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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Interview
stan noubard-pacha
J'assume !


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Après mûre réflexion, le discret Tortilleur entre dans la poursuite avec Ready To Go, un album dont le titre laisse filtrer le vertige du grand saut. Stan Noubard-Pacha passe pourtant cette charnière haut la main. Entre hommage et parodie, mais toujours avec beaucoup de goût et de rigueur, l’homme lige de Benoît Blue Boy et de Steve Verbeke s’offre un plaisir sixties, un film de rock’n’roll-jazz avec Freddie King au bourre-pif et Lino Ventura au bourre-riff.

Blues Again : Toi qui prétendais être un sideman militant, voilà que tu enregistres, sous ton nom, un vrai disque de guitariste ?
Stan Noubard-Pacha : Ce disque, c'était d'abord une vieille envie, mais je trouvais ce genre de projet compliqué à monter, j'avais du mal à franchir le pas. Heureusement, j'ai rencontré François Fournet, le guitariste de jazz. Je le connais depuis trois, quatre ans, on est voisin. Il est l'initiateur de cet album. Fais-le, ce disque. Je m'occupe de le mettre ça en place. Tu as un nom, tu es un super sideman, mais ton talent n'est pas assez exploité. Il a trouvé le studio, organisé les séances, mis un peu d'argent. Je ne pouvais pas refuser ça ! D’autant que, musicalement, on était en osmose, François et moi. (Je vais prendre une tomate-féta et une brochette d'onglet. – Moi, une escalope milanaise direct. – Avec un pichet de rosé ?) François tient la guitare rythmique sur tous les titres. J'ai quasiment composé tous les morceaux, François en a cosignés trois. Il s'est vachement investi dans la mise en place de l’album.

Sur le livret, Jacques Périn signe une sorte de préface très sympa et très pertinente...
J'ai tout de suite pensé à lui, et Benoît (Blue Boy) m’a encouragé. Jacques a accepté. Son texte est super, très flatteur, il exprime vraiment bien ce que je veux faire.

Zone de Texte:On y va, pour la façon dont les titres ont été enregistrés ?
On a fait une séance de studio dont sont sortis les titres 1, 2, 3 et 8. [‘Ready To Go’, ‘Nasty’, ‘Summer Morning At Your House’ et ‘Trust Me’.] Sur ces titres, je trouvais la guitare un peu trop agressive, mais elle a été bien masterisée et j'aime le son qu'elle a pris. Puis Thibaut m'a proposé de finir les enregistrements chez lui. En studio, on avait un micro sur chaque instrument. Chez Thibaut, il y en avait un sur ma guitare et un autre pour saisir le reste du groupe, à l’ancienne. La pièce où on enregistrait était assez petite, on ne pouvait pas jouer avec un volume très important. Ça tombait bien, les amplis n'étaient pas puissants, on pouvait obtenir un rendement sympa sans jouer très fort. J'aime le son des vieux disques de blues, et j'avais peur que le mien soit trop produit, trop gonflé, trop moderne, trop spectaculaire. Mais je ne voulais pas non plus d'un son trop vintage ! Bref, je voulais un album qui sonne comme moi je sonne. Je suis content du résultat, le son est cohérent et facile à assumer.

Combien de prises par titres ?
Pas énormément, trois à cinq. On s’est vus une dizaine de fois avec François, on a dû faire six séances ou sept en studio. Tout le monde donnait son avis, mais on était assez d'accord dans l’ensemble, et je tranchais au final avec François. On a juste enregistré le matériel dont l’album avait besoin, pas davantage.

Tu appréhendais quelque chose en particulier ?
En concert tu fais au mieux avec ce que tu as sous la main, mais en studio tu es à la merci du mec qui prend le son. François Daniel a saisi les plages en studio, Thibaut Chopin a fait la prise de son pour les autres. Il comprend toujours tout, tout de suite, celui-là ! D'autant qu'avec un seul micro pour l’ensemble de l’orchestre (sauf ma guitare), il fallait vraiment trouver l’équilibre sur le fil. Celui qui s’est occupé du mastering s’appelle Jean-Hughes Morvan, et il a fait un sacré boulot. Il a réuni les deux parties de l'album, celle en studio et celle chez Thibaut. Quand on a commencé le mastering avec Jean-Hughes, je lui ai apporté des disques de BB King. Je voulais lui faire apprécier le son de la guitare, présente, mordante mais pas trop agressive. C'est un super ingé-son, très à l'écoute. Le son de l’album lui doit beaucoup.

Zone de Texte:Combien de guitares et d’amplis sur cet album ?
Je n’utilise qu’une guitare, ma Gibson 335. Pour les amplis, j’ai navigué entre un Magnatone, un Princetone et un Harmony, selon l'esprit des morceaux. Thibaut possède toute une batterie d'amplis qu'on testait pour identifier celui qui correspondait le mieux au son que je voulais. Ainsi, pour ‘Fun In The Night’, Thibaut avait pile l'ampli qu'il fallait, ce Magnatone, l'ampli de Lonnie Mack. Il a une sorte de vibrato original avec un effet spécial.

C’est le seul titre où on entend des voix… qui reprennent les quatre mots du titre en chœur…
C'est le gag du disque ! François a commencé à chantonner le titre pour déconner, il était drôle, on a gardé l’idée, on a tous repris le chœur en re-re. On s’est bien marré.

Thibaut Chopin, Simon Boyer… Tu es resté en terrain connu…
Je savais que la section rythmique Thibaut-Simon fonctionnerait à merveille. Ils ont l'habitude de jouer ensemble, et moi avec eux. Je composais les morceaux, on les travaillait avec François. Une fois mis en forme, Thibaut et Simon les découvraient en arrivant au studio, ce qui leur assurait une certaine spontanéité.

Simon est d’une discrétion de violette sur ce disque !
C'est très agréable de jouer avec lui, c'est un garçon facile ! Il pige tout de suite, lui aussi. Il bosse beaucoup, il est toujours très occupé, et tu le vois toujours arriver avec un grand sourire quand tu as besoin de lui…

A part un son trop produit, qu’est-ce que tu voulais éviter encore ?
Je voulais surtout éviter de faire un disque de chorus interminables, genre je vais vous montrer tout ce que je sais faire avec ma guitare. Je ne voulais pas d’un album qui n’intéresse que les guitaristes. On a pris l'option de morceaux courts, format chanson, avec des refrains virtuels. Je viens juste de passer le stade où tu ne supportes pas de t’écouter, parce que tu n'entends que les défauts. J'en suis au stade où je me dis : Oui, je joue comme ça, j'assume. Et assumer cet album, ce n’était pas gagné au début, j'étais quand même dans mes petits souliers lors de la première séance. Je ne savais pas vers quoi je me dirigeais.

D’où vient cet album au juste ? De quelles inspirations, de quels guitaristes ?
Zone de Texte:Des musiques de film déjà. J'aime toutes les musiques de film des années 60 et 70. Les Tontons Flingueurs, par exemple. Et ça s’entend : ceux qui ont écouté l’album me disent qu’ils ont pensé à des films de Lautner. C'était des pastiches de l'air du temps, mais j’adore les BO de Michel Magne. J’avais donc à l’esprit les BO des années 60 et 70, plus le blues. En termes de blues instrumental, la référence c'est Freddie King pour moi. Ses gimmicks sont vraiment très sympas. Sinon, mes guitaristes, ce sont par exemple les trois King et Buddy Guy. Pour le son sec et l'énergie, Albert Collins. Pourquoi pas Johnny Winter aussi ? Je ne sonne pas comme eux, mais j’admire ces mecs qui ont le feu sans avoir besoin de mettre les amplis à fond la caisse. J’aime plein d’autres guitaristes dans des styles différents, on se fout de moi pour ça d’ailleurs. Tiens, le George Benson des années 60. Il jouait le blues comme personne, ni vite ni fort, mais avec une virtuosité toujours au service de la musique. La grande classe. J'adore aussi les instrumentaux des années 60, ceux des Shadows et des Ventures. Ils sont articulés autour d’un thème, et tout raconte quelque chose, même les chorus.

Quel est ton film préféré ?
César et Rosalie, sans hésitation. Claude Sautet. J'ai aussi une passion pour Woody Allen, et j'adore Barry Lindon, mais la liste serait bien trop longue.

Qualifierais-tu cette musique d’easy-listening, même tendu par la menace du blues ?
C'est un disque de blues avec des accents jazzy, funky, rock'n'roll. De la musique des années 60 et 70. Easy-listening ? Moui, je revendique ce terme. Il y a plusieurs définitions de l'easy-listening. Celui que j’aime, c’est bien sûr celui des années 70, celui des films français ou américains. Les climats sont toujours géniaux. Je suis un gros fan de Quincy Jones et de Lalo Schifrin, qui recrutaient toujours de super musiciens de jazz. [Lalo Schifrin a notamment composé les indicatifs des séries Mission Impossible et Mannix, et d’innombrables BO comme celles des Dirty Harry – NdR.] Ces BO sont de petits chefs-d'œuvre. A part quelques allumés, qui leur prête attention ?

Les retours sur ton album sont plutôt bons ?
Super ! On me reproche parfois d'avoir enregistré un disque trop court. Moi, j'avais en tête le format vinyle. Quand un album dure 35 minutes, je suis très content. Le morceau le plus long fait quatre minutes. (On sort fumer une cigarette ?) J'aime bien que les choses soient cohérentes, qu’elles racontent une histoire avec des ambiances variées, mais surtout cohérentes.

Tu sors un album pour marquer le terrain ?
Zone de Texte:Bah, je ne suis pas du genre à tirer des plans sur la comète. C'est déjà génial d'avoir fait un disque sous mon nom, qu'il sorte sur le label de Denis Leblond, un disque qui me ressemble, où on reconnaît ma manière de jouer. Génial, vraiment. J'aimerais déjà que ce disque me permette de me faire programmer sur scène. Bien sûr, j'aimerais en vendre, mais on va déjà voir ce que ça donne du côté de la scène. Bon, en ce moment, c’est calme pour tout le monde, j'aurai au moins le temps de m'occuper de mon disque. (Un fromage blanc avec le coulis. – Un baba au rhum.)

Tu emploies beaucoup le verbe ‘assumer’
Ben, je ne chante pas. J’aurais pu inviter des chanteurs mais je serais redevenu sideman… Je me suis dit que c'était un premier disque, qu'il allait porter mon nom, il fallait trouver une formule simple pour défendre mon truc. Un vrai challenge. Est-ce que j’étais capable d'écrire des morceaux, de les jouer sur la longueur d’un album sans donner l’impression de faire du remplissage ? Le travail avec François fut très instructif à ce sujet. Je lui amenais des idées, je composais des bouts de titres, on les jouait tous les deux, on les faisait tourner chez lui, on voyait si ça fonctionnait ou pas. On se rencontrait régulièrement, je devais lui amener, à chaque fois, un morceau ou deux. C'est la première fois que je faisais ça. La guitare devant, c'était un parti pris. Voilà, je devais assumer le fait que la guitare soit devant. C’est très agréable à faire pour un disque, mais ce sera une autre paire de manches de l'assumer sur scène. Je n’ai pas l’habitude de me présenter en tant que frontman.

Et donc, il te reste à assumer le disque sur scène !
Sur scène, quand tu es frontman, que tu fais les choses, tu es exposé à tout un tas de problèmes, aux egos des uns et des autres qui peuvent râler sur la façon dont tu mènes ta barque, sur le cachet du concert, la qualité de l'hôtel… C'est un peu comme devenir tout-à-coup chef d'entreprise. Maintenant que j'ai commencé, je n'ai plus le choix, il va falloir assumer, gérer humainement la scène. Et je n'ai aucune idée de ce que je peux dégager sur scène en tant que frontman. Les instrumentaux compliquent encore l'exercice. (On va vous prendre deux cafés, s’il vous plaît. Tu ne veux pas qu'on les prenne en terrasse ? Il commence à faire chaud ici et on pourra fumer. Ouais, j’ai arrêté, j’ai repris. Comme tout le monde. – Ils vont croire qu'on se barre sans payer, je vais les prévenir.) J'ai l'habitude d'être sideman et j'ai toujours respecté le mec qui est devant, parce qu'il se prend tout dans la gueule. Quoi qu'il arrive, c'est la faute au mec qui est devant. J'apprends un peu ça. Et puis, à un moment, il faut s’adresser au public, lui parler un peu, dire, là aussi, des choses qui me ressemblent. Si ça se trouve, ça va être une révélation. Ou un vrai cauchemar.

Tu es le guitariste que tu rêvais d’être en débutant ? Je sais, tu vas me dire non !
Plus je fais de la musique, plus je suis confronté à mes lacunes techniques. Et j’en ai plein ! Je Zone de Texte:suis très limité en harmonie par exemple, je ne sais pas trop comment ça marche. Je m'en sors toujours parce que j'ai de l'oreille. Jusqu’ici je contournais le problème, mais plus ça va, plus je suis amené à jouer avec des gens différents, et plus cette lacune m’handicape. Il faut d’autant plus bûcher l'instrument que le niveau général s'est vachement élevé, il faut s'accrocher de plus en plus. D’un côté, tant mieux. Le sentiment que tu as de ta propre valeur dérape toujours dans tous les sens. Parfois je travaille beaucoup et je me rends compte que je joue comme une merde, parce que je n'ai pas encore digéré ce que j'ai acquis. Ou je sors de scène pas content du tout, et puis, en réécoutant le concert, je me trouve plutôt bon. Ou le contraire : je suis satisfait et, après coup, je me trouve nul. D’autres fois, ça ne marche pas parce que je n’ai pas de connivence avec les gens que j’accompagne ou qui m’accompagnent. Je ne joue bien que quand je me sens bien avec les gens que j'accompagne. Basse, batterie, c'est crucial, c'est ce qui fait que ça tourne ou pas. Prends un bon batteur et un bon bassiste. Si, humainement, ça ne passe pas, tu sais que ça ne tournera pas. Techniquement, rien à redire, personne n'est en retard, chacun joue très bien, mais joue sans osmose, sans swing car sans vie. Tu le ressens même en tant que spectateur, quand tu assistes au concert d'un super groupe, très pro, tout ça. Quand il y a une ambiance de merde au sein du groupe, vraiment, tu l’entends, ils n’envoient que de mauvaises vibrations. Il n'y a pas de règles, et c'est passionnant. Enfin, si, il y a quand même une règle : tu l’as toujours dans le baba quand tu ne bosses pas.

Quel est ton disque préféré ? Une seule réponse…
C’est un album de Quincy Jones, Quintessence, un disque de jazz. Un de mes premiers émois musicaux, quand j'étais enfant. Quels solistes, quels arrangements ! Un disque incroyable…

Un concert ?
Je ne sais pas si c'est le meilleur, mais j’ai vraiment été impressionné la première fois que j'ai vu Luther Allison. C’était en 1982 à l'Olympia. Je pense même que c’était mon premier concert de Chicago-blues.

Christian Casoni - Juillet 2010
Photos - Yann Charles

www.myspace.com/stannoubardpacha1