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06/17
Chroniques CD du mois Interview: MAGIC BUCK Livres & Publications
  Portrait: ROBERT NIGHTHAWK Interview: PAUL MCMANNUS
 


Portrait
ROBERT NIGHTHAWK
Robert Lee McCollum : 30 novembre 1909 (Arkansas) - 5 novembre 1967 (Arkansas)


BLUES ARTHUR CRUDUP
blues arthur crudup
blues arthur crudup






Maître de la slide guitar, son influence sur de nombreux musiciens l’impose comme le lien entre le blues des années trente et une modernisation du genre.

Fils de Ned et Mattie McCollum, Robert Lee McCollum voit le jour à Helena en Arkansas. Il a un frère Samuel et une sœur Ethel.robert nighthawk Le père et la mère sont musiciens, c’est donc naturellement que frères et sœur font de la musique en grandissant. Robert quitte la maison à un âge précoce et se fait musicien des rues pour survivre. En 1923 il se retrouve en Louisiane, c’est là qu’il apprend à jouer de l’harmonica auprès d’Eddie Jones un artiste du coin. Après une période d'errance dans le sud du Mississippi, il s'installe un temps à Memphis, là il joue avec des orchestres locaux et se joint même au Memphis Jug Band. En 1929 il rencontre son cousin Houston Stackhouse à Hollandale une bourgade située dans le sud du Mississippi. Ce dernier l’initie à la technique de la slide guitar. A cette époque Robert travaille comme camionneur durant la semaine et joue sa musique le week-end. Peu après, il lâche le volant pour se faire embaucher dans une ferme à Murphy Bayou, 10 miles au sud-ouest de Hollandale. C’est à cette période qu’il se produit en duo avec Houston Stackhouse dans les clubs de Greenville et Jackson. Ils participent même à des émissions de radio.
Robert McCollum se marie, et ce ne sera pas la dernière fois, en 1928 avec Mary Griffen à Friars Point ; ils auront deux enfants, le premier né, Sam, sera suivi de Ludy. Sam sera élevé par la famille Carr qui le recueille à un an et demi parce que ses parents ne veulent pas renoncer à leur vie erratique. Et Sam n’est autre que Sam Carr le batteur de blues bien connu.
En 1932 Robert McCollum est toujours sur la route. Il séjourne à Vicksburg et forme un nouveau duo avec son frère. Au gré de ses pérégrinations il rencontre des gens comme Charlie Patton, Will Shade, Muddy Waters, Eugène Powell, Tommy Johnson et probablement Son House et Robert Johnson. En 1933 il s’associe brièvement avec la chanteuse Laura Dukes qu’il a rencontrée à East Saint Louis alors qu’ils collaboraient au sein du même Medecine show.
Robert se fixe à Saint Louis au milieu des années 30 et prend le nom de sa mère, il se présente alors sous le nom de Robert Lee McCoy. Certains racontent qu’il a quitté la Louisiane où il a eu des ennuis… une histoire d’arme à feu... y a-t-il eu ou non mort d’homme ? Nul ne le sait, mais il a fui et changé de nom pour éviter des poursuites. A Saint Louis, il fréquente les bluesmen locaux, comme Big Joe Williams, Henry Townsend, John Lee Hooker et John Lee Sonny Boy Williamson. En 1936 il monte à Chicago  et est engagé comme musicien de studio chez Bluebird et Decca. Il grave pour son compte ‘Take It Easy Baby’ pour Bluebird et ‘Prowling Night-Hawk’ pour Victor, ce titre lui donnera plus tard l’idée de son pseudonyme. Comme pour beaucoup de bluesmen il enregistre sous divers pseudonymes comme Rambling Bob ou Peetie's Boy et participe à différentes émissions de radios locales. Mais un beau jour, le guitariste Robert Lee McCoy disparaît... Quelques temps plus tard apparaît un étonnant Robert Nighthawk qui joue sur une guitare au son nouveau pour l’époque.
La guitare électrique est un instrument relativement inédit à la fin des années 1930. Robert Nighthawk se met à jouer avec une guitare amplifiée, perfectionne sa technique de slide et combine son nouveau goût pour créer un son étrange, doux et harmonieux, qui attire rapidement l'attention de plusieurs jeunes musiciens.
En 1940 il grave chez Decca ‘Friars Point Blues’ qui le suivra toute sa vie comme son indicatif. En 1942 il regagne le sud et s’installe à Helena. Il se joint à nouveau à Houston Stackhouse pour effectuer des tournées à travers l’Arkansas et le Mississippi. En 1946, la marque de farine Bright Star qui sponsorise une émission sur l’antenne de la radio KFFA fait appel à lui pour animer le programme.
En 1947, alors qu’il était apparemment déjà marié non plus avec Mary Griffen mais à une femme nommée Beatrice, épousée l'année précédente, notre homme convole avec Hazel Momon qu'il a rencontré à Clarksdale en 1945. Ce qui ne l’empêche toutefois pas d’entretenir une liaison avec une certaine Ethel Mae. La vie sentimentale de Robert Nighthawk est d’un maillage assez compliqué, mais il restera avec Hazel jusqu’en 1953 et le couple aura 3 enfants, Geni, Robert et Marianne.
blues robert nighthawk
En 1948 il est encore animateur radio mais sur une station concurrente, la WROX à Clarksdale, en compagnie d’Earl Hooker. C’est cette année-là qu’il commence à enregistrer pour Aristocrat/Chess, collaboration qui durera jusqu’en 1950. Sa voix s'est encore assombrie, et il a un jeu de slide coulé et envoûtant, entre Tampa Red et Muddy Waters. Le single ‘Black Angel Blues’/’Annie Lee’ lui vaut un certain succès qui lui permet de concrétiser plusieurs engagements au Club 708 et d’effectuer des tournées. En 1949 il enregistre ‘Return Mail Blues’/‘She Knows How To Love a Man’, malheureusement pour lui les frères Chess préfèrent miser sur Muddy Waters qui a une présence scénique plus affirmée. Nighthawk continue à jouer et à enregistrer cette fois chez United records et States records de 1951 à 1952, mais le succès commercial n’est pas vraiment au rendez-vous. Durant cette période il bouge pas mal séjournant tour à tour à Paducah dans le Kentucky, Sikeston dans le Missouri, Cairo et East Saint Louis dans l’Illinois. Cairo joue un rôle important dans l'histoire du blues, située à mi-chemin entre le Delta et Chicago la ville est considérée comme étant là où le Nord commence pour les Noirs du Sud rural. Entre 1952 et 1953, Robert Nighthawk est de nouveau au micro d’une radio, la WDIA à Memphis, en compagnie cette fois du guitariste Ellis Davis. En 1954 il retourne à Helena et joue à la tête d’un petit groupe The Nighthawks. Par la suite il part en tournée dans le Midwest et en Floride.
Le fait qu’il ne séjourne jamais très longtemps à Chicago pendant une grande partie des années 1950 alors que le blues est dans son âge d'or dans la Windy city ne jouera pas en sa faveur et il ne tirera pas plus avantage du revival des années 1960. Le succès commercial n’est peut-être pas sa priorité. Cependant il revient sur les bords du lac Michigan en 1964 pour participer au Folk Festival organisé par l’Université de Chicago et prolonge son séjour en jouant sur Maxwell Street lieu de rendez-vous des musiciens, souvent accompagné par Johnny Young et John Wrencher. Cet épisode de sa vie se retrouve sur l’album Robert Nighthawk: Live on Maxwell Street 1964. On peut également le voir durant cette période dans différents clubs comme Pepper's, AT & T Lounge, Diz's Club, 708 Club, Turner's Place et The Hole. Associé à Johnny Young, il part faire une mini-tournée au Canada passant quelques temps sur la scène du club First Floor à Toronto. C’est une année chargée pour lui, il effectue plusieurs sessions d'enregistrement pour Decca et Testament et renouvèle même son association avec Chess Records. Robert Nighthawk retrouve en effet Willie Dixon qui l’a déjà produit en 1948 et ce dernier lui offre une nouvelle opportunité. Il enregistre ‘Someday’ et ‘Sorry My Angel’ pour son propre compte et joue comme guitariste de session pour Koko Taylor sur ‘What Kind Of Man Is This?’ et ‘I Got What It Takes’. Il accompagne également Buddy Guy sur l'instrumentale ‘Night Flight’. Ce sont les dernières faces qu'il grave pour Chess.
Si ses  enregistrements lui ont apporté un succès limité, il est néanmoins resté populaire dans le Sud toute sa vie. En 1965 il regagne Helena une fois encore et obtient quelques engagements avec l’harmoniciste Frank Frost. L’année suivante il fait une apparition sur les ondes de la station KFFA. blues robert nighthawkPendant l’été1967 Il se produit à Dundee et Helena aux côtés de Houston Stackhouse et Peck Curtis et enregistre pour Testament ‘Crying Won't Help You’ et ‘Bricks In My Pillow’, mais affaibli par la maladie il se contente de jouer de la basse. Ces dernières sessions paraîtront à titre posthume.
A l’automne, victime d’un accident vasculaire cérébral il reste très diminué. Peu de temps après, suite à une crise cardiaque il est admis à l’hôpital d’Helena où il meurt le 5 novembre 1967. Il aurait fêté ses 58 ans 3 semaines plus tard. Il est enterré dans le Magnolia cemetery à west-Helena.

Guitariste de premier plan, Robert Nighthawk avec son style clair, élégant et fluide a marqué des artistes comme Elmore James, Muddy Waters, BB. King et Earl Hooker.
La Mississippi Blues Commission a honoré sa mémoire en plaçant un marqueur historique à Friars Point, sur la Mississippi Blues Trail. Il a été intronisé dans le Blues Hall of Fame en 1983. Ses enregistrements faits au gré de ses déplacements ont révélé des trésors cachés comme ces cinq titres inconnus enregistrés à Toronto en 1965 qui n’ont été édités qu’en 2006 par Stony Plain. En 2009, à travers différent concerts le Chicago Blues Festival lui a rendu hommage lors du centième anniversaire de sa naissance.
Gilles Blampain