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12/17
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Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
RACHELLE PLAS
Comme de la dynamite en robe de soirée


 


Mine de rien, du haut de ses 17 printemps, Rachelle Plas assure toutes ses prises. Entre les tatamis et les planches, elle souffle comme jamais dans ses harmonicas enchanteurs. Elle donne de la voix avec le soupçon du gospel qui chavire les foules. Elle est souriante, pleine d’entrain et de projets porteurs. Le blues est son terreau favori, sa pépinière arc-en-ciel des émotions partagées. Personne ne résiste à l’envie de la suivre sur les berges de son propre Mississippi, entourée des fidèles compagnons de son quartet. Une découverte toute en fraîcheur et en force de caractère, oh yeah !..
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Judok’harmonica
17 ans en juillet 2009 et le baccalauréat en ligne de mire. Parallèlement, je pratique toujours le judo. J’ai remporté l’an dernier le championnat de France chez les cadettes de moins de 57 kilos. Et ce printemps, le 5 avril, j’ai terminé deuxième chez les juniors. Je suis contente, pour un début… Cela ne m’empêche pas de continuer à bosser mon instrument et ma voix. Concilier musique, école et sport de haut niveau exige surtout une bonne organisation. Pour moi, c’est une forme d’équilibre. Mais à long terme, l’harmonica, le chant, le groupe restent mes priorités.

De prime jeunesse
A l’origine, je suis une praticienne du souffle exclusivement. Mais la motivation de base revient à ma mère, qui voulait absolument m’initier à la musique, quel qu’en soit le genre. J’ai débuté à la sopranino, une flûte à bec. Puis la traversière a consolidé mon répertoire classique. Ensuite, l’harmonica m’a mise sur la route du blues… Tout bêtement, grâce à une petite méthode de Jean-Jacques Milteau, celle où il y avait un renardeau sur la couverture. J’ai mordu à l’hameçon. J’ai même gratouillé une guitare, testé le violon d’un de mes amis à l’époque… Et finalement, j’ai continué l’harmonica pendant quatre ans, avec différentes méthodes. Au bout d’un moment, après avoir épluché tous les morceaux que j’étais capable d’aborder, mes parents ont carrément demandé à Jean-Jacques Milteau s’il connaissait un professeur fiable dans la région parisienne. Il nous a conseillé l’école du « Souffle du Blues », basée à l’Utopia, dans le XIVème arrondissement. C’est là que j’ai travaillé avec Greg Zlap pendant six ans. Pour le chant, mon maître est Luc Bertin, avec qui je prends toujours des cours aujourd’hui. Le piano constitue mon prochain défi. Il est très important de pratiquer un instrument harmonique, notamment quand on occupe une place de soliste.

Force et Hohner
Je crois me souvenir que mon premier harmonica était un Deep Blues. Je l’ai tellement utilisé qu’il a terminé sa vie d’instrument au fond de la bibliothèque. Posé là pour toujours, il s’y trouve encore. J’ai racheté ensuite des modèles tout neufs. Un bon nombre, oui. Certains sont en attente de réparation, d’autres sont exposés sur mes étagères, d’autres encore sont prêts à intervenir « en cas d’urgence ». Pour finir, j’en ai une vingtaine dont je me sers quotidiennement. Je ne joue que sur des Hohner, pour la grande majorité des Golden Melody, qui sont mes préférés, ou des Marine Band Deluxe, qui favorisent les tonalités graves. Je souffle plus rarement dans les Marine Band.

Place au groupe
Dès mon plus jeune âge, j’ai pris l’habitude de jouer avec d’autres passionnés. Mais le groupe actuel qui porte mon nom, le rachelle plas quartet, est le fruit d’un hasard. Il y a deux ans, je me suis retrouvée sans musiciens, un mois avant un concert programmé. Au dojo de Gaillon où je m’entrainais, j’ai rencontré un judoka percussionniste. Il prenait des cours de batterie à l’école de musique. Je lui ai demandé s’il connaissait des gens capables d’appréhender 15 morceaux en un mois. Il m’a présenté le fils de son prof, Maxime, qui m’a présenté à son tour Rodolphe et Cyrille. C’est ainsi qu’a vu le jour mon quartet actuel : Rodolphe Matéo au piano pour l’harmonique, Maxime Coignard à la batterie et Cyrile Clet à la basse, pour la section rythmique. A mon avis, notre style est blues, mais le public n’est pas toujours d’accord. Dernièrement, on nous a parlé avec insistance d’un côté funk et soul… Ceci dit, chaque concert est unique, puisque je change invariablement une partie du répertoire. Je n’arrive pas à répéter sans cesse les mêmes morceaux, ou alors le plaisir de les jouer m’abandonne assez vite. Je pense que les gens sont ravis de découvrir des surprises… jusqu’aux sonorités gospel, comme lors de la soirée donnée en mai dernier à l’église de Villegats, dans l’Eure.

Les grands maîtres
Depuis octobre 2003 et mes débuts sur les festivals, j’ai eu la chance et l’honneur de partager la scène avec des pointures européennes de l’harmonica. Greg Zlap et Jean-Jacques Milteau, bien sûr. Mais aussi Howard Levy, que j’ai rencontré à l’occasion d’un workshop à Major Pigalle, moment mémorable avec ce type qui exploite les possibilités de l’instrument jusqu’à l’extrême, créateur de techniques novatrices dingues… En 2006, par exemple, au festival de Saint-Aignan sur Cher, j’ai croisé Jason Ricci et son groupe : la veille de son concert, il était venu jammer dans un bar de la ville pour nous offrir un avant-goût du spectacle officiel… Ouh, une incroyable bête de scène !... J’ai joué quelques notes avec son bassiste Todd Edmunds, vraiment, un très chouette moment… En octobre 2008, on a assuré la première partie d’une soirée au Festival International de Liège, en Belgique. Le lendemain, Toots Thielmans est venu discuter avec nous, voilà encore un instant inoubliable…

Le public
A côté de ces minutes magiques avec les très grands, il y a surtout l’échange avec le public. Greg Zlap m’a appris que les clefs de la musique et de l’émotion sont l’improvisation et le live. Il est vrai que l’intensité de certaines soirées est bouleversante, quand les spectateurs se lèvent en applaudissant et que la salle s’enflamme… Comme par exemple à Saint-Aignan, en 2006, lors d’une reprise de ‘Whammer Jammer’ avec les double stone washed, du délire !...
Inversement, il vaut mieux essayer d’oublier le soir où l’ingénieur du son nous a laissés en plan, au beau milieu du set, fin saoul pour de vrai ou pour de faux, avec un son de merde, du marshmallow dans les retours, du marshmallow en façade, pouah…

Et demain ?
L’avenir est truffé de projets. Mon premier album est en plein chantier. Je compose les titres, et nous les mettons en place lors des répétitions. La sortie est prévue pour la fin 2009, ou début 2010. Je n’ai pas le droit de dévoiler quoi que ce soit pour le moment. Patience… Dans les visées lointaines, un petit coup d’Olympia pourrait valoir le coup, non ?!!... Et musicalement, je me verrais bien entourée d’un Big Band. Pour le reste, je me laisse porter par la nuée des artistes qui m’inspirent. En ce moment, je suis plongée dans l’univers de Marcus Miller côté harmo, et dans le gospel côté chant.

Jouer, créer, partager
Mais l’objectif fondamental demeurera toujours l’échange. La première fois que j’ai vu Jean-Jacques Milteau à l’Utopia, j’ai voulu jouer un morceau en sa compagnie, il m’a répondu : « Pourquoi désires-tu jouer avec moi ? ». Ma réponse fut simple : « Pour m’amuser, ou plutôt, pour qu’on s’amuse ». La musique est une histoire de rencontres et de partages. Je parle là de complicité musicale, du type de celle que je vis souvent avec Greg Zlap lorsqu’on improvise… On se parle en harmo… en notes quoi… Bien sûr, je suis également capable d’attaquer des titres seule, pour le bonheur de souffler. Tiens, un soir d’été, face au grand Canyon du Colorado, cernée par les Montagnes Rouges, au milieu des Indiens partis rechercher Lucky Luke, je serais sans doute assez inspirée pour créer un nouveau morceau, en solo, comme ça, juste pour le plaisir d’immortaliser l’événement…

Max Mercier

http://www.myspace.com/rachelleplas