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12/17
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Portrait
otis redding
Soulman forever / 9 septembre 1941 - 10 décembre 1967


blues fred mc dowell
otis redding
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otis redding






C’était au milieu des sixties. Un grand bonhomme a déboulé au pas de charge dans le paysage musical, il arpentait la scène avec une énergie débordante et une voix étonnante. Une voix entrée dans la légende de la soul music. Un artiste, parvenu au sommet en moins de cinq ans, avec des chansons qui restent dans la mémoire collective.

Fa, fa, fa, sad song
Zone de Texte:  Triste souvenir. Le 10 décembre 1967, Otis Redding disparaissait en plein succès, à l’aube d’une carrière prometteuse. Terrible accident d’avion ! Suite à de très mauvaises conditions météorologiques, le Beechcraft bimoteur du chanteur s’abîmait dans les eaux glacées du lac Monona près de Madison, dans le Wisconsin, nous privant d’une des plus grandes voix de la scène américaine. Otis Redding et six autres personnes, dont quatre membres de son orchestre the Bar-Kays, trouvaient la mort dans ce crash. Un seul passager en réchappait comme par miracle. Son entourage lui avait pourtant déconseillé ce vol, mais en professionnel qui veut respecter ses engagements Otis Redding avait tenu à se rendre à destination. Il n’arriva jamais.

Comme les interprètes hors normes qui touchent un large public, au-delà de leurs propres styles, tels Billie Holiday, Edith Piaf ou Frank Sinatra, Otis Redding donnait le frisson à l’auditeur. Quarante ans après, grâce à la magie des enregistrements, le charme opère toujours et on constate que, si le style a pris quelques rides, il n’est pas tombé en désuétude, loin s’en faut. Au-delà des modes, parce que sa musique s’appuyait solidement sur les rythmes et les hymnes venus des lieux de culte autant que de la rue, la voix d’Otis Redding a encore ce don d’accrocher les générations qui le découvrent aujourd’hui. Son style ancré dans la soul music puise dans l’énergie du rock’n’roll et sa manière d’interpréter les ballades entremêle délicatesse et tension.  Showman impressionnant de rigueur et d’émotion, chanteur à la fois sensuel et délicat, il maniait avec aisance la violence et la douceur, la force et la sensibilité  et il portait les notes et les mots à des sommets rarement atteints.

Zone de Texte:  Respect
Né à Dawson en Géorgie le 9 septembre 1941, ses parents déménagent quand il a cinq ans et c’est dans la ville de Macon qu’il grandit avec ses quatre sœurs et son frère. Le père de la famille Redding partage son temps entre un emploi  qu’il occupe sur la base aérienne militaire de Robins et un sacerdoce au sein d’une confrérie baptiste. C’est donc tout naturellement que dès son plus jeune âge Otis chante dans le chœur de l’église où son père est ministre du culte. Il ne s’éternise pas au lycée et exerce divers petits boulots pour aider la famille à vivre. A l’adolescence son talent est reconnu par le public local, il gagne quinze semaines d’affilée le radio crochet du dimanche, mais il ne se contente pas de chanter. Le premier instrument qu’il pratique est  la batterie, il apprend par la suite à jouer de la guitare et du piano.
En 1959, il fait ses débuts de chanteur dans un club local, The Grand Duke, et dans des soirées destinées aux teenagers. Il reprend le répertoire de Little Richard qui est une de ses plus fortes influences. C’est cette année-là qu’il rencontre Zelma Atwood qu’il épousera en août 1961.
En 1960, à 19 ans, il commence de tourner dans les Etats du sud avec l’orchestre de Johnny Jenkins and the Pinetoppers. En plus d’être le chanteur du band, il fait office de chauffeur, Jenkins n’ayant pas de permis de conduire. La même année il fait ses premiers enregistrements sous le nom d’Otis and the Shooters en gravant les titres ’She’s All Right’ et ‘Shout Bamalama’. En 1962 une de ses premières compositions, ‘These Arms Of Mine’ est enregistrée par Johnny Jenkins chez Stax à Memphis. En 1963 il grave ce même titre sur le même label et en fait son premier succès.
Début 1964, il enregistre une version pleine de passion de ‘Pain In My Heart’, mais il faut attendre le printemps 1965 et ‘Mr. Pitiful’ pour qu’il fasse son entrée au Top-50. La fin de l’année 65 verra la consécration d’Otis Redding avec des chansons qui se placent sans tarder dans les meilleurs classements : ‘Respect’, ‘I’ve Been Loving You Too Long’, ‘My Girl’, ‘Shake’, ‘Satisfaction’. La voie du succès est toute tracée.
En 1966, il traverse l’Atlantique et conquiert l’Europe. L’homme est jeune et sympathique, l’artiste est charismatique et chaleureux, ses shows attirent un large public. Le rhythm’n’blues explose et Otis Redding ouvre une porte sur un style jusque là méconnu d’un large public. Il entraîne dans son sillage des artistes comme Sam & Dave, Wilson Pickett, Aretha Franklin,  Percy Sledge…

Le magazine anglais Melody Maker le sacre ‘meilleur chanteur de l’année 1966’, détrônant ainsi Elvis Presley d’un règne de dix années consécutives.

otis redding

Try a little tenderness
En 1967, Otis Redding tourne abondamment. En juin, il est sur la scène d’un des plus grands évènements musicaux de l’époque, le Monterey Pop Festival. Il partage l’affiche avec Jimi Hendrix, The Mamas and the Papas, the Byrds, Booker T and the MG’s, Simon and Garfunkel, Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane, Al Kooper, the Electric Flag, Janis Joplin, Canned Heat, Country Joe and the Fish, The Paul Butterfield Blues Band, Buffalo Springfield, The Who, The Animals, The Greatful Dead... Le public est essentiellement blanc, composé de hippies californiens plus habitués à écouter du rock progressif ou des musiques planantes que de la soul music mais, une fois de plus, Otis emballe la foule. L’évènement est filmé.
Cette même année 67, il enregistre ‘Tramp’ et ‘Knock On Wood’ (les deux titres avec Carla Thomas), ‘Shake’, et surtout ce qui reste un de ses plus grands succès, ‘Try A Little Tenderness’.La progression dramatique du thème, l’interprétation, tout autant que l’utilisation de l’orgue et des cuivres ne peuvent laisser qui que ce soit indifférent. Le label Atlantic prend une pleine page dans le magazine Billboard du 7 Janvier 1967, pour annoncer que c’est "son plus grand succès... et son plus grand album."

Zone de Texte:  Figure dominante de la musique noire, artiste à l’ouverture d’esprit incontestable, Otis Redding attire et fédère autour de lui un important public blanc en lançant des ponts entre la soul-blues et le pop-rock. Il est un véritable passeur, notamment en reprenant des titres des Beatles ou des Rolling Stones. Son interprétation et son feeling de soulman transcendent les deux genres à la fois. En outre, on peu dire qu’il brouille les repères et fait tomber des barrières raciales, malheureusement encore très présentes aux Etats-Unis dans les années soixante.
Vrai showman, il capte immédiatement l’attention de l’assistance et sait ménager ses effets. Dans les thèmes rapides comme ‘Respect’, ‘Love Man’, ‘Can’t Turn You Loose’, son énergie déborde et submerge l’auditeur qui se laisse porter. Dans les chansons douces, comme ‘My Lover’s Prayer’, ‘Cigarette And Coffee’, ‘That’s How My Love Is’, il est tout en retenue et dans l’émotion pure.

Le 7 décembre 1967, trois jours avant l’accident fatal, Otis Redding est en studio pour enregistrer une chanson écrite en compagnie du guitariste Steve Cropper. Ce titre entrera dans la légende : ‘(Sittin’ On) The Dock Of The Bay’. Il sort en single le 8 janvier 1968 (‘Sweet Lorene’ en face B), puis sur l’album The Dock Of The Bay, le 23 février. Avec plus d’un million d’exemplaires vendus, le morceau est en tête des classements de l’année. Percy Sledge, Al Jarreau, King Curtis, The Golden Gate Quartet, l’inscrivent rapidement à leurs répertoires.

blues otis redding

Zone de Texte:  Love man
Trop tôt disparu, Otis Redding n’était pas qu’un simple chanteur dotée d’une voix exceptionnelle, c’était un vrai musicien, un compositeur, un arrangeur, un producteur, un homme de spectacle et un homme d'affaires, notamment à travers son label Jotis. Il recherchait et éditait de nouveaux talents, intervenant à différents niveaux dans l'industrie musicale.
Ces chansons ont été interprétées par les plus grands : Aretha Franklin, les Chambers Brothers, Tom Jones, les rolling stones, le greatful dead, Rod Stewart, Ray Conniff, Johnny Winter et même Bing Crosby et Frank Sinatra, pour n'en citer que quelques uns.

En 1976, la ville de Macon (Georgie) où il a fait ses premiers pas, lui a rendu hommage en baptisant l’un des ponts qui enjambe la rivière Ocmulgee ‘Otis Redding Memorial Bridge’. Non loin de ce pont, en 2002, une statue en bronze de l’artiste a été érigée dans le Gateway park.  La ville de Memphis a également contribué à entretenir son souvenir en baptisant en 2001 un espace vert de la cité le ‘Otis Redding Memorial Park’. Parmi les nombreux hommages rendus à l’artiste notons qu’en 1993 la Poste US a édité un timbre commémoratif à son effigie.
Otis Redding repose dans sa propriété, The Big O Ranch, à Round Oak, situé à 37 km au nord de Macon.

Gilles Blampain