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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Portrait
claude nougaro
Dans les pétarades de la caisse claire


blues fred mc dowell









1959. Le 25-centimètres d’un jeune puncheur, qui s’était fait éconduire de toutes parts, apporte à la variété nationale un glamour tout neuf, très nerveux, futile ou grave mais jamais emmerdant.
Nougaro avait envie de cogner. Outre ses compositions, il organisait en pieds et en rimes les standards de jazz qu’il aimait, sans chercher à se poser en docteur de cette discipline. Il les francisait, les transformait en chroniques intimes du temps qui passe.
Nougaro n’avait pas de scrupules avec la matière qu’il travaillait ni avec les mots qui la faisaient parler. Il distribuait les théorèmes de la gentry noire-américaine comme des gnons et les faisait rayonner dans la France de Charles De Gaulle et de Tino Rossi.

Il emprunta d’abord l’orchestre de Michel Legrand puis devint le passager de Maurice Vander. Il faisait corps avec les batteries de René Nan, Gus Wallez, Daniel Humair, les guitares d’Elek Bacsik ou Pierre Cullaz, les trompettes d’Ivan Jullien ou Roger Guérini, et surtout avec l’orgue d’Eddy Louiss. Ces fines lames, qui s’étaient aiguisées sur le cuir du jazz, devenaient de véritables tueuses quand elles s’attaquaient à la variété. Eddy Louiss pneumatisait sur son orgue des riffs ravageurs, d’une simplicité désarmante. Leurs arrangements fouettaient la musique, comme Nougaro le faisait des verbes. Ils acclimataient, dans le royaume gris d’Édith Piaf, les couleurs de Rollins, Monk, Gillespie, Brubeck, Mulligan, Adderley, Davenport, Hefti ou Shorter. Ils les réajustaient avec un cachet inouï.
Le chanteur boxeur avait une voix puissante, juteuse, ensoleillée, intelligente dans sa dynamique et jusqu'aux reflets bronze et or de son timbre. Il fallait être particulièrement culotté pour enfermer un thème aussi insaisissable qu’‘Around Midnight’ dans une chansonnette, il fallait savoir chanter et trouver des mots assez convaincants pour se faire pardonner.

Ainsi, de 1959 à 1974, un jeune Toulousain et quelques musiciens de jazz gravèrent huit albums à la pop pétaradante de swing, dont l’insolence se démultipliait dans le break des batteries (‘La Marche Arrière’), dans les cris d’une trompette folle (‘Schplaouch !’), les sabrages de l’orgue (‘Les Mines De Charbon’), des soulèvements de cuivres (‘Ma Femme Fatale’), ou l’audace d’un authentique solo de piano jazz en plein milieu d’une chanson grand public (‘Dansez Sur Moi’).
D’un titre à l’autre, on voyait se tracer les autoroutes, se décomplexer un désir de liberté, se régénérer le vieil Hexagone de la ligne Maginot, on entendait les villes prospères battre comme des cœurs prodigieux.
Ce miracle dura… disons jusqu'en 1974, parmi les bluettes sur-violonnées de la concurrence, le tintamarre indigent du yé-yé, les imitations du hit-parade américain et les glaires mourantes de la goualante réaliste.
Après 1974, Nougaro devint un artiste… et perdit un peu de sa candeur !

Christian Casoni

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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