blues again en-tete
01/21
Chroniques CD du mois Interview: BENOIT BLUE BOY / PETER VETESKA Livres & Publications
Portrait: PIANO RED Inoxydable: TED NUGENT 1975 Dossier: CONTREBASSE
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2021

Andy Cohen
Tryin’ To Get Home

Genre musical: Acoustique, blues, folk   
Label : EARWIG
Distributeur :
Amazon, iTunes, Spotify

Depuis cinq décennies il enseigne la guitare et donne des concerts six mois par an. Il a plus d'une douzaine d'enregistrements à son actif et certains parlent de lui comme d’une encyclopédie vivante du folk-blues-roots. Son credo est la promotion du blues traditionnel et de la musique folk d'avant la Seconde Guerre mondiale. Ragtime, gospel font également partie de son répertoire. Il est reconnu comme un expert parmi les plus renommés de la tradition piémontaise et du style de fingerpicking de la côte Est avec un jeu d’une technique et d’une finesse remarquable. De plus il n’ignore rien des courants nés dans le Mississippi, à Memphis ou à Chicago. Andy Cohen, joue de la guitare 6 ou 12 cordes et également du piano. Sur les 17 chansons de cet album il interprète ses propres compositions et reprend quelques classiques comme ‘Step It Up And Go’ de Blind Boy Fuller, ‘Pea Vine Blues’ de Charlie Patton, ‘One Monkey Don't Stop The Show’ de Sonny Terry ou ‘Talkin' Casey’ de Mississippi John Hurt, et de plus modernes comme ‘Bad Dream Blues’ signé Dave Van Ronk ou ‘Bob Dylan's Dream’ de Bob Dylan. Une production de belle facture qui met en valeur un chanteur et son instrument pour 56 minutes de bonheur.
Gilles Blampain

Billy J.
Rise Above

Genre musical: Blues-rock americana
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
billyjjams.com, Spotify, Deezer, Amazon     

Avec Billy J. Jams, nous sommes en présence d’un authentique artiste de l’ombre, guerrier infatigable chez qui le rock’n’blues a été injecté dans les globules dès l’adolescence : sur scène depuis quarante ans, ce chanteur et guitariste originaire de Philadelphie s’est d’abord frotté au heavy metal et aux reprises, a assuré l’ouverture des concerts de Bruce Springsteen et de Cinderella, avant de poser ses amplis à Marco Island, en Floride, où il écume les clubs depuis un quart de siècle pour jouer, jouer et encore jouer. S’appuyant sur un fidèle public local et boosté par le succès d’un enregistrement de cinq titres en 2013, notre homme signe ici son premier véritable album : il s’agit d’une autoproduction capturée dans les conditions du direct aux Broccoli Rabe Studios, dans le nord du New-Jersey. En plus de ses grenadiers rythmiques habituels, Billy s’est entouré à cette occasion d’amis taillés pour le brutal : les bassistes Charlie Wooten, du Royal Southern Brotherhood, et Todd Smallie, équipier officiel de Derek Trucks, le violoniste J Robert et le batteur Yonrico Scott, malheureusement disparu depuis la session. Dans la tradition viscéralement ancrée aux Etats-Unis de la boîte à musique du samedi soir où s’entremêlent riffs, bière et maxi-burgers, le groupe passe en revue les canons du style en labourant avec talent le terreau du blues et du rock’n’roll, s’accordant une ballade par-ci, un crypto-funk par-là, jusqu’au bon groove jamaïcain sur le morceau ‘Push Push’. Sincérité, puissance et harmonie sont au rendez-vous, avec toutefois un timbre de voix qui pourrait faire craindre le chavirement au moment où il fricote avec les aigus. Le drille n’invente rien, personne d’ailleurs ne le lui demande, mais il manie sacrément bien les six cordes de son gratton, plaquant des solos vifs et tranchants sur les dix compositions du disque. D’aucuns diront que tel enchaînement rappelle Led Zeppelin, tel autre Steppenwolf, celui-là Deep Purple, et à la fin tout le monde aura raison. Car la force de Billy J. réside dans sa capacité de synthèse autour de la pulsation électrique, de l’énergie élémentaire, de la mélodie génératrice d’émotions lourdes, sans quitter des doigts le vieux fond du blues où bat le cœur des hommes. Alors une seule ligne de conduite s’impose face à cet opus quatre étoiles : respect et délectation.
Max Mercier

Cathy Grier + The Troublemakers
I'm All Burn

Genre musical: Blues, r’n’b, boogie 
Label : CG Music Works
Distributeur :
https://cathygrier.com/latest-album     

Une vie riche et pas une vie de riche, c’est un peu le parcours de Cathy Grier qui nous propose un quatorzième album. En vrac : longtemps elle a joué dans le métro new-yorkais, elle a créé un label, elle a baroudé à travers les States, elle a vécu en France (où elle a composé pour des artistes d’ici)… La liste est longue, mais toujours en musique depuis ses dix sept ans où elle a rencontré John Lee Hooker. Et là, seize titres d’un blues moderne où sa voix claire, mélodieuse et précise est accompagnée par ses Troublemakers habituels. Larry Byrne à l’orgue, Tony Menzer à la basse, Jamey Clark à la batterie et Jim Ohlschmidt à la seconde guitare car Cathy Grier est aussi une bonne guitariste, elle joue de la cigar box et du sitar et en prime elle a la joie de vivre ! En plus de ces Troublemakers de base, il faut ajouter les suppléants pour les cuivres, les harmonicistes, slideur, claviéristes, percussionniste. En tout une quinzaine de musiciens venus apporter leur aide. Ses compositions recouvrent un registre assez large qui va du rythhm’ n’blues de la meilleure facture ‘I’m All Burn’ (avec une partie de sitar, qui passe très bien), ‘Down On My Knees’, à la soul ‘Easy Come Easy Go’, en passant par le boogie ‘Key To My Survival’ ou le funk ‘Keep You Out’, ‘Protecting My Heart’ bien sûr du pur blues ‘Get Me Away’, ‘Backroad Blues’, ‘Happiness Blues’ et même la reprise de ‘Ode To Billy Joe’. Cathy Grier est une artiste qui mérite d’être beaucoup plus connue que ce soit en groupe ou en solo avec une cigar box ‘Cathy’s Bike Song’. A vous de voir !
César

George Benson
Weekend In London

Genre musical: Funky
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE     

La captation a été faite au Ronnie Scott’s Jazz Club de Londres le 29 juillet 2019. Près de 45 ans se sont écoulés depuis que George Benson a joué pour la première fois au légendaire club de Soho. Depuis l’artiste a plutôt été habitué à se produire sur de plus grands plateaux, le présentateur l’introduit en annonçant : « Vous n’avez pas souvent des étoiles aussi grandes dans des lieux aussi petits, mesdames et messieurs. Soyez prêts à être éblouis… Mr. George Benson… ». A 76 ans il semble très en forme avec une voix chaude et envoûtante. Guitariste au jeu brillant et au groove irrésistible, à l’aise dans tous les registres, il a choisi une coloration funky pour cet évènement. Il est entouré d’une solide formation, Randy Waldman et Thom Hall aux claviers, Stanley Banks à la basse, Michael O’Neill à la guitare et Khari Parker à la batterie. George Benson ouvre la séance avec son incontournable classique ‘Give Me The Night’ enchaînant avec ‘Turn Your Love Around’. Suivront au fil de la soirée quelques standards comme ‘I Hear You Knocking’ de Dave Bartholomew, ‘Don’t Let Me Be Lonely Tonight’ de James Taylor, ‘The Ghetto’ de Donny Hathaway ou encore ‘Affirmation’ de José Feliciano. Le son est clair, l’ambiance est chaleureuse. L’album aligne 14 titres pour 72 minutes de plaisir durant lesquelles les 250 spectateurs ont dû savourer de grands moments.  
Gilles Blampain

Gunpowder
Gunpowder

Genre musical: Rock n'roll
Label : Découpage Records
Distributeur :
nineteensomething.bigcartel.com/product/
gunpowder-s-t, decoupagerecords@gmail.com
    

L’objet est limité à 300 exemplaires. Il faut saluer cette belle initiative : rendre hommage à un groupe Nantais des 80's, qui de son vivant n'avait jamais rien sorti, même pas un single. C'est chose faite. On peut situer Gunpowder dans l'axe australien New Christs - français Dogs. On pense aussi aux anglais des Dead Beats (vous vous rappelez cet excellent album On Tar Beach de 1985) voire des fois aux Lords of the New Church. Ils venaient de groupes nommés Phantom ou Flamingos, très connus sur la scène nantaise de cette époque. Après Gunpowder, certains sont partis chez Bench Club pour Patrick le bassiste, Blisters en ce qui concerne Roger le chanteur guitariste, et même Thugs/Lane, puisque Tesh le second guitariste est devenu leur ingé-son. L'objet qui sort ces jours-ci est un double 45 tours qui comporte 4 faces : 'Vampire Barbara', 'Outburst', 'Killing The Time/Vampire Barbara' (démo), 'Catch My Fault' et un insert rédigé par Alain Feydri (journaliste pour Nineteen, Dig it, entre autres, auteur d'un livre sur les Cramps et les Dogs), comportant également le témoignage d'amis comme Yannick Simon, à l'origine de cette édition, qui ont bien connu Roger Burdy, l'homme qui portait fièrement sa Gretsch. Gunpowder à l'écoute de ce disque, aurait pu devenir un grand groupe, mais le destin en a voulu autrement. Et puis, Roger Burdy nous a quitté pour jouer son rock'n'roll dans une autre dimension. Il aurait été fier de tenir ce disque entre les mains.
Juan Marquez Léon

Jack de Keyzer
Tribute

Genre musical: Blues rock n’soul
Label : Blue Star Records
Distributeur :
Zeb Productions     

Canadien multi primé des scènes blues nord-américaines, Jack de Keyzer nous propose un Tribute à l'histoire de la musique blues internationale. Accompagné de copains à qui on ne la fait plus, soit, Alain Duffy à la basse, Nick Succi aux claviers, Petter Grimmer à la batterie, Richard Thornton au saxophone, il livre un album traversé de boogies, soul-blues, un reggae et autres funk-blues d'enfer sans pour autant qu'on sache à qui vraiment il fait référence. Par contre, le latino 'Supernatural' nous ramène à Santana. On pense inévitablement au 'Going Down' de Don Nix à l'écoute de 'Coming Up'. ‘Shake What Your Mama Gave You' quant à lui est du pur Cream. George Benson est convié à placer son solo sur le très funk 'Just For The Funk'. A l’écoute de 'Forever' on pense inévitablement au 'Layla' de Derek and the Dominos, jusqu'à reproduire la fameuse intro ainsi que le célèbre échange de fines lames entre Slowhand et le Skydog de Macon-Georgie. Le tout est emballé dans une pochette au graphisme psychédélique du plus bel effet. C'est très agréable à écouter et en plus on peut jouer au quiz durant cette période de confinement. 
Juan Marquez Léon

Joe Bonamassa
Royal Tea

Genre musical: Crème anglaise
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE     

C’est comme un aboutissement dans sa vie de musicien. En janvier 2020 Joe Bonamassa a investi les studios d’Abbey Road pour rendre hommage aux idoles de sa jeunesse. Celles-ci sont britanniques. Jeff Beck, Eric Clapton en tête, mais également John Mayall et Peter Green ou Jimmy Page et encore Rory Gallagher. Ce n’est pas la première fois que le new-yorkais révèle sa passion pour le British blues. Il y avait déjà eu l’album British Blues Explosion Live en juillet 2016. Et il confie : « Si j’avais eu une machine à remonter le temps, je serais né en 1946. J’aurais eu 20 ans en 1966 et je serais venu vivre à Londres, là où tout se passait ». Pour avoir une vraie couleur locale Joe Bonamassa a dégoté des amplis Made in Britain dans les boutiques d’instruments de Denmark Street. Il aurait pu se contenter de reprises, mais les 10 chansons de Royal Tea ont été co-écrites sur place avec Bernie Marsden le guitariste de Whitesnake, Pete Brown qui fut le parolier de Cream et le claviériste Jools Holland pour ne citer que ces trois-là. Joe Bonamassa n’est pas venu seul à Londres, il est une fois encore accompagné par ses fidèles compagnons Anton Fig à la batterie, Michael Rhodes à la basse et Reese Wynans aux claviers. Toujours avec une puissance de jeu infaillible, un bon groove et une palette musicale assez large Joe Bonamassa nous entraîne dans diverses ambiances allant du rock progressif à une pop mélodique, installant là des riffs heavy accrocheurs, autre part un boogie bien marqué ou un blues inspiré. Royal : assurément !
Gilles Blampain

John Fogerty
Fogerty's Factory

Genre musical: Americana
Label : BMG
Distributeur :
SONY MUSIC     

Ah! Ah! Ah! On imagine sans peine la mine dépitée du futur ex-locataire de la Maison Blanche (bon vent !) quand Fogerty a désavoué l'emploi de 'Fortunate Son' lors des meetings pré-électoraux. L'occasion de rappeler que cette chanson visait avant tout les nantis qui avaient bénéficié de passe-droits pour éviter la boucherie du Vietnam... ce qui était précisément le cas du dangereux guignol, dispensé pour d'obscures raisons. A croire qu'il n'avait pas écouté les paroles... ou pas compris, peut-être. On ne résiste pas au plaisir de citer la liste (non exhaustive) des artistes (ou héritiers) qui lui ont dénié le droit d'utiliser leur musique : REM, Aerosmith, Cohen, les Stones, Neil Young, Queen, Blondie, Green Day, Guns & Roses, jusqu'à Village People. Un vrai Hall of Fame ! Pour être complet il faut tout de même citer un chroniqueur parisien en vue, qualifiant en 1970 la musique de Creedence Clearwater Revival de « réactionnaire ». Ceci dit, si musicalement parlant, le confinement nous a valu quelques pénibles séances en-direct-du-placard-à-balais, ceci constitue réellement une très bonne surprise. John Fogerty, que l'on sait quelquefois rigide, se montre bien plus détendu ici, entouré de sa fille et ses deux fils. Et voici donc rassemblées en album les versions dépouillées que l'on a pu découvrir sur Youtube (on recommande avant toute chose la version champêtre de 'City Of New Orleans' parmi les ânes et les poneys). Mais y figurent aussi quelques énormes classiques de Creedence, d'autres titres de sa carrière solo, et donc l'une ou l'autre reprise. Et c'est naturellement un plaisir absolu.
Marc Jansen

John Fusco and the X-Road Riders
John The Revelator

Genre musical: Blues du Sud et du Nord 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Deezer, Amazon     

Ce garçon a l’art d’allumer, avec brio, des images dans nos esprits avec les nouvelles, les chansons et les films (entre autres Young Guns et Crossroads) qu’il écrit. Il possède aussi une sacrée voix légèrement éraillée et sait manier avec feeling le piano, l’orgue (B 3 Hammond) et la guitare. Certains humains ont le pouvoir de réussir tout ce qu’ils tentent. Lui l’a, c’est sûr. On n’est pas dans la démonstration d’un type qui bombe le torse pour montrer ce qu’il sait faire. Ce double album avec livret est celui d’un véritable artiste possédé par le blues et qui avec humilité, également, le possède. Cet album baptisé John The Revelator, est aussi le titre d’ouverture qu’il reprend d’une manière vibrante, envoutante, presque inquiétante. Son blues est définitivement moderne mais va puiser profond aux racines du genre pour en tirer un des meilleurs élixirs qui soit. Pour ce faire et nous proposer une vingtaine de morceaux, deux équipes se sont partagées le travail. Ceux du Sud (Cody Dickinson, Risse Norman, Sarah Morrow) et ceux du Nord (Patrick Ross, Mark Lavoie, Baby J, Josh Clinger, Dan Alario… et quatre choristes) A noter le travail du grand Bobby Whitlock qui n’a pas touché à ses instruments mais qui a réalisé la peinture qui orne ce CD. En tout, deux reprises et dix huit compositions vous entraînent dans des histoires qui sentent le vécu ou tellement bien écrites et bien racontées qu’il suffit de se laisser emporter comme pour ce ‘Bad Dog’ qui dure plus d’une dizaine de minutes ou cette chanson ‘Song For Peter’ avec juste ce qu’il faut d’accompagnement ; aussi puissante que celles du Bob Seger de la grande époque. A noter le travail de la tromboniste Sarah Morrow sur certains titres, entre autres ‘Hotest Part Of The Flame’ où elle joue à cache-cache avec la slide, ‘Good Money After Bad’ où elle donne de grosses pulsions, ‘It Takes A Man’ où elle est entraînante. En écho à la voix de John Fusco, le violon de Patrick Ross vient voleter sur deux titres ‘Applejack Brandy’ et ‘Language Of Angels’. En bref, avec ce double album, il y a la petite étincelle en plus qui pour moi en fait une des meilleures sorties de l’année 2020, tout simplement.
César

Jon Strahl Band
Heartache And Toil

Genre musical: Blues, rock, soul 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Jonstrahlband.com/heartache-and-toil, Spotify, Deezer

John Strahl, voilà un artiste dont devrait entendre parler de plus en plus tellement ses productions vont crescendo dans le sens de l’amélioration. Un premier EP 5 titres Can’t Look Back avait attiré la lumière sur lui, puis vint l’heure d’un premier album The Ladder qui confirma l’essai. Enfin, ce second CD avec une douzaine de compositions nous arrive en pleine face avec une joie de jouer palpable. Electrique, acoustique slide, ces six cordes sont toutes bonnes pour faire passer le feeling grâce à des arrangements soignés. On sent que ce type, dont la voix se rapprocherait de celle d’un John Fogerty, a baigné dans la musique toute sa vie et que les influences ont été nombreuses. Ses acolytes sont le claviériste Bill Mallers, le batteur Nick Mallers et le bassiste Mitch Millhoff aidés dans le boulot (pas sur tous les titres) par une section cuivres convaincante. Le batteur possède un jeu riche, fin et nuancé tout en tapant fort quand il le faut. La basse est bien ronde et on entend parfois les cordes qui claquent fort comme sur la fin de ‘Hey Yeah, All Right’ le morceau qui figure en ouverture et qui réussi bien son travail d’accroche grâce à un blues mâtiné de rock qui ravage tout sur son passage. Les cuivres et la voix y sont pour beaucoup. Pour enfoncer le clou, on continue dans un style swamp rouleau compresseur ‘How Long’ où la guitare est bien saturée, comme elle l’était d’ailleurs dans la première chanson. ‘Heartache And Toil’ est comme un long fleuve tranquille avec un beau solo de guitare. ‘The Right Thing’ prend des allures « Beatlesiennes ». ‘Lose My Mind’ nous projette à la Nouvelle Orléans. ‘Can’t Look Back’ est une reprise d’un titre vitaminé qui figurait sur l’EP, l’orgue y est roi et la slide lui donne la réplique. ‘The Weight I Feel’ est de la pure soul comme on en fait presque plus. ‘Leave Me Alone’ est dans la continuité du précédent. Avec ‘The Only Ones’ on attaque le rayon rhythm n’blues et tout le monde se lève pour danser, une fois de plus, cuivres brillants et voix qui pousse, ça pulse ! ‘Day After Day’ est une belle ballade où la voix est encore à l’honneur. Pour ‘So Real’, après une intro à la guitare acoustique, l’orchestre attaque à l’unisson pour finir sur un duo guitare / orgue du plus bel effet à la manière de l’ABB. Tiens, déjà le dernier morceau ‘Indiana Moonrise’ pour le quel les musiciens se reposent et laissent seul John Strahl et sa guitare acoustique.  Beau travail !
César

Kenny Wayne Shepherd Band (CD + DVD)
Straight Out Live

Genre musical: Blues, rock, soul etc.
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE     

Il n’avait pas sorti de live depuis dix ans. Le show a été enregistré le 7 Novembre 2019 au Jazzstage de Leverkusen pour l’émission de télévision allemande Rockpalast. Kenny Wayne Shepherd est accompagné par Noah Hunt principalement au chant et quelquefois à la guitare, Chris Layton à la batterie, Joe Krown aux claviers, Scott Nelson à la basse, Joe Sublett au saxophone et Mark Pender à la trompette. Un vrai feu d’artifice de riffs, précis, rapides, fluides, appuyés par une section de cuivres plutôt dynamique. Le CD (79 minutes) présente 12 titres, le DVD (87 minutes) 13, le titre supplémentaire est ‘Mr. Soul’ de Neil Young et on se demande pourquoi il n’est pas sur le CD. Le Louisianais est en grande forme et le show démarre très fort avec ‘Woman Like You’. La set list est principalement composée de chansons de Kenny Wayne Shepherd mais le band reprend quelques standards comme ‘Talk To Me’ d’Elmore James, ‘Turn To Stone’ de Joe Walsh, ‘I’m A King Bee’ de Slim Harpo pour finir par une superbe reprise de ‘Voodoo Child (Slight Return)’ de Jimi Hendrix qui dépasse les 11 minutes. Avec une performance live qui enflamme l’auditoire cet album met bien en valeur le chemin parcouru par Kenny Wayne Shepherd depuis 25 ans.
Gilles Blampain

King Kong Blues
Bam Bam !

Genre musical: Rock'n’roll, raw blues
Label : LE PASSAGE
Distributeur :
king-kong-blues.le-label-pas-sage.fr     

On avait dit tout le bien qu'il fallait penser de ce trio bordelais lors de la sortie en 2018 d'un premier album incendiaire, Make Rock'N'Roll Great Again. Revoici donc King Kong Blues, plus déterminé que jamais, qui s'en est allé à Bilbao enregistrer ce second opus, produit par Martin Guevara. Et disons-le tout net, si le titre est approprié, le résultat ne déçoit pas ! Voici douze nouveaux brûlots, douze déflagrations balancées avec une belle unité de ton. Ils se revendiquent de Robert Johnson et de Jon Spencer, on y ajoutera le hard rock'n'roll à la Jim Jones, et les groupes français indépendants des eighties. Boogie fiévreux, rock'n'roll rageur, titres saignants, mais qu'on ne s'y trompe pas, ces gens-là sont capables de nuances. Engagés sans être militants, ils s'expriment essentiellement en français (on note un hommage à Dutronc avec 'Les Filles') mais proposent un titre en espagnol (‘Gato Negro') et trois autres en anglais (dont une reprise de "Got My Mojo Working' combinée à l'intro du fameux 'Brand New Cadillac', et 'Rumble In The Jungle' sur un texte de Muhammad Ali). Les grincheux souligneront peut-être le fait que certains riffs sentent plutôt le recyclé, on leur rira au nez, tant cet album est addictif. Et on soulignera aussi la fantastique initiative d'un groupe décidément combattif : plutôt comme certains de pleurnicher sur l'absence de concerts et de contact avec le public, KKB va à la rencontre de celui-ci, proposant son album sur les marchés. Ce n'est peut-être pas dans vos habitudes, mais surveillez tout de même vos marchés locaux.
Marc Jansen

Lenny Lafargue
Unplugged Secret

Genre musical: Acoustique
Label : Bontempsrouler
Distributeur :
inOuïe Distribution, iTunes, Spotify, Deezer     

Cette fois il a débranché son ampli, ce qui est plutôt inédit dans sa carrière, pour graver un album d’une dizaine de titres. Pour ce neuvième enregistrement, Lenny Lafargue a sorti sa Gibson pour une blues party sudiste, avec des compositions originales de son cru en français et en anglais et des reprises en hommage à trois grands maîtres américains, ‘Mopper’s Blues’ de Big Bill Broonzy, ‘Early This Morning’ de Blind Blake et ‘Candyman’ du Reverend Gary Davis. Il est entouré à cette occasion par Philippe Eliez et Pascal Charbonnier qui se succèdent à la batterie, Greg Ricoy à la basse et à la contrebasse et Laurence Plavata à l’accordéon. La session acoustique sied particulièrement bien à la fluidité de son jeu qui permet d’apprécier la clarté de la note que souligne une certaine légèreté non dénuée de vivacité. La voix qui diffuse une douce mélancolie sans sombrer dans la déprime est chaude, expressive, porteuse d'une réelle sensibilité. Le CD se termine sur une superbe pièce instrumentale aux couleurs de la verte Erin, ‘Streets Of Dublin’. Le travail sur le son est impeccable et l’album affiche une sobre élégance. Un vrai travail d'artisan exécuté avec soin et talent qui s’écoute avec plaisir. Un excellent millésime, en terre bordelaise on pourrait appeler ça un château Lafargue.
Gilles Blampain

Paul McCartney
I I I

Genre musical: On ne présente plus!
Label : MPL
Distributeur :
CAPITOL     

Les disques de McCartney qui ont souvent été éreintés, accusés par la critique 'bien-pensante' d'œuvres mièvres, voir gnan-gnan, comparés à ceux de son comparse à lunettes rondes, se voient depuis quelques temps réhabilités à leur juste valeur. Des disques par un musicien complet et multi instrumentiste, ouvert aux expérimentations les plus diverses (son projet The Fireman), à la musique classique (ses oratorios, ses musiques de ballet), et toujours revenant au pur rock'n'roll (Снова в СССР, Run Devil Run...). Ce 'McCartney III' entre dans la catégorie de ses home-studios, en solo, dont on peut dire que Paulo est un des pionniers. 1970 marque la fin des Beatles et il s'enferme chez lui avec femme et enfants pour produire McCartney. 1980 marque la fin des Wings, et il nous sort McCartney II, album où il expérimente les machines. A noter qu'à l'époque déjà du Double Blanc en 1968, 2 titres sont enregistrés ainsi, et puis on peut aussi citer parmi les derniers excellents albums Chaos And Creation, In The Backyard, Memory Almost Full, Egypt Station, des titres où il joue de tous les instruments. Et voilà 40 ans après (c'est l'âge qu'avait Lennon quand il fût assassiné) cet album. Finissant de boucler une commande pour le cinéma dans sa ferme studio Hogg Hill Mill dans le Sussex, il se trouva, comme nous tous, confiné. Et là, lui vint à nouveau l'idée de poursuivre cette aventure du One Man Band. L’état des lieux. 'Long Tailed Winter Bird' ouvre l'album. Un instrumental qui est le premier morceau enregistré. 'Find My Way' est le single de l'album. Il comporte 2 pistes de batteries ainsi que 2 parties de basses. 'Pretty Boys', ballade nostalgique et acoustique au sujet des modèles qui posent pour les photographes. Sa voix est désormais fragile, chevrotante et rocailleuse ; un McCartney que nous ne connaissions pas. Il a 78 ans aujourd'hui quand même ! Il utilise sur quelques titres, comme ici, la contrebasse que l'on voit sur la pochette intérieure, la Kay M-1 upright bass de Bill Black, contrebassiste d'Elvis Presley, puisqu'il en est l'heureux propriétaire. 'Women And Wives' inspiré par la lecture d'une biographie de Leadbelly, on pense aux derniers albums de Johnny Cash. Même ambiance crépusculaire. Superbe ! 'Lavatory Lil'. Pour celle-là il sort une Telecaster millésimée 1954, et nous balance un blues-rock dont Lennon aurait été fier. 'Deep Deep Feeling', sans conteste, un des meilleurs titres de l'album, le plus long aussi. Vaporeux, expérimental. 'Slidin', un titre dont il avait commencé l'enregistrement il y a 4 ans avec 2 de ses musiciens de scène. J'aurais juré que c'était Queen Of The Stone Age ou Eagles Of Death Metal qui jouait. Il a fallu que je regarde le livret pour vérifier ! 'The Kiss Of Venus'. Retour au Paulo que nous connaissons tous ; ballade à la guitare acoustique, clavecin. Ce baiser est le moment où la Terre est au plus près de Vénus. 'Seize The Day', la plus Beatles de l'album. Au sujet du lockdown, 'Deep Down'. Splendide, dans le style soul de la Motown. 'Winter Bird/When Winter Comes'. Rappel du thème du départ pour boucler le disque, puis un titre des sessions de Flaming Pie de 1997, Maca seul à la guitare acoustique et produit par George Martin, comme à l'époque de 'Blackbird', chanson à laquelle on pense ; comme un clin d'œil au passé. Mais McCartney vieilli bien, va toujours de l'avant et nous sortira encore des disques de cette trempe, III est à ranger tout près de ses meilleurs.
Juan Marquez Léon

Selwyn Birchwood
Living In A Burning House

Genre musical: Swamp funkin’ blues
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC     

Avec ce troisième album chez Alligator, enregistré sur ses terres aux Phat Planet studios à Orlando en Floride, Selwyn Birchwood confirme qu’il possède une vraie profondeur artistique. Dès le premier titre ‘I’d Climb Mountains’, on retrouve cette ferveur qu’on lui connaît. Avec sa voix râpeuse, un chant agressif et un son rageur, brut, croustillant, qu’il joue de la guitare ou de la lap-steel. Il définit lui-même sa musique d’electric swamp funkin’ blues. Et affirme : « Je raconte mes histoires à ma manière, avec ma propre voix.Vous ne m'entendrez jamais sur scène chanter les chansons de quelqu'un d'autre.Muddy Waters, B.B. King et John Lee Hooker ont tous raconté leurs propres histoires.C'est ce que je suis en train de faire ». Il suit donc son propre chemin avec 13 nouvelles compositions originales, s’appuyant sur la tradition pour emmener le blues dans une direction résolument moderne. Il est entouré par Regi Oliver (saxophone baryton, ténor et alto et flûte piccolo), Donald ‘Huff’ Wright (basse), Philip ‘Squeak’ Walker (batterie) et Walter ‘Bunt’ May (Hammond B3, Wurlitzer, piano). Diunna Greenleaf est venue prêter sa voix pour un duo sur la chanson ‘Mama Knows Best’. Produit de main de maître par Tom Hambridge, Living In A Burning House déborde de vitalité. Feeling et groove sont présents à chaque instant.
Gilles Blampain

Théo Charaf
Théo Charaf


Genre musical: Folk
Label : WITA
Distributeur : BACO

Déjà, c’est un disque de folk dépouillé, mélancolique et brumeux, le premier album d’un jeune homme vivant dans les environs de Lyon. Sa devise doit être quelque chose comme : De la sobriété avant toute chose, une voix, une guitare, pas plus, rien de trop, tant Théo Charaf semble rétif aux démonstrations émotionnelles, qu’il s’agisse de ses cordes vocales, de son poignet droit ou de ses doigts de la gauche, accords et picking. La voix, plutôt grave, dessine les chansons en pointillés, par inflexions mélodiques. La guitare trahit, elle aussi, l’humilité du musicien, toujours soucieux de ne pas laisser l’instrument détrôner la voix, mais son jeu est solide et toujours bien foutu. A l’évidence, Charaf est un bon guitariste. D’ailleurs, exception faite du dernier titre repris de Skip James, ‘Hard Time Killing Floor’, la guitare est enregistrée en sourdine du chant. Pour autant, ça ne signifie pas que la guitare soit inexpressive ni que le chant soit plat. Au contraire, la nudité des chansons fait percuter la moindre intention mélodique, et révèle petit à petit le fleurage lumineux de cette tapisserie dérobée. L’exception de l’album, le dernier titre donc, avec ses graves menaçants et ses vibratos appuyés, témoigne de ce dont Charaf est capable quand il laisse parler les cordes et respirer la caisse. Le disque propose quatre reprises (Dylan, Townes Van Zandt, Skip James), toutes remarquables, en particulier les deux de Skip James, l’autre étant, bien sûr, ‘Devil Got My Woman’, dans une interprétation tout aussi personnelle que ‘Hard Time’. Théo Charaf n’est pas un perroquet. Les titres sont courts. Cet album d’ambiances pour une solitude s’exhale tout seul, comme un nuage, sans jamais peser. Peut-être lui manque-t-il un mobile, autre que celui de vouloir justaposer dix titres, une vue d’ensemble qui lui donnerait le caractère d’une œuvre. Dommage, car la matière première est là : le minerai poétique et sa pépite de mystère…
Christian Casoni



Tyler Bryant & The Shakedown
Pressure

Genre musical: Heavy
Label : Snakefarm records
Distributeur : UNIVERSAL

Groupe à la réputation scénique bien établie, cloué à la maison par la pandémie, décision fut prise d’enregistrer cet album en home studio.« Il y avait d'innombrables limites à faire cet album en confinement. Mais ces limites nous ont finalement alimenté de manière créative. Nous n'avions pas de règles et les barrages que nous avons rencontrés nous ont obligé à trouver d'autres moyens » explique Tyler Bryant. Depuis leur précédente production le bassiste Noah Denney a quitté le groupe et n’a pas été remplacé. Mais cette absence est comblée par l’énergie des trois membres restant. Tyler Bryant assure le chant et tient la première guitare, accompagné par Graham Whitford à la deuxième guitare et Caleb Crosby derrière la batterie. Fort, simple, efficace, avec des riffs entêtants au son distordu, des élans mélodiques tonitruants, le band de Nashville envoie toujours une musique brute, exubérante, un son hard blues avec des sonorités de southern rock. S’il ne révolutionne pas le genre, en bon faiseur le trio ne manque pas d’originalité. Tyler Bryant partage le chant à deux reprises, sur ‘Crazy Days’ avec sa compagne Rebecca Lovell (moitié de Larkin Poe) et sur ‘Holdin’ My Breath’ avec Charlie Starr de Blackberry Smoke.
Gilles Blampain

United Guitars
United Guitars Vol. 2

Genre musical: Rock instrumental  
Label : Mistiroux Productions
Distributeur : L’Autre Distribution

En décembre 2019 sortait le premier volume United Guitars à l’initiative du guitariste Ludovic Egraz et de la productrice Olivia Rivasseau. Ce projet collaboratif unique autour de la musique instrumentale réunissait en studio de nombreux virtuoses de la 6 cordes électrique avec de véritables sections rythmiques. Ce premier opus présentait 23 musiciens obsédés de rock sans paroles, forgeurs de shred, ambassadeurs du blues-rock, cogneurs de metal, opérateurs de fusion, artisans du prog-rock, activistes du funk et de world music. Début 2020 la crise du covid n’a pas empêché l’équipe de remettre le couvert pour un nouvel album. Cette fois se sont 29 talentueux guitaristes venus d’horizons musicaux différents, certains nés de la scène, d’autres émanant d’internet, mais tout aussi fougueux que leurs prédécesseurs. Tous les citer serait un peu long, alors nommons seulement l’unique femme du groupe : Nina Attal. Les sessions d’enregistrement ont eu lieu fin août, avec comme section rythmique François C. Delacoudre et Nicolas d’Avell à la basse et Yann Coste et Nicolas Viccaro à la batterie. Les interventions aux claviers sont de Victor Mechanick. Résultat, 2 CD (8 titres/42 minutes et 9 titres/46 minutes) sans reprises de standards mais uniquement constitués de créations originales. Une création et une réalisation 100% Made in France.
Gilles Blampain