blues again en-tete
01/22
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Interview
PHIL FERNANDEZ


KING KONG BLUES
blues blind lemon pledge
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BLUES LUCKY WILL
blind lemon pledge




Un quart de siècle à la tête de son gang et toujours autant de fougue pour envoyer des riffs cinglants et faire entendre un blues rock musclé.
    

Blues Again: En novembre est sorti l’album Chicken In The Car And The Car Can’t Go! Comment est-il né ? Phil Fernandez : Il est né suite à des compos, des riffs, des mélodies que j’avais dans la tête. On l’a enregistré en région blues phil fernandezparisienne à Lainville en Vexin, chez Paco Lefty Hand le nouveau guitariste du groupe, le dernier arrivé. Au début on voulait juste se voir chez lui, enregistrer des compos, des bribes, parce qu’il a du matériel home studio assez bon. On voulait faire une bonne démo et après aller dans un bon et grand studio, ce qui ne veut pas dire que le sien n’est pas bien, au contraire. Finalement on s’est tellement bien amusé qu’on a continué à enregistrer chez lui. Et puis la pandémie a démarré. On avait commencé juste avant, ça a donc été en saccadé, de manière assez pénible. On l’a fait en plusieurs fois. Dès qu’ils ouvraient un peu le robinet des frontières on pouvait se retrouver, on a continué comme ça. Ensuite il a été mixé à Chicago par Jim Godsey. Il y a 10 compositions.

Quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire et composer ?
Principalement la vie de tous les jours, les rencontres et l’environnement, c’est-à-dire les voyages. Avant cette pandémie on avait la chance de beaucoup voyager, et c’est vrai que quand tu arrives dans des pays étrangers ou des contrées lointaines ça t’ouvre les yeux et les oreilles pour composer.

Un mot sur les musiciens qui ont participé à la création…
C’est le groupe Big Dez. Il y a Lamine Guerfi qui est bassiste depuis l’origine, membre fondateur depuis 1996. Marc Schaeller à l’harmonica. Guillaume Destarac le batteur qui joue avec nous depuis quelques années, mais on tourne aussi sur deux ou trois batteurs, on est obligé de fonctionner comme ça, c’est un problème de disponibilité. Léa Worms qui est aux claviers et qui avait déjà joué sur un titre du précédent album. Elle est avec nous depuis presque trois ans et demi ou quatre ans si je ne dis pas de bêtises. Et le dernier arrivé dans le groupe, Paco Lefty Hand, guitariste qui s’est occupé de l’enregistrement de l’album, ancien leader et membre fondateur du groupe Swampini.

25 ans se sont écoulées depuis tes débuts, y a-t-il eu des regrets au cours de toutes ces années ? Effectivement 25 ans se sont écoulés depuis le début de Big Dez. Des regrets, personnellement je n’en vois pas. J’ai beau réfléchir, ni amertume, ni regrets, je ne pense pas qu’il y a eu des ratés. Tout s’est déroulé, pas comme prévu, les années sont passées assez vite, les albums se sont enchaînés, et puis on va dire qu’on est peut-être qu’au début.

Combien de concerts fais-tu par an en moyenne ?
Là, en ce moment c’est pas très clair. Entre les concerts Big Dez et les jams que j’anime quand je suis à Paris, le lundi, alors que pendant des années c’était dimanche et lundi, plus ma deuxième formation qui est un trio, The Ride, ça fait entre 100 et 150 dates par an dans les bonnes années, 90 à 100 quand c’est plus calme.

En quoi la scène est-elle indispensable ?
C’est indispensable pour un groupe de blues ou de rock’n’roll parce qu’on a besoin d’interaction avec le public. Et puis les concerts c’est là où on vend les disques, le merchandising, c’est ce qui nous fait manger. La musique qu’on fait ne se vend pas beaucoup sur internet ou dans les magasins. Mais surtout c’est une musique qui a besoin d’être en communion avec le public. La scène est donc primordiale.

As-tu toujours l’opportunité d’aller jouer à Chicago ou à Austin ?
Effectivement juste avant la pandémie j’étais à Austin et BLUES phil fernandezquelque temps un peu avant j’étais à Chicago pour le festival et pour enregistrer sur un album à l’invitation d’une chanteuse et guitariste qui s’appelle Liz Mandeville. Ça c’est super bien passé, j’ai joué deux titres, j’ai sympathisé avec tout le monde et surtout avec le technicien-son qui a mixé le nouvel album Chicken In The Car And The Car Can’t Go!. A Austin j’y suis retourné vraiment sur un coup de cœur pour revoir des amis, des gens que j’avais fréquenté il y a 20 ans. C’était très bien, la ville a beaucoup changé mais il y a toujours autant de bons musiciens et de super clubs.

Le plus beau souvenir ou le plus cocasse (ou les deux) au fil de toutes ces années ?
Là, la question n’est pas facile, c’est comme quand tu demandes quel disque emporter sur une île déserte. Il y en a beaucoup des bons souvenirs mais il y en a un qui me revient. C’était au début du groupe, la première fois que j’ai rencontré Sax Gordon. J’étais allé voir Duke Robillard au New Morning et Gordon était au sax, je l’avais trouvé fabuleux, un super concert. En rentrant chez moi je suis rappelé que j’avais plein de disques sur lesquels il jouait. A la pause il est venu au bar et je crois que c’est René Malines qui me l’a présenté. Je lui ai dit : « demain on est à Paris et on joue sur la péniche Blues Café, si tu es off viens jammer avec nous ». Evidemment, je me suis dit il ne viendra pas. Il est quand même venu. Il est monté sur scène pour un premier morceau et il a fait tout le concert avec nous.

As-tu vu des changements majeurs dans le métier depuis tes débuts ?
Je ne vais pas sonner comme un ancien combattu plutôt que comme un ancien combattant, mais bon, j’ai 45 ans et je me rends compte qu’il y a beaucoup d’affairistes maintenant. Les musiciens se retrouvent principalement ensemble parce qu’au bout il y a un concert, un projet avec la finance. Il est de plus en plus rare de trouver des gens qui veulent se réunir juste pour faire de la musique. Voilà ce qui à mon avis a changé dans le métier, et avec les réseaux sociaux c’est flagrant, les gars se retrouvent que si on les voit, s’ils sont exposés ou si on leur donne des concerts. Ceux qu’on retrouve dans les studios d’enregistrement juste pour gratouiller des compos, des morceaux pour se faire plaisir, tu les comptes sur les doigts de la main.

Après plus de deux décennies sur le circuit est-ce plus facile ou toujours aussi délicat pour décrocher des contrats et des lieux où se produire ?
J’ai envie de te dire oui car il y a de plus en plus de bons groupes et il y a de moins en moins d’endroits. On a été impacté par la pandémie et les différentes crises et ça devient assez compliqué. Mais ‘never complain, never explain’ comme disent les anglo-saxons, aussi je pense que plus de groupes, mais pas plus de salles, ça donne moins de boulot.

Quels ont été les musiciens les plus marquants pour toi au fil des ans ?
Parmi les musiciens que j’ai rencontrés c’est Lucky Peterson, un bluesman dont on reprenait les compositions avec Big Dez au début, un peu comme tout le monde d’ailleurs. Comme il venait souvent en France, un jour il s’est pointé dans une de mes jams après son concert. Il m’a été présenté par Boney Fields qui était son ami de longue date. Après Luther Allison, lui aussi c’était un vrai bluesman. Presque tous les autres que j’ai croisés étaient ou sont des gens qui jouent du blues. J’ai côtoyé quelques bluesmen, mais là c’était vraiment de près. Après nous avons sympathisé, on n’a pas fait que jammé, on s’appelait parfois, on se voyait à Paris, on prenait un pot après les concerts.

En tant que musicien, quel serait ton rêve le plus fou ?
Ouvrir pour les Rolling Stones, ça m’aurait vraiment plu quand je les ai vus à Paris. Maintenant c’est un peu la fin, mais étant un fan absolu si j’avais eu cette chance… Ça aurait été vraiment un rêve qui se réalise.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Faire vivre l’album, essayer de le jouer au maximum un peu partout où on nous appelle, en France ou à l’étranger, et à partir de là enregistrer un disque live et puis retourner en studio pour gratouiller avec le groupe et graver de nouvelles compositions.

Pour parler d’autre chose, quel est ton lieu de prédilection ?
Sur l’eau parce que j’ai un bateau que j’ai acheté pendant la pandémie. Et à chaque fois que je suis sur l’eau, principalement à Amsterdam, je trouve que c’est génial.

Quand tu poses ta guitare quels sont tes hobbies ?
Cuisiner, écouter de la musique, pêcher.

En dehors du blues quels genres d’artistes et de musiques apprécies-tu ?
En dehors du blues, j’écoute de tout. Que ce soit Fateh Ali Khan et sa musique pakistanaise, Paco de Lucia et la guitare flamenco, Fela Kuti saxophoniste africain. Je ne suis absolument pas fermé, je peux écouter Jo Privat un accordéoniste que j’adore.

Quel a été ton dernier coup de cœur musical ?
Boukou Groove un groupe de New Orleans avec un super chanteur.

BLUES phil fernandezEt ton dernier coup de gueule d’un point de vue plus général ?
Mon dernier coup de gueule c’est que la Corona c’est dégueulasse. Je ne vois pas pourquoi on en parle comme ça depuis deux ans, c’est une bière de merde. Je préfère largement La Chouffe ou la Leffe brune.

La question que je n’ai pas posée…
Eh bien moi, je t’en pose une. Quand est-ce que tu viens à un concert ? Le 5 février 2022 on sera au Sunset pour les 25 ans du groupe et la sortie de l’album.

Pour terminer, un petit quiz. En quelques mots, un commentaire sur 10 guitaristes que tu apprécies :
Keith Richards : J’aime beaucoup. C’est un mec qui sert un groupe et qui sert une chanson avant de se servir lui-même. Et puis il y a le charisme du personnage et la longévité, c’est fabuleux.
BB King : Evidemment. Le swing, le groove, le son, le mélange de la guitare qui chante comme la voix. Sans lui il n’y aurait eu personne.
Albert Collins : Le Texas. Un son inimitable. Une façon de jouer incroyable. Pas du tout académique, en dehors des codes. L’afro-américain dans toute sa splendeur, le mélange de l’Afrique et de l’Amérique à travers un artiste.
Paco de Lucia : La guitare espagnole. Quand je vois l’action des cordes sur le manche et la vélocité avec laquelle il jouait, avec autant de feeling et le touché et sa sensibilité… Je le mets au même niveau que Hendrix. Ce n’est pas le même style mais il est dans le top.
Jimi Hendrix : La révolution de la guitare électrique. Sans lui il n’y aurait rien eu dans la guitare électrique moderne. Et quand on voit cette carrière si courte et aussi fournie. Il a fait tellement de choses en si peu d’années, c’est monstrueux. C’est un Alien.
Stevie Ray Vaughan : Quand j’étais gamin c’était une grosse influence. Toute une région, tout un esprit, le Texas. Les guitares qui sonnent, les amplis poussés à fond. L’énergie, le power trio.
Eric Clapton : Je l’ai toujours adoré. Il y a le fameux British blues qui reflète le choc des cultures. Il fait de très belles chansons, mais c’est surtout un super guitariste avec les bases blues.
Robert Cray : J’aime le son de sa guitare. Quand on aime la Fender Stratocaster avec lui on est servi. Très peu d’effets, tout est dans le swing et dans l’attaque monstrueuse, main droite médiator. C’est un chanteur exceptionnel.
Magic Slim : Je suis un très gros fan. Je l’ai vu plusieurs fois autant dans des petits clubs qu’en festivals. En France comme à Chicago. J’ai même fait une première partie. L’énergie, le personnage, la façon de jouer, le jeu avec l’onglet. Et le son de la Jazzmaster, il n’y a pas beaucoup de guitaristes blues qui l’utilisent.
Freddie King : Une autre grosse influence. Un son acide, percutant. On a l’impression qu’il ne joue pas en rythme et en fait il ne perd jamais le fil. Tout à l’instinct, au feeling, très sauvage. Et super chanteur évidemment.

Gilles Blampain – novembre 2021  

www.bigdez.com

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