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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
PIERRE SIBILLE
Les projets de musiciens doivent voyager pour exister


blues deraime
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Il distille une soul music intimiste dans laquelle résonne des échos de blues ou de jazz. Auteur compositeur, il n’hésite pas, quand l’envie se fait sentir, à revisiter le répertoire de Marvin Gaye, John Lee Hooker, Bob Marley, Janis Joplin, Carlos Santana ou Léo Ferré. Son credo c’est l’échange pour que vive la musique.

Blues Again : Ton nouveau CD Since I Ain’t Got You a déjà une histoire…
Pierre Sibille : Ce CD est déjà sorti à New York il y a deux ans, j’étais allé là-bas pour cette parution, j’ai commencé à tourner un peu dans les clubs et j’ai eu une bonne presse. J’ai donc eu la proposition de le voir paraître en France en avril 2011 chez Naïve. L’enregistrement s’est fait pour une partie à Paris et pour l’autre dans le sud de la France où j’ai un studio et mes claviers. Il y a Richard Arame à la guitare, avec qui je joue depuis très longtemps, Henri Dorina est à la basse et Jaco Largent aux percussions. Trois batteurs ont participé à l’aventure, Philippe Jardin, François Réau et Olivier Bésenval. Il y a également John Handelsman au saxo et qui a fait tous les arrangements, cordes et cuivres. Il y a aussi un invité un peu privilégié en la personne de Benoît Sourisse dont j’adore la façon de jouer de l’orgue et dont j’avais envie qu’il illumine un ou deux titres par sa présence.

Zone de Texte:Et toi au chant, à l’harmonica, au piano et à l’orgue…
Oui, je suis au piano, à l’orgue Fender, Rhodes, Wurlitzer, en fait tous les vieux claviers que j’aime bien faire sonner.

Et dont on joue aux pieds. D’ailleurs il paraît que tu aimerais rivaliser avec Rhoda Scott ?
Jouer aux pieds, c’est un projet en cours. Rivaliser avec Rhoda Scott, je ne pense pas y arriver. Elle, c’est une vraie organiste, moi je commence à jouer un peu les basses au pied dans des motifs funky, mais c’est moins ambitieux que les walkings de Rhoda Scott, car elle, ce qu’elle fait c’est énorme.

Comment as-tu fait ton incursion et ta percée dans les clubs new-yorkais ?
Petit à petit, en allant là-bas et en me rendant compte que s’est encore plus fermé qu’à Paris. Ça n’a pas été facile, mais j’ai pu faire un petit club à Harlem, un club à Brooklyn et finalement atterrir au Sugar Bar qui appartient à Ashford et Simpson. J’ai eu le privilège de jouer avec Ashford et Simpson qui sont là avec le micro sur la table prêts à intervenir. C’est un club super, et il y a plein de projets qu’on est en train de mettre en place sur New York. Etant Français, je peux apporter quelque chose de différent. En essayant de travailler à New York, je me suis rendu compte que le fait d’aller se faire voir ailleurs induisait que les différents projets des musiciens puissent voyager pour exister, sinon il n’y pas vraiment de répercussion à montrer ce qu’on fait en bas de chez soi. J’ai donc monté un réseau qui s’appelle Blues’Up et décidé d’entériner le fait de s’inviter entre musiciens indépendants pour que les gens de Paris se fassent voir à New York et vice versa.

Tout ça sans intermédiaire…
Tout ça sans aucun autre intermédiaire, simplement un musicien qui apprécie la musique d’un autre, l’invite et lui dit : « je vais te montrer ce que je connais comme clubs et autres lieux pour jouer ». Du coup on peut avancer plus vite. Sur ce principe on a déjà monté un festival de rap reggae à Dakar, on va faire un autre festival à Nouméa en juin où nous inviterons des musiciens d’Australie et de Nouvelle Zélande. J’ai commencé de faire la promotion de mon CD par ce réseau, ce qui me semble une bonne alternative aux circuits conventionnels. L’essentiel est de faire vivre la musique. Par ce biais on peut créer des initiatives un peu partout. Peut-être que la ville de Chicago organisera un festival Blues’Up pour voir ce qui se fait ailleurs et que les gens aient envie de s’inviter d’un point à un autre.

Dans Blues’Up, il n’y a pas que des musiciens…
Non effectivement, par le mouvement associatif, j’essaye d’intéresser des photographes, des vidéastes, des web designers parce qu’on a vraiment besoin d’eux et eux ont besoin de musique. On est en train de mettre en place une structure administrative, on a fixé un droit d’entrée à 45 euros.

 

Tu chantes en anglais, pour la soul music cela s’impose, mais tu n’hésites pas à glisser des titres en français, même quand tu es de l’autre côté de l’Atlantique.
Oui tout à fait. J’ai un peu travaillé sur le côté ‘français’ parce que ça ne se fait pas tout seul. J’ai tellement été bercé par la musique américaine que chanter en anglais a été pour moi une évidence, mais je me suis mis au français et j’y ai pris du plaisir. Et puis à New York cela a un côté exotique.

Tu es auteur-compositeur, mais il y quelques collaborations sur ton disque : Alexandra Chutney, Jack Robinson, Guyrec Loyer, Brad Scott. Ce sont des gens avec qui tu travailles régulièrement ou des rencontres ponctuelles ?
Ce sont des rencontres qui se sont faites pour cet album. Il y quelques chansons où il fallait absolument que je fasse le texte parce que j’étais trop impliqué dedans. Pour d’autres, j’étais content de la musique mais je ne trouvais pas les mots qui subliment les notes et du coup j’ai rencontré ces gens là. Alexandra Chutney était sur un projet pour Peter Cincotti et j’ai récupéré un texte au passage (‘Your Smile’). Jack Robinson est un auteur américain qui vit à Paris depuis la deuxième guerre mondiale, il était correspondant de guerre. Il a écrit ‘I Love To Love’ le grand tube disco, il a été éditeur des Creedence Clearwater Revival et il m’a fait une belle chanson ‘Ain’t Worth A Damn’. Brad Scott, les habitués du Cabaret Sauvage le connaissent bien, c’est un contrebassiste, chanteur exubérant. J’ai eu la chance qu’il me propose un texte (‘When The Rain Comes’).

Toujours fan de Donny Hathaway ?
Donny Hathaway, Nina Simone, Curtis Mayfield, Ray Charles, j’écoute toujours et j’y reviens assez souvent pour la justesse physique et la justesse de l’émotion. Ces artistes ont le ton juste.

Et parmi les artistes actuels…
J’aime beaucoup Corinne Bailey Rae, son album n’est pas récent mais je l’écoute très souvent. Moses Patrou, un batteur chanteur de Brooklyn dont la musique m’intéresse car il a des compositions formidables. J’ai aussi beaucoup aimé l’album de K’Naan le rappeur somalien.

Tu as joué à la prison de la Santé pour les détenus. Comment cela s’est-il fait ?
Comme sur le disque il y la chanson de Léo Ferré et Pierre Seghers ‘Merde A Vauban’ et que par un concours de circonstance le festival l’Esprit Jazz m’a proposé de jouer à la Santé il y a deux ans, je me suis dit qu’il serait bien d’interpréter cette chanson devant un public concerné, et ça c’est vraiment bien passé. Il y a eu une première demi-heure un peu froide, en plus c’était pendant une grève des surveillants et on a été accueilli un peur fraîchement, mais à un moment Larry Crockett a envoyé un gros coup de caisse claire qui a surpris tout le monde, comme un coup de feu, et à partir de là le concert s’est super bien passé. Par la suite le concert a été diffusé sur la chaîne interne de la prison et, à la demande des prisonniers, il y a quelques CD qui ont été mis en vente à la cantine.

Zone de Texte:  Comment est venue l’idée de reprendre Léo Ferré ?
Au départ on m’a demandé de reprendre un texte de Ferré, j’avais commencé de travaillé sur ‘Mon Camarade’ mais l’éditeur me dit après coup : « il faut suivre exactement la version de Ferré sinon ce n’est pas bien ». Du coup je suis allé chercher dans le répertoire de Ferré quelque chose qu’on ne pouvait pas reprendre tel quel. ‘Merde A Vauban’ est une chanson interprétée avec des cris, des tambours, c’est un peu une marche militaire, donc là je me suis dit : « je peux faire ce que je veux en gardant la mélodie ».

Tu joues outre-Atlantique, tu parles de Dakar, mais t’exportes-tu hors des frontières en Europe ?
Un petit peu… pas beaucoup. Je n’ai pas encore travaillé là-dessus. Il faut simplement avoir un label en relation avec un tourneur. Maintenant, j’espère qu’on va aller dans ce sens car la musique que je joue peut très bien rencontrer un public en Belgique, en Allemagne ou en Angleterre. Par le biais de Blues’Up on va créer des liens, mais dans un premier temps j’ai préféré tisser ces liens assez loin pour élargir la relation.


Quel serait ton rêve le plus fou ?

Je ne sais pas… jouer à l’Apollo Theater dans deux ans.

Gilles Blampain

www.myspace.com/pierresibille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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