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Chroniques CD du mois Interview: BONEY FIELDS Livres & Publications
Portrait: BIG WALTER HORTON Interview: WHODUNIT Dossier: CHANCE RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2018

Arnaud Fradin & His Roots Combo
Steady Rollin Man

Genre musical: Folk blues
Label : MOJO HAND RECORDS
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Arnaud Fradin se lance dans une entreprise ambitieuse : sonner comme les bluesmen du Mississippi, lui qui n’a connu que la zone portuaire de Nantes en guise de Delta. Comment faire alors sonner sa propre version de ‘Illinois Blues’ ? Posé comme ça l’enjeu semble démesuré. Pourtant ça marche. Pourquoi ? La voix est convaincante sans en faire trop, la production et les arrangements sont d’une grande finesse. Et les guitares acoustiques nous emmènent doucement sur la route de Natchez, vitres baissées et sans la clim. Magnifique version de ‘Hard Time Killin’ Floor Blues’. Après la visite de tous ces monuments, Arnaud s’offre même une relecture country blues de ‘Dont’ Think Twice It’s All Right’, qui donne envie de taper dans les mains (et de commander la tournée suivante). Un album 2 étoiles comme une bouteille du meilleur Kentucky Straight Bourbon Whiskey.
Cranberry Gordy

Backtrack Blues Band
Make my home in Florida

 

Genre musical: Chicago & Texas blues
Label : HARPO RECORDS
Distributeur : SELECT-O-HITS

Que ce digipack est épais ! C'est tout simplement qu'il renferme un CD et un DVD de bon blues bien classique, enregistré en public en terre conquise, le Palladium théâtre à St Petersburg, Floride. Formé de vieux routards, le BBB a été fondé en 1980 par l'harmoniciste chanteur Sonny Charles et par le guitariste rythmique Little Johnny Walter, le batteur étant Joe Bencomo et le bassiste Stick Davis (un des fondateurs des Amazing Rhythm Aces). Le guitariste soliste est le Canadien Kid Royal qui chante sur deux morceaux 'Woke Up This Morning' de B.B. King et 'T. Bone Shuffle' de T.Bone Walker. Sur les neuf titres proposés, outre les deux cités, d'autres reprises sont présentes, 'Checkin' On My Baby' qui ouvre l'album et 'Your Funeral And My Trial' de Sonny Boy Williamson ainsi que 'Nobody But You' de Little Walter. Sonny Charles a composé les quatre autres chansons dont 'Make My Home In Florida' ode à l'état dont le groupe est issu. Son harmonica fait des merveilles avec une amplification puissante et l'agilité de l'extraordinaire Kid Royal fait le reste. Ici, le Chicago blues est roi, certes, mais quand même avec des accents texan grâce au médiator de ce dernier.
César

Cotton Belly's
Live session vol. 2

 

Genre musical: Kaléidoscope musical  
Label : CABANE PROD
Distributeur : cottonbellys.com

Fidèles à leur objectif de proposer aux auditeurs des versions de leurs chansons revisitées et affirmées par l'expérience des concerts, les quatre de Cotton Belly’s plus quelques invités reviennent avec Live Session vol.2. Et les bonnes vibrations sont au rendez-vous. Si le Live Session vol.1 accrochait les tympans avec de savoureuses envolées de guitare et de solos d’harmo navigant entre blues, soul et rock, cette deuxième mouture est tout aussi excitante mais dans une veine un peu différente. Le premier titre ‘My Friend’ débute calmement façon ballade sentimentale pour très vite prendre un rythme sautillant teinté de ragtime où l’harmonica dialogue avec la guitare puis avec le piano. Pour continuer dans une ambiance trépidante ‘Cup Song(NOLA)’, une joyeuse envolée genre second line avec cuivres ad hoc, nous entraîne dans les rues de New Orleans. Et puis comme une bouffée de nostalgie arrive la soul touchante de ‘Georgia On My Mind’ où le chant sensible est soutenu par de belles interventions de guitares. Changement de ton pour uneéchappée folk avec une pointe celtique qui se transforme en rock mélancolique à travers le long (14’24) ‘This Day/Mambo’. Le cinquième titre, ‘Rainy Road (Work Song)’, une reprise épurée de leur composition gravée en 2015, est revisité façon chant de travail avec une réelle ferveur. En 30 minutes tout est dit, et comme les productions précédentes celle-ci est irréprochable.   
Gilles Blampain

Curtis Salgado & Alan Hager
Rough cut

 

Genre musical: Acoustique
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Retour vers le futur… Cet album nous replonge avec plaisir dans la tradition avec une interprétation très actuelle. Un grand souffle de fraîcheur parcourt cette production acoustique qui sort du lot. Avec un jeu tout en finesse, émouvant, dépouillé, Salgado et Hager font juste ce qu’il faut pour atteindre le summum de la qualité artistique. Un vrai bijou musical. Curtis Salgado n’est plus à présenter avec son harmonica virevoltant et sa voix profonde, Alan Hager, lui, est connu comme ‘musician’s musician’, autant dire une pointure à la guitare, et il chante également. Ils sont rejoints selon les titres interprétés par basse, piano, batterie, percussions... Les deux complices signent conjointement quelques jolies pièces et reprennent à leur façon (brillante) des classiques comme ‘I Can’t Be Satisfied’ de Muddy Waters, ‘Too Young To Die’ de Sonny Boy Williamson, ‘Depot Blues’ de Son House, ‘Long Train Blues’ de Robert Wilkins, ‘I Want You By My Side’ de Big Bill Broonzy. Ils arrivent à redonner à ces classiques une réelle fraîcheur tout en gardant une tonalité intemporelle. La prestation est superbe ! Et les superlatifs pourraient s’aligner sans tomber dans l’outrance tant le résultat est excellent. En 13 titres, ce sont 50 minutes de pur bonheur.
Gilles Blampain

FreeWorld
What it is

Genre musical: Cuivré et chaleureux
Label : SWIRLDISC
Distributeur :
SELECT-O-HITS

Quelques chiffres. Freeworld, groupe formé il y a trente ans à Memphis, ce sont huit musiciens âgés de vingt à quatre-vingt-sept ans qui sortent leur septième album qui comporte onze titres (dix compos – une reprise), voilà ce qu'est 'What It Is'. Ils ont décidé de s'offrir un beau cadeau en s'allouant les services de David Lynch pour la pochette, en enregistrant au mythique Ardent studio, en confiant le mixage à Dave Aron et la finalisation à Brad Blackwood ce qui fait de ce disque une grosse balle atomique au son puissant, parce qu'en plus, les musiciens se sont lâchés. Guitare, basse, batterie, claviers et une section de quatre cuivres dont le fameux Dr Herman Green avec ses plus de soixante-dix ans de carrière. La reprise, c'est 'The Shape I'm In' de The Band avec une section rythmique rouleau compresseur, une guitare mordante et des cuivres en ordre serré. Quasiment tout l'album est de cet acabit, ces types ont la classe du Chicago Transit Authority des grands jours. Il y a du funk, du rock, du blues, de l'envie de vivre et de partager dans chaque titre. Plusieurs des musiciens touchent au micro, on a même droit dans 'Find A Better Way' à un peu de rap au milieu du titre qui serait le résultat d'un accouplement entre Led Zeppelin et Tower Of Power. 'Shrimp N’Grits’ nous donne l'occasion de constater que Andy Tate, le guitariste est tout, sauf manchot. 'Deeper By The Minute' qui ouvre l'album, est une mise en bouche où le batteur, Greg Lundy montre son savoir-faire métronomique en accord avec la basse et la voix forte de Richard Cushing. 'For The Moment' s'oriente plutôt sur un jazz-rock soft avec le clavier de Chris Stephenson omniprésent et un solo de trompette de Jared Dover suivi par une intervention du guitariste qui allume le titre pour finir au pas de course. On peut juger du bel ensemble des cuivres (Peter Climie aux saxophones, Freedman Steorts au trombone, Dr Herman Green et Jared Dover déjà cités) sur des titres comme 'Sideswiped' ou 'Another Sunday Night'. Stephani McKoy a été invitée pour un duo sur un titre feutré mais qui fait quand même claquer des doigts 'Believe'. Le dernier morceau du CD dans lequel n'apparaissent pas du tout les cuivres et qui tranche avec le reste de l'album, 'Eve Waits' est à tendance jazzy mystico progressif. Freeworld, pour son trentième anniversaire nous offre là un superbe cadeau avec What It Is. Happy birthday !
César

Ilya Portnov
Strong Brew

Genre musical: Blues, musiques du monde
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
CdBaby

Ilya Portnov, harmoniciste russe sorti d'une des écoles de musique les plus cotée des States, réalise là son premier album instrumental, jouant aussi bien de l'harmonica chromatique que diatonique. Pour ce faire, il est allé enregistrer au Greaseland studio, tenu par Kid Andersen qui a joué presque toutes les parties de guitares et les lignes de basse. C'est là même que l'album d'Awek Rich and Famous a été enregistré. On trouve à la batterie, June Core et aux claviers Chris Burn. Sept compositions et deux reprises qui sont 'Cincinnati Flow Rag' du Rev. Gary Davis et 'In A Town Garden' de Matvey Blanter, compositeur russe de premier plan (celui qui a composé ‘Katioucha’) c'est dire si le spectre de ses influences est large. D'entrée, l'album est éclairé par 'Sunny Afternoon Blues' avec l'aide du violoniste Ben Andrews qui participe à un autre titre '1928', un tango romantique. Dans un style à la Bo Diddley on a droit à 'Till The Early Morning'. Si on préfère une ambiance plutôt surf, on se tournera vers l'enjoué 'Surfin' The Baltic Sea' avec ses airs d'indicatif de feuilleton américain. 'Behind The Wall' est un pur blues avec un peu de saturation sur les lamelles et avec 'Strong Brew' on navigue entre blues et jazz, le tempo tire sur le reggae et la guitare de Kid Andersen est limpide. Quoi qu'il joue, Ilya Portnov travaille avec beaucoup de finesse, les notes s'enchaînent en cascades rafraîchissantes et ça désaltère les oreilles.
César

International blues challenge #33

Genre musical: Blues international
Label : THE BLUES FOUNDATION
Distributeur : https://blues.z2systems.com/np/
clients/blues/ giftstore.jsp

Ah la bonne heure ! L'initiative lancée l'année dernière, concernant un CD des meilleures formations s'étant produites à l'International Blues Challenge a été reconduite cette année avec un petit plus. L'année dernière, on y trouvait neuf formations et cette année, on en trouve quatorze. Groupes, duos, solos, one man band, il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts. Les efforts conjoints de la Blues Fondation et du promoteur Frank Roszak nous permettent de savourer le son de ceux qui ont été considérés comme étant la crème du monde du Blues pour cette année lors de ce 33ème challenge à Memphis. Quelques artistes pour vous allécher. Dawn Tyler Watson représentant la Montreal Blues Society avec son 'Shine On’ gorgé de gospel ouvre forcément cet album car elle a gagné avec son groupe la première place. La première place en solo/duo a été attribuée à Al Hill de la Nashville Blues Society. Il figure sur ce CD, seul avec son piano avec 'Don't Dig Today'. A noter que ce surdoué du feeling a aussi raflé la première place dans la catégorie guitariste solo. Pour ceux qui préfèrent le gros blues-rock bien lourd, le groupe King Bee est présent avec 'Dangerous' et sa slide tranquillement dévastatrice. Autre slide qui fait son effet, c'est celle du Sobo Blues Band de l'Israël Blues Society. Le titre 'Catfish Boogie' va vite et la rythmique est implacable. Au niveau One man bands, deux types remarquables ont été retenus, Brody Buster's one man band et Randy McQuay avec respectivement '2029' titre endiablé qui file la bougeotte et 'Til I Get To Memphis' lent et prenant avec cette voix possédée. Je vous laisse découvrir les autres perles de cette galette à déguster sans modération en espérant que l'année prochaine nous ayons l'IBC #34 CD. Affaire à suivre de près.
César

Jim Shaneberger Band
Above and Below

Genre musical: Blues, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://store.cdbaby.com/cd/
jimshanebergerband2

Deuxième CD pour ce jeune trio du Michigan formé autour du guitariste/chanteur Jim Shaneberger bien entouré par un excellent batteur, Steve Harris, et un bassiste hors pair, Jeff Baldus. Ces deux musiciens pleins de vitalité ont d’ailleurs participé à l'écriture de la plupart des neuf titres de cette galette qui ouvre sur un 'My Way' dans l'esprit de ‘Crosstown Traffic’ de Hendrix. La pression augmente avec la composition suivante 'Indifference', une boule d'énergie, basse/batterie soudées et guitare ravageuse avec wah wah incorporée. 'Above And Below' en remet une grosse couche et ne laisse pas le temps de respirer, et la filiation avec les seventies est évidente. Arrive le temps de prendre son souffle avec 'Bright Side,' ballade qui calme le jeu où guitare électrique et acoustique se marient à merveille. Puis vient le tour de deux morceaux dans lesquels on trouve une influence SRV, 'Ain't Your Daddy's Blues' et ‘I Can't Sleep' ce dernier étant à tendance funk. La chanson suivante a le feeling, à juste titre, d'un blues-rock sudiste entêtant 'Way Down South'. L'avant-dernière démonstration 'Just Sayin', Bro' est un instrumental funky qui pourrait durer des heures tellement il tourne « carré » avec une formation bien en osmose doublée d'une musicalité indéniable. On termine avec 'Whole Lotta Soul' funk-soul à souhait, le truc qui fait claquer des doigts et qui donne envie de réécouter l'album pour la bonne baffe que l'on vient de prendre. Ces gens sont à suivre de près, que la force soit avec eux.
César

Joe Satriani
What happens next

Genre musical: Instrumental
Label : LEGACY
Distributeur : SONY

Pour son 16ème album studio le guitariste aux six disques d’or et de platine aligne 12 nouvelles compositions instrumentales à la hauteur de sa réputation. Enregistrées en compagnie de Glenn Hughes à la basse et Chad Smith à la batterie, les sessions se sont partagées entre Los Angeles et San Francisco. Joe Satriani dit avoir voulu faire un album plus accessible et plus simple que les précédents : « …à propos d'un être humain, les deux pieds sur terre, le cœur battant, avec des émotions, des rêves et des espoirs. Je me suis donc concentré sur le rock et la soul pour retrouver nos expériences partagées, nos souhaits, nos rêves, nos espoirs et nos peurs. Ce disque est une invitation à se rapprocher ». Une fois encore l’efficacité du power trio est mise en évidence et l'ensemble non dépourvu d’un certain lyrisme pulse avec une vibrante ardeur. Ça attaque fort dès le premier titre ‘Energy’, une envolée puissante, dynamique, comme une course haletante marquée par un déferlement de décibels. La suite est à l’avenant tout au long des 51 minutes que dure cette production musicale. Avec une interprétation d’une haute intensité et un style très personnel, Joe Satriani livre un enregistrement où la dextérité le dispute au feeling.
Gilles Blampain

King Kong Blues
Make rock'n"roll great again !

Genre musical: Rock'n'roll, raw blues
Label : LE PASSAGE
Distributeur : king-kong-blues.le-label-pas-sage.fr

Pas de tromperie dans l'intitulé, voici une coulée bienvenue de rock primitif et de blues mal peigné - KKB se revendique d'une lignée qui va de Robert Johnson à Jon Spencer. Détournant le slogan du guignol au prénom de canard, le trio bordelais prouve d'emblée qu'il ne partage pas exactement ses idées (« Mélangez les couleurs/La haine y perdra ses électeurs », in 'Ma Sœur'). Plus loin cette profession de (mauvaise) foi : « Au nom des infidèles, des chiens galeux et des sans dieux/Je dis la vie est belle mais elle est courte putain de dieu/Je bois, je fume, je baise, j'ai vraiment tous les vices/Je joue du rock'n'roll et j'aime insulter la police » ('Je Suis Athée'). Des paroles au premier degré, droit au but mais diablement efficace, à l'image de tout cet album (un EP était paru voici un bon moment déjà). Titres offensifs, refrains déglingués, chanteur énervé, à l'aise également dans le registre de la ballade écorchée ('Arrête De Pleurer’) ... Gino (le King), Alex (le Kong), Gilou (le Blues) - on n'en saura pas plus - excellent dans le boogie déviant (‘Ma Sœur', 'Defonce Man', 'Macache Pour Le Cash'), quelquefois teinté de punkabilly ('The Train', l'un des trois titres proposés dans la langue de l'homme aux dérives capillaires). On s'en voudrait de ne pas citer 'Vlad L'Empaleur', à l'obscénité rigolote, ou cette reprise sans concession de l'incunable 'Hoochie Coochie Man'. Dans la tradition d'un rock français concerné, un album fier, sincère, et particulièrement efficace. 
Marc Jansen

Lenny Lafargue
Un ange

Genre musical: Blues cool
Label : LE BON TEMPS ROULER
Distributeur : https://lennylafargue.wixsite.com/lenny-lafargue

Une fois encore à travers sa musique et ses mots, Lenny Lafargue fait que l’estuaire de la Gironde semble se projeter dans le Golfe du Mexique. La décontraction du Sud qui sied si bien à son style donne une certaine fluidité à l’ensemble de cet album. Avec une démarche toute personnelle, un beau travail sur les mélodies et son jeu assez subtil, le Bordelais a le don de nous faire croire que tout se fait dans la facilité et que cette réalisation pleine de fraîcheur coule de source. Sous une relative désinvolture affichée on sent une rythmique solide qui soutient de beaux solos de guitare. Tout en maîtrisant les codes du blues du bayou, c’est avec une évidente jubilation qu’il fait son laid back à la française. La clarté de la note, la vivacité de l'ensemble, donnent une impression de légèreté. Au fil de ses textes bien ficelés et non dénués d’humour, il nous entraîne dans des histoires soutenues par des rythmes lents ou chaloupés. Comme un voyage dont les étapes sont les émotions de la vie, les mots dansent avec une belle sensualité pour évoquer les choses du quotidien, de l’amour, de l’errance, de l’amitié. Lenny Lafargue se montre particulièrement excellent dans le registre intimiste avec ‘Un Ange’ ou ‘Soul Party’. Le soin apporté à la qualité du son est un atout majeur de cet enregistrement.
Gilles Blampain

Little G Weevil
Something Poppin

Genre musical: Blues, boogie, funk, rap, soul
Label :
VIZZTONE
Distributeur : http://gweevil.com/home

Little G. Weevil, de son vrai nom Gabor Szucs, a grandi derrière le rideau de fer. En Hongrie, plus précisément. Très tôt, ses affinités musicales s’orientent vers l’Occident. Très vite, en autodidacte forcené, il s’imprègne des codes du blues américain et les retransmet sur scènes. Le live, c’est son truc ! Il lui arrive de donner 3 concerts par soir, ce qui lui vaudra son surnom (weevil signifie « charançon », sorte d’insecte invasif dont il est difficile de se débarrasser). Il rejoint les Etats-Unis en 2004 où il se construit progressivement une solide réputation. Something Poppin’ est son 5ème album. Les sonorités blues constituent le fil conducteur de ce dernier opus, mais le charançon n’a pourtant pas hésité à s’attaquer aux différents styles que le blues a influencés (rock’n’roll, soul, funk, R&B et même hip hop). Little G. aime se remettre en question. Alors même qu’il a obtenu le prix du meilleur soliste à l’International Blues Challenge en 2013, ici pas de solo (ou presque). Il a aussi été nominé pour le prix du meilleur album acoustique de l’année en 2016 et ici, que de l’électrique ! Son éclectisme, son groove et sa voix suave me font étrangement penser à l’excellent Thorbjørn Risager. Something Poppin’ propose moins d’arrangements originaux, mais le son est plus percutant, moins propre. Les 10 titres proposés sont efficaces et variés avec une préférence pour ‘Scrub’, à la fois rap & soul. Bref, une agréable découverte !
Robert Bolaers

Shaolin Temple Defenders
Free Your Soul

Genre musical: Funk
Label : SOULVILLE BORDEAUX
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Les gardiens du temple ouvrent la lourde porte en chêne massif, et que voit-on ? Des apôtres zélés, faisant l’exégèse sans fin de l’œuvre de James Brown. Quelques années plus tôt, les Shaolin Temple Defenders se sont mis au service de Martha High, choriste historique du Soul Brother Number One. Ils suivent depuis cette ligne, sans dévier. Concentrés sur la période 72-75, dont ils reproduisent le son. Manière de Tribute Band au répertoire original, ils font comme si le prognathe de Géorgie se tenait sur le côté de la scène et pouvait surgir à tout moment, les ménisques sur ressort. Mais la résurrection se fait attendre. Pas grave pour nos infatigables évangélistes bordelais, ils gardent la foi. Allez dans la paix du Godfather.    
Cranberry Gordy

Stormcellar
Defiance

Genre musical: Blues, rock, ballades
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : https://store.cdbaby.com/artist/
stormcellar

C'est toujours avec fébrilité que j'ouvre les pochettes des albums de Stormcellar groupe australien, qui signe ici, son neuvième opus. Je dois dire, qu'une fois de plus, je ne suis pas déçu. C'est le troisième volet d'un triptyque écrit, produit et enregistré aux States, les deux précédents étant Everywhere Feels Like Home et Kansas City Gold qui tiraient vers le blues roots avec la participation de vétérans locaux du blues. Defiance a été classé numéro UN pour deux mois consécutifs dans les charts Blues and Roots australiens (septembre et octobre) et cette fois-ci, la direction artistique tire plus vers des sons actuels avec une production impeccable et aucun enfermement dans un style particulier, les musiciens laissant libre cours à leur feeling. Du blues bien sûr, et du bon, mais aussi quelques ballades composent les treize titres de ce CD qui débute avec 'Hard Rock' le bien nommé aux riffs bien marqués, suivi par 'Julie' qui accélère avec son accompagnement guitares électrique/acoustique. Il est à noter que la voix de Michael Barry, également harmoniciste n'est jamais en surchauffe, ce garçon ne crie jamais, mais chante... et plutôt bien. Il se fait remplacer par Jo Fitzgerald, la muse de Stormcellar, à la voix éthérée pour le titre 'Like A Stone' et son accompagnement tout en douceur, guitare acoustique, bongos et bugle. La dream team est toujours la même. Michael Barry et Jo Fitzgerald, déjà cités sont entourés de Bill Williams à la basse, Theo Wanders à la batterie, les deux guitaristes étant Michael Rosenthal et Paul Read qui sort assez souvent sa slide comme dans la ballade 'Chase The Dragon' ou l'irrésistible 'Stoppin By' au tempo Rock appuyé par l'harmonica du chanteur. Le sax de Rob Dixon vient se poser sur 'Heavy Weather' au feeling jazz-rock. 'Feels To Win' nous ramène au son psychédélique des années soixante-dix avec une ambiance à la Spirit. Avec le boogie endiablé de 'Colour My World' on retrouve la slide qui glisse sur un tempo bien carré et sans répit ce qui permet au deuxième guitariste d'envoyer quelques bons solos. Le mélodieux 'Go Down Easy' nous rapproche d'une ambiance Floydienne avec des guitares qui s'entremêlent et au-dessus de la mêlée, toujours la voix juste d'un chanteur sensible. Gros son avec guitares torturées pour le Chicago blues 'Moma Don't Mind' qui avance comme un rouleau compresseur. Le dernier titre est une reprise du 'Like A Stone' précité mais avec le groupe au complet sur un tempo reggae. On ne s'ennuie pas une minute avec ce groupe qui sait nous embarquer en douceur dans son monde et je pense que je vais encore pas mal me le poser sur la platine tout au long de cette nouvelle année. Un must.
César

Tamino
Habibi

Genre musical: Pop folk
Label : UNDAY RECORDS
Distributeur : N.E.W.S.  

De temps en temps, la découverte de nouveaux talents provoque en nous un enthousiasme s'avérant souvent surestimé avec le temps. Dans le cas de Tamino, c'est différent. À un tel point que d'essayer d'exprimer ce que l'on ressent à l'écoute de ce jeune prodige donne déjà le vertige. Né à Anvers en 1996, d'une mère Belge et d'un père Egyptien, Amir Moharam Fouad pour l'état civil, a baigné dans la musique dès son plus jeune âge. Mère chanteuse et pianiste, père ex-chanteur, et surtout un grand-père, Moharam Fouad (1934-2002), grande vedette et grande voix du cinéma et de la chanson égyptienne des années 60. Puis c'est le conservatoire et la découverte de Tom Waits, Serge Gainsbourg, du jazz, de la musique classique, arabe et ouest africaine. Il a sorti son premier EP cette année. Il y joue des guitares acoustiques et électriques, du oud, du piano. Sur scène, il utilise aussi le dobro de son grand-père (un dobro en Egypte !), moment émouvant. Sur ce disque il est accompagné sur les 5 chansons par Tom Pintens (basse, claviers...), Jo Francken et Pisterjan Maertens (basse, percussions, vibraphone et programmations), Casper Van De Velde (batterie), Jonas Coomans (basson). 'Habibi' (qui veut dire ' Ma Chérie'), est une merveille. La voix vous prend d'emblée, partant des graves elle atteint ensuite des cimes pastorales pour ensuite redescendre vers des sentiments tourmentés et déchirés. Des touches de piano, des grattements de cordes égrènent ce bijou dans un troublant minimalisme. Envahi par des frissons, vous restez bouche bée. 'Cigar' laisse place à un vibraphone, à des cuivres, à un chant alternant fragilité et puissance. Le oud de 'Reverse' apporte une couleur orientale, et toujours cette mélancolie qui vous subjugue. Avec 'Indigo Light', autre perle de ce disque, vous êtes transporté à l'époque de Giovanni Girolamo Kapsberger, grand joueur de luth du 17ème siècle vénitien. Un enchantement. Puis vient 'Smile', lancinant, crépusculaire, comme un Velvet Underground flottant au-dessus d'abysses inconnues. Pour tout vous dire, j'ai eu l'occasion de voir ce jeune Flamand sur scène pour sa première date française, en première partie de Warhaus. Dans sa grande timidité, il n'y interprète que ces 5 titres, seul, et c'est terrassant de beauté. Un charisme fou aussi. Il tourne toujours actuellement ; la presse le surnomme déjà le nouveau Jeff Buckley. Il fait sold out partout. Personnellement, depuis Anna Calvi, je n'avais pas eu un tel frisson.
Juan Marquez Léon

The Possums 
Take me down

Genre musical: Country rock
Label : MOJO HANDS RECORDS
Distributeur : www.the-possums.com

Aujourd'hui, en France, il n'est pas courant de voir apparaître des formations s'inspirant des riches heures de la country rock des 70's américaines. The Possums sont de Bordeaux. Déjà auteurs en début d'année d'un single produit par le bluesman Arnaud Fradin, voilà un nouveau 4 titres dont 3 sont composés par T. Bo Ripault, le chanteur guitariste. Pour l'accompagner Bastien Cabezon à la basse et compositeur interprète du très Eagles 'A Little Place', Julien Bouyssou aux claviers, Théo Lawrence à la basse, Louis-Marin Renaud à la pedalsteel et Zoé Coudougnan aux chœurs. La musique est très belle, d'une grande sensibilité. On pense aux Byrds période 70's et Gene Clark, Doobie Brothers, The Band, Poco, Flying Burrito Brothers et Gram Parsons, Lee Clayton et autres Jayhawks. En optant pour ce nom de groupe, je soupçonne même un clin d'œil à George Jones (1931-2013), car son surnom était... The Possum, animal réputé pour son 'mauvais caractère’ ! Bien sûr cet EP est trop court, et j'attends avec impatience la suite. Ce qui ne devrait pas tarder. En effet, un article leur est consacré ce mois-ci dans Rolling Stone France, spécial 50ème anniversaire. Je souhaite à ces marsupiaux girondins une bonne continuation. Vite... un album !
Juan Marquez Léon

Tinsley Ellis
Winning hands

Genre musical: Blues-rock
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC

A 60 ans Tinsley Ellis semble avoir toujours la pêche et le voilà de retour sur le label Alligator. C’est dans un style plutôt enlevé, carré et solide, qu’il interprète avec ferveur neuf originaux de sa composition. Cela va du blues piquant façon Chicago au rock martelé en passant par des ballades sentimentales auxquels il ajoute une reprise aux échos néo-orléanais, ‘Dixie Lullabye’ de Leon Russell. Cette nouvelle production a été enregistrée à Nashville en compagnie de Steve Mackey à la basse, Lynn Williams à la batterie et Kevin McKendree aux claviers qui est également coproducteur de l’album. Chanteur convaincant Tinsley Ellis s’exprime avant tout avec une guitare, instrument dont il se dit amoureux. Il joue sur différent modèles selon les titres (Gibson Les Paul Deluxe ou ES 345, Fender Stratocaster 1959, plus quelques autres) et les amateurs sauront exactement quel instrument est utilisé sur chaque piste grâce aux notes de livret du CD. Riffs accrocheurs ou mélodiques, solos intenses et brillants, son jeu est un torrent musical puissant. Le magazine Guitar World dit à son sujet : « Le jeu d'Ellis scintille avec profondeur et subtilité. Que ce soit en jouant des rocks profonds, des blues lents ou rapides, Ellis surfe sur un son pur et magnifique ». On a effectivement affaire à une musique généreuse interprétée avec une dextérité incontestable et un bon feeling.
Gilles Blampain

Yvan Guillevic & Anne Sorgues
Do it your way

Genre musical: soft rock, soul cool, pop profonde et romance de caractère
Label : LA MOUCHE PRODUCTION
Distributeur : COOP BREIZH

Ils sont bretons, mais ne tombent pas vraiment du même horizon musical. Elle, chef de chœur, inclinant plutôt vers le jazz. Lui, guitar hero ayant déjà enregistré des albums plus rock, un hommage acoustique à Pink Floyd et un EP funky-soul. La feuille de présentation ajoute que ce disque, dont ils ont composé tous les titres, « fait la synthèse de leurs deux univers ». La voix est chaude, dense et souple à la mélodie, se contentant parfois de caresser la chanson (‘Memories’), laissant la guitare en révéler la beauté d’une courte ligne à la calligraphie étonnante. Ce serait une voix de chanteuse de soul ou de gospel, ou d’une chanteuse de romance, selon. La guitare rougeoie d’un hyperfeeling aux élans mesurés, jamais roboratifs, ou de solos carrément jouissifs (‘Dark Empty Streets’). Les phrases que lâche Guillevic sont aussi mélodiques que le chant, marquées d’une personnalité incontestable, les compos sophistiquées, souveraines, les arrangements pointus (‘Flowers On A River’), et les mélodies fatales (‘Love Should Not Hurt’). Bref, on a affaire à deux cadors qui ont dessiné leur album comme on tracerait la carte d’un pays idéal. C’est vrai qu’ils ont composé beaucoup de ballades. Seules échappent à la règle ‘Listen’ aux pompes swinguantes, et ‘Do It Your Way’ qui met en lumière l’excellence de la section rythmique : Patrick Boileau (batterie) et Dominique Braud (basse). Bernard Clémence (l’autre bassiste), Franck Le Masle (claviers) et Erwann Kermorvant (cuivres) complètent cette élite.
Christian Casoni