flirts où mes ruptures quand je manque de pot. En fonction de mes états d'âme je peux écrire quelque chose de gai, de futile ou quelque chose de plus sérieux.

Comment définirais-tu ton style ? 
Avec mon projet solo « one-man-band » mon registre relève du folk-blues. Avec ma stomp au pied je peux jouer des blues hargneux un peu rentre dedans mais aussi du picking et des mélodies folks un peu plus calmes.

En dehors de tes engagements personnels, travailles-tu sur d'autres projets en collaboration ?
Tout à fait et le début d'année a été très prenant, car j'ai coproduit le premier album d'un de mes autres projets qui se nomme The Skanky Combo. Nous formons un quintet et nous jouons la musique jamaïcaine des années 60's : du ska, du reggae mais surtout du rocksteady. Ce genre musical est un peu inconnu au bataillon car c'est une niche où très peu de musiciens en France se positionnent. La sortie de l'album est prévue pour juillet 2021. Il comporte huit titres et sortira en CD mais aussi sous format vinyle, et ça pour moi c'est une première. Sur ce premier opus j'ai écrit et composé la moitié des titres, le restant étant du ressort de Paul Méléo, mon partenaire avec qui je partage le leadership sur scène.
Mon intérêt pour la musique jamaïcaine remonte assez loin et l’île de la Jamaïque a toujours attisé ma curiosité. C'est pour cela qu'en janvier 2020 je m'y suis rendu pendant un mois et malgré la joie de pouvoir découvrir Randy's Records, les studios Tuff Gong de Marley ou la mythique école d'Alpha Boyz School j'ai malheureusement très peu eu l'occasion de mette la main sur de la musique roots, qui semble avoir quasiment disparue de l'île tropicale.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? 
La période n'est pas très facile et il pas évident de se projeter par les temps qui courent. J'espère tout de même bientôt jouer avec mes différents projets mais aussi avec un nouveau projet en trio ! Accompagné par Arnaud Gobin à la contrebasse et Cyril Durant à la batterie, on a monté récemment ce petit groupe acoustique au registre folk-blues. On a déjà quelques dates pour cet été. Les jams blues que je co-organise également au Zygobar à Nantes reprendront peut-être aussi bientôt qui sait.

Pour parler d’autre chose, quels sont tes hobbies en dehors de la musique ? 
Au-delà de la musique, mon temps est départagé entre le sport (j'adore le foot depuis que je suis môme) la lecture,BLUES little tom l'écriture, le dessin, la fête et le jardinage ! Là où je vis, depuis maintenant 2 ans j'ai la possibilité de pouvoir expérimenter avec ma copine la permaculture. Nous avons un jardin-potager que nous entretenons soigneusement. Nous pouvons ainsi comprendre le fonctionnement de la nature, réaliser tout un tas d'expériences et faire pousser nos propres légumes. 

Quel est ton lieu de prédilection ?
La côte bretonne ! A chaque fois que je me rends au bord de mer, je me sens vraiment bien. L'endroit le plus évocateur de mon enfance reste la plage du Cosmeur à Carantec (29) qui m'a toujours laissé un parfum de nostalgie. Dès que j'y vais je m'y baigne été comme hiver.

Quels ont été tes derniers coups de cœur musicaux ? 
Au fil du temps j'écoute de plus en plus de Soul Music et cet hiver Aaron Frazer des Indications a sorti un superbe album - produit par Dan Auerbach des Black Keys - que j'ai adoré.

Quel serait ton rêve le plus fou ? 
Que je puisse continuer à vivre la vie que je mène. Plus généralement que les dirigeants politiques prennent pleinement conscience du danger qui découle du dérèglement climatique. Que nous prenions tous un sérieux virage en terme de préservation de la nature, des écosystèmes et du monde vivant. Malheureusement tout cela semble passer après l'argent, les intérêts privés et la conservation du pouvoir par les élites.

La question que je n’ai pas posée…
Combien de demande d'interview as-tu pu recevoir par le passé ? Réponse : 0 ! Vous êtes les premiers à le faire !

Gilles Blampain – mai 2021

https://www.youtube.com/watch?v=uybMvCy2OZ8
https://www.youtube.com/watch?v=0yx2NNMkXuE
http://www.youtube.com/watch?v=_WYAVfRsi20
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