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12/17
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Interview
MARC ANDRE LEGER
L’adieu au blues…


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Humour canadien ? Avec Marc-André Léger, difficile de savoir sur quelle fréquence passe la réponse, et à quel degré. Il s'est installé en Suisse. On aimerait croire que le mobile de cette expatriation est d'ordre fiscal, mais dans le blues et ses environs, personne ne paie trop d'impôts. Pourquoi la Suisse ? Première question d'une longue série qu'on ne lui a pas posée. Lui-même se définit comme un bluesman occasionnel. Soit. Quelle est sa religion quand il ne célèbre pas les grands pénitents du ghetto ? Autre lacune qui aurait dû nous valoir le peloton d'exécution. Qu'est-ce qui est certain dans tout ça, alors ? Que son deuxième album, Sail On, est une splendeur de folk-blues, débarrassée de toutes ces ballades assommantes qui vérolent ordinairement le genre. Une originalité sans ostentation, des voix magnifiquement mises en place, une tendresse qui ne verse jamais dans la niaiserie, la virtuosité, l'énergie et le goût. La chanson 'Sail On', pierre angulaire de l'album, s'impose en quatre mouvements comme une véritable symphonie folk-blues ! Je sais, on a toujours l'air de cornichons sur-enthousiastes. Normal. Quand on n'aime pas quelque chose, on n'en cause pas.

Blues Again : De quelle partie du Canada viens-tu ?
Marc-André Léger : Je suis né à Timmins, dans la province de l’Ontario. J'avais un an quand mes parents ont déménagé à Trois-Rivières, province du Québec. 18 ans plus tard je suis allé vivre à Moncton, une ville du Nouveau Brunswick. C'est de là que viennent mes parents et le reste de ma famille. Je suis issu d’un milieu plutôt classe moyenne. Ma mère, aujourd’hui retraitée, était administratrice, et mon père, professeur d’anglais au CEGEP, Québec.

A quel moment deviens-tu musicien professionnel ?
La première fois que j'ai touché un cachet, j’avais 17 ans. C’était au Pub 127 à Trois-Rivières. Je ne me souviens plus de l’année. Depuis, le public s'est étoffé petit à petit, je gagne un peu plus qu’à l’époque…

Zone de Texte:A quoi ressemble la scène canadienne du blues ?
Au début des années 2000, il y avait tout un tas de petits festivals qui ont disparu. Mais là, j'ai l'impression que c'est en train de revenir. L’Ottawa Bluesfest est quand même l'un des plus gros festivals de blues au monde. Il y a toujours eu du blues au Canada, mais il n’est pas très populaire. Sauf au moment des festivals. C’est la règle à peu près partout, d’ailleurs. C'est vrai qu'il y a de plus en plus de festivals, mais les ventes d’albums restent insignifiantes.

Quels autres bluesmen canadiens nous recommanderais-tu ?
Mon bluesman préféré, c'est Colin James et son Little Big Band. Il n'est pas seulement bluesman mais ce n'est pas grave, moi non plus ! En revanche, il a bien compris le blues.

Un bluesman peut-il vivre de sa musique au Canada ?
Moi, j’y arrivais, mais je ne jouais pas que du blues et je me produisais avec plusieurs groupes. Et au sein de ces groupes, je jouais de différents instruments. C’est très courant au Nouveau Brunswick.

Existe-t-il là-bas quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à notre système de l'intermittence ?
À ma connaissance, seule la France a promu ce genre de système. Personnellement, j’ai toujours fonctionné comme une entreprise. Sinon, la grande majorité des musiciens underground fonctionne au black.

Comment es-tu reçu en France ?
Soit les gens m’aiment pour de bon, soit on les oblige à me rappeler deux fois à chaque concert !

Est-il facile de pénétrer cette scène ?
Ce n’est jamais facile. En tout cas, pas pour moi. Mais j’adore ça et c’est pourquoi je le fais.

Fréquentes-tu des bluesmen français ?
Euh… j’ai rencontré les Doigts de l’Homme. Ce sont des citoyens exemplaires... Ils ne font pas dans le blues mais ce qu’ils font, ils le font tRRRRRès bien !

Qu’est-ce qui différencie les publics canadiens et français ?
Un détail saute tout de suite aux yeux : les Français sont moins ivres !

  

Le fait d'être canadien t'ouvre-t-il des portes auxquelles les Français n'accèdent pas ?
Bonne question. À vrai dire, je ne sais pas. Probablement.

Certains bluesmen français dénoncent le blocage de quelques promoteurs, qui privilégient toujours les musiciens américains...
Dans les festivals de blues canadiens, on rencontre le même type de discrimination. Ils veulent des Américains, bons ou mauvais. Côté labels par contre, les francophones n’aiment pas trop les artistes anglophones. Même au Canada. Les exportateurs de talent ne savent jamais trop quoi faire de moi, aussi ai-je décidé de le faire à mon compte depuis le Festival des Musiques en Été, où j'étais invité. Ça se passait à Genève en 2007.

La France constitue-t-elle un authentique débouché, ou n’est-ce qu’une latitude supplémentaire, en plus des scènes allemande, néerlandaise, britannique, américaine…
Mais tous ces pays sont pour moi ! J’arrive ! Quant aux Etats-Unis, à l’époque où je m’auto-manageais, je faisais le booking des dates pour tous mes groupes. J’étais dans un cercle vicieux de survie. Aller aux Etats-Unis requérait un gros effort administratif. Je n’avais ni le temps ni les connaissances nécessaires pour le réaliser.

Tournes-tu beaucoup ?
Wow ! On vient juste de faire connaissance, hein ? Pas visité le MySpace ? Avant, au Canada, j’abattais entre 200 et 250 dates par an. Ici, France et Suisse (pour le moment), entre 75 et 100 dates.

La culture canadienne apporte-t-elle une couleur spéciale au blues de là-bas, une couleur qu'on ne trouverait ni chez les bluesmen français ni européens… ni américains d'ailleurs ?
Je peux juste te parler de moi, puisque je ne connais pas beaucoup de bluesmen canadiens. Ma façon de jouer émane plus de ma personnalité que de mon pays. Il n’y a pas de blues du Canada. Le blues vient des Etats-Unis. Les Québécois et les Français ont un terrible accent quand ils chantent en anglais, mais ils ne s'en rendent pas compte. Peut-être qu’en étant acadien bilingue c’est un peu mieux ?...

Zone de Texte:  Cet album est un tournant dans ta carrière ?
C’est un cadeau à mes fans – j’en ai quelques-uns ! Et aussi un adieu au blues. En tout cas, une longue pause. C’est comme ça.

Mince ! Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Toutes les prises ont été enregistrées à Genève. Ça m’a pris environ un an. Le studio était mobile. ‘Sail On’ a été enregistrée à la fois sur la piste de danse d’une boîte de nuit et dans un sous-sol d’église !

Si tu devais changer quelque chose à cet album, quelle serait-elle ?
Ah ! Si je devais changer quelque chose, ce serait le budget. Dans un projet indépendant, c’est toujours le budget. Pour de meilleurs instruments, une variété d’instruments plus large, plus de matos et d’assistants…

Caresses-tu une ambition particulière avec le lancement de Sail On ?
C’était ma carte de visite au début, pour décrocher des engagements. Mais je suis un perfectionniste et je sais que j’ai fait au mieux avec ce dont je disposais. Aujourd’hui j’en suis particulièrement fier et je souhaite vraiment qu’on le découvre, cet album !

Peux-tu nous présenter brièvement les gens qui t'accompagnent ?
A la batterie, nous avons Xavier Longchamp, from Tessin (Suisse). Et à l’harmonica : Guillaume Lagger, from Genève. Ce sont mes principaux musiciens européens.

L’harmoniciste a un jeu très original. Dans le livret, je lis : « bass harmonica ». C’est quoi ?
Un harmonica diatonique géant à deux étages. Vraiment impressionnant.

Qui joue de la contrebasse sur le titre ‘Sail On’ ?
Mon frère, Mathieu Léger.

Zone de Texte:  Le gospel est explicite sur ‘Rock Island Line’, ‘29 Ways’, ‘Down By The Riverside’, mais on le sent roder un peu partout de façon plus discrète…
Le gospel ? Je l’ai surtout connu pendant qu’on enregistrait l’album ! ’29 Ways’ n’est pas un gospel au départ, je l’ai arrangé de cette façon mais c’était initialement un blues. Voilà, j’arrange les voix, je chante, j’enregistre et je mixe. Ha ha !

Outre un chant très efficace, tu développes une virtuosité monstrueuse à la guitare…
J’essaye de faire sortir mes envies par mes mains. Tous les styles que j’aime, je veux les faire ressentir.

Ai-je rêvé ou ai-je entendu, sur ‘Rag Mama Rag’, une toute petite seconde de piano ? Y avait-il un piano au départ, que tu aurais gommé au mixage ?
Ha ha, trop bien ! Mon album est plein de fantômes, comme sur ces vieux disques des années 20 ! Cette chanson c’est moi et ma guitare à résonateurs, en live deux-pistes, et c’est tout. Juré, craché.

Pourquoi cette reprise de ‘Sweet Blood Call’ ? Louisiana Red n’est pas un bluesman qu’on reprend beaucoup…
Parce que c’est la chanson de blues la plus violente que j’aie jamais entendue. En musique, j’aime l’excès. Tout est permis, même Louisiana Red !

Tu fermes l’album sur ‘Down By The Riverside’, un gospel archi-classique. ‘Riverside’, Sail On… une sorte de conclusion logique ?
Le placement des chansons est surtout guidé par les tempos et le feeling global. C’est l’une des premières chansons gospel-country-blues que j’aie apprise quand j’étais ado.

Sail On’ est le morceau roi de l’album. Il lui donne son titre. Cette usine à gaz s’organise comme une véritable suite en trois ou quatre mouvements. Quatre si on compte ‘Good Morning Little Schoolgirl’, qui se colle immédiatement à ‘Sail On’ comme la queue d’une comète. ‘Sail On’ forme un bloc très ambitieux…
Cette construction s’est effectuée en live, au fil des années. Je ne suis pas doué pour conceptualiser. J’en ajoute un peu quand l’inspiration vient, quand je parviens à me souvenir du plan inattendu que j'ai placé dans le feu d’un concert. Le quatrième mouvement, pour être franc, je n’y avais pas fait attention ! Je vais me remettre ça dans les oreilles pour voir… Il faut dire que je n’ai réécouté l’album que deux fois depuis le pressage. Durant l’editing et le mixing, je l’ai bien écouté 5 000 fois et plus. Je n’exagère pas. Et par séquences de cinq millisecondes à la fois ! Je te l’ai dit, je suis un perfectionniste fou.

  

Tu sembles vouloir éviter deux pièges : celui du disque de ballades systématique, et la récitation scolaire des classiques, tant le jeu et les arrangements sont originaux. Tu valides ?
Absolument ! C‘est toujours de cette façon que j’envisage les reprises. Elles doivent devenir miennes, sinon je les abandonne et me mets en quête de la suivante.

Cet album ne comporte qu'une compo (mais quelle compo !) : 'Ramblin' Highwayside V2'. V2 signifie version 2 ?
Oui, le titre figure déjà sur mon premier album. Une version très brute. Trop même. Je pensais qu’elle méritait mieux, elle méritait de ressortir avec davantage de vibe. Sur cet album-ci, elle me paraît plus en contexte. Il y a certes beaucoup de reprises. ‘Ramblin’ est l’un des seuls bons blues que j’ai su écrire. Je ne suis pas très inspiré quand je dois composer des chansons blues. De toute façon, ce répertoire n’est justifié que par mon amour du blues et de ses inventeurs.

Ton meilleur souvenir de scène…
Une fois, j’ai eu un orgasme en jouant ! C’est dans mon top-5.

… Et, inévitablement, le pire…
Il y a bien des années, dans une banlieue de Montréal, j’ai lancé ma Stratocaster sur une strip-teaseuse. Elle piétinait mon câble, il s’est débranché en plein solo. J’étais en train de monter, j’avais les yeux fermés, et cette maladresse m’a extirpé de mon âme. J’ai vu immédiatement rouge et j’ai déconné. Bon, ça va, le manche a survécu, il est juste un peu fêlé à l’arrière !

La meilleure salle dans laquelle tu te sois produit ?
L’église de Saint-Véran, en France. Une petite église. 75 personnes, pas plus. Et aucun micro. Magique.

L’album qui t’a le plus impressionné ?
Band of Gypsys, Jimi Hendrix.

Le meilleur concert auquel il t'ait été donné d'assister ?
Big Sugar, au Kashmir, à Québec. La ville de Québec. Ce devait être vers 1996.

Film préféré?
Lord of the Rings Trilogy.

Bouquin préféré ?
Siddhartha, Hermann Hesse.

Christian Casoni - Décembre 2010

www.myspace.com/marcandrelegermusic
http://www.marcandreleger.com/