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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Portrait
Rory Gallagher
Une main musclée dans un gant d’humilité

 


Pentatonic Paddy

Une attaque de corde incisive. Un vibrato main gauche omniprésent mais fondu dans le jeu. Strate en mi, les micros braqués dans les aigus, parfois au fin fond des graves, rarement sur les positions intermédiaires. Gallagher tire profond. Il campe sur la pentatonique et l’économise souvent, mais il ne lésine jamais sur les watts. Il n’est pas le roi de la syncope. Il trace, en chaloupant, des architectures familières et judicieuses. D’autres débitent du tricot mais pas lui. Quelques plans piqués à Jeff Beck, quelques plans piqués à Clapton… Il n’est pas lyrique et déborde rarement la mesure, plus attentif à surligner qu’à remplir… Sauf en slide, quand la gigue irlandaise rattrape le blues.
Jimmy Page est un styliste, pas lui. L’Irlandais orchestre approximativement, ses phalanges musculeuses passent en force, la suée a valeur de résultat. Il sonne comme l’époque, comme un guitariste des 70’s. La différence c’est en slide qu’il la fait, en des temps où les bottlenecks n’avaient pas encore migré massivement du Mississippi. Il a tout pour le chrome, et surtout un vibrato digne de Billy Gibbons. Gallagher est un super slider mais pas un technicien novateur.

C’est que notre homme a le cul entre deux chaises. Sa partition gîte entre deux générations de solistes, les grands initiateurs rosbifs du swinging London (Beck, Clapton, Page, Richie Blackmore) et les gros techniciens de la décennie suivante, Van Halen, les surdoués yankees de l’écurie Shrapnel, gagmen pointus de la tige vibrato, épileptiques du tapping. Entre les deux, Gallagher ne manque pas de contemporains à l’assise plus ferme : dans un registre un peu comparable, il y avait Sammy Hagar (Montrose), Ian Hunter et déjà Joe Perry (Aerosmith), Billy Gibbons (ZZ Top) et Brian May (Queen).

Minuit moins deux…

C’est entendu, le soliste est un brillant vulgarisateur. Le compositeur ? On ne peut pas dire que son psychédélisme fasse toujours des étincelles. Les hippies avaient psychédélisé le Zone de Texte:  rock’n’roll, le blues, le jazz, et défini un œcuménisme qui absorbait tous les styles. Gallagher en est toujours là, très européen, très britannique, surtout très irlandais. Il bricole un truc british avec du blues dedans, un peu folk, un peu rock, trop crossover pour le chapitre suivant, celui des années 80 et de la spécialisation. Mais stop ! Gallagher ne court pas les compètes.

D’accord, il n’est qu’un vulgarisateur empêtré dans un salmigondis de genres, mais à l’aube du pub-rock, qui occupe le devant de la scène européenne du blues en power trio ? Sa voix manque de coffre mais elle a son timbre et la guitare n’en est pas le palliatif. Contrairement à d’autres guitar-heroes, Gallagher conjugue le manche et la voix avec sincérité. Il œuvre dans un créneau où il n’y a pas grosse bagarre.
À l’époque de l’Irish Tour, l’album que tous les babas cools tenaient à vous faire écouter, l’Irlandais passait pour un guitariste sincère et modeste. C’est peut-être l’homme qu’on célèbre plus que le guitariste, quand on vous le vend pour un soliste merveilleux. N’empêche, son chaloupé, Slash en a fait son miel. Et puis le riff étouffé-saturé de Moonchild, ce thème qui charge dans les cordes graves… Imaginez qu’Iron Maiden durcisse le son quelques années plus tard et l’intitule Two Minutes To Midnight, hein ? Les basses du chapitre suivant sont déjà là. Mais un peu par hasard... Gallagher était vraiment trop modeste !

Christian Casoni et Fabrice Seignan