blues again en-tete
01/22
Chroniques CD du mois Interview: MOONWISE Livres & Publications
Portrait: LUTHER ALLISON Interview: ZACHARIE DEFAUT Dossier: MOUNTAIN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JANVIER 2022

Chuck Berry
Live From Blueberry Hill

Genre musical: Rock'n'Roll   
Label : Dualtone Records
Distributeur :
ADA, Apple Music

On ne présente plus celui dont John Lennon disait que son nom était synonyme du rock and roll lui-même et que Bob Dylan appelait le ‘Shakespeare du rock and roll’. L’artiste qui a codifié le son et le langage de ce genre musical. Le grand Chuck Berry aurait fêté ses 95 ans en octobre 2021. Cet enregistrement est un instantané de sa prestation dans son club favori de Saint Louis.
En 1996, lui qui s’était produit sur les plus grandes scènes du monde entier, confie à son ami de longue date, Joe Edwards, propriétaire du bar et restaurant Blueberry Hill : « Tu sais, Joe, j'aimerais jouer dans un endroit de la taille de ceux où j'ai joué à mes débuts ». « Faisons-le au Blueberry Hill » lui dit Edwards. A l'époque, aucun des deux n'auraient pu imaginer que leur partenariat déboucherait sur une série de 209 concerts - programmés plus ou moins mensuellement - sur une période de 17 ans et demi. Le band accompagnateur est constitué par Charles Berry Jr. à la guitare, du bassiste Jimmy Marsala, du batteur Keith Robinson et du pianiste Robert Lohr. A travers une dizaine de titres qui sont devenus des standards incontournables, ‘Roll Over Beethoven’, ‘Rock and Roll Music’, ‘Sweet Little Sixteen’, ‘Nadine’, ‘Johnny B. Goode’ ou encore ‘Let It Rock’, avec la fille de Chuck, Ingrid, à l'harmonica, cet album restitue des extraits de soirées qui se sont déroulées entre juillet 2005 et janvier 2006. Pour mémoire c’est dans ce club que Chuck Berry a donné son dernier concert en 2014. La qualité sonore n’est pas un modèle du genre mais le disque s’écoute comme le souvenir touchant de celui qui a influencé plusieurs générations de musiciens qui ont laissé, à leur tour, leurs empreintes dans la musique populaire du XXe siècle.
Gilles Blampain

Good Rocking Cajun
Lâchez-Les

Genre musical: Louisianais
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.facebook.com/roger.morand.3
    

Tout est dans le nom du groupe. On a bien affaire à une musique festive qui nous entraîne en Louisiane. Et là attention, c’est une fusion de rythmes aux saveurs des plus excitantes, ça virevolte, ça trépigne, ça sautille, ça frétille. La prestation est chaude, riche et vibrante. Il y a derrière chaque note de l’épaisseur, du corps, mais aussi une belle âme. Pas question de rester statique, c’est un orchestre de danse, un band qui accompagne la fête. On sent que le plaisir de jouer est là, tout est interprété avec souplesse et élégance, et c’est peu dire que le résultat est excellent. Jean-Marie Ferrat est à la guitare, Eric Chasseigne à basse, Michel Zarddroz tient la batterie et il y a surtout pour la couleur locale, Roger Morand et son mélodéon, mêlant chansons francophones et anglophones avec des compositions originales, des classiques du répertoire cajun comme ‘Pine Grove Blues’, ‘La Porte En Arrière’, ‘Johnny Peut Pas Danser’ et de savoureuses reprises de rock fifties, ‘Blue Moon Of Kentucky’, ‘Matchbox Blues’, ‘I’m Walking’, ‘Just Because’, ‘Little Queenie’… Les chansons s’enchaînent sans faille et la température monte au fur et à mesure. La pulsation est forte et bien portée par une formation au top pour un moment de liesse sans retenue. Un grand souffle parcourt cette belle production.
Gilles Blampain

Junkyard Crew
Life Slides

Genre musical: Fusion blues rap, Mississippi blues et bien d’autres.... 
Label : Z PRODUCTION
Distributeur :
InOuïe Distribution    

Life Slides est né de la collaboration entre Manouche Fournier et Jean Crozat. Le premier séjourna longtemps dans le sud des Etats-Unis, en Louisiane plus particulièrement, où il s’est nourri de sa culture et de sa musique. Jean quant à lui, a fait ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique en trombone basse classique et a participé à différents big bands. Enregistrée au Studios de la Ruche sous la direction de Julien Espinoza et masterisée par François Fanelli, la galette a bénéficié du coup de main d’une bande de copains musiciens. Antonin Leymarie est à la batterie et au piano, David Doris aux percussions et aux chœurs, tandis que Rémi Gaudillat et Loic Bachevillier soufflent dans la trompette et le trombone. Aux premiers instants de l’écoute, on est immédiatement plongé dans la moiteur des champs de cannes à sucre de la Louisiane, avec ce son caractéristique du résonateur. Mais l’illusion ne dure que quelques secondes, avant de baigner dans l’univers de Junkyard Crew. Sousaphone (cousin de l’hélicon et du tuba) et National en première ligne, ‘Going Down’ est une petite merveille aux intonations blues rap hip-hop, avec solo de bottleneck accompagné de percussions africaines. Etonnant, non !?... On poursuit la visite avec une entame au didjeridoo sur ‘Death Comes Creeping’ suivie de trompettes de fanfares de La Nouvelle-Orléans… C’est ébaubissant car le mix des genres est incroyablement efficace et captivant. On change d’ambiance avec ‘La Facture’, morceau de musique Créole chanté et animé par leur ami réunionnais David Doris. Sur un rythme bouillant et funky, dotée d’une ligne de basse et percussions de folie, ‘Whatcha Gonna Do – Reloaded’ sonne à la manière des Californiens de Big Soul. Les styles s’enchaînent tantôt en anglais, tantôt en français, pour finir sur une ballade rap. A la première audition on est déconcerté par cet alliage acoustique peu banal, mais l’album est puissant, détonnant, habillé de sous-basses sorties de l’immense cône de cuivre, habituellement confiées aux grosses cordes. Life Slides est un mélange explosif où alternent les genres musicaux, passant du Vieux Sud aux Antilles, avec lequel les Junkyard Crew partagent avec nous leurs tribulations décomplexées et nous entraînent sur « les toboggans de la vie »… Un groupe à suivre : il n’a assurément pas fini de nous surprendre.
Nine Girard 

Keb' Mo'
Good To Be

Genre musical: Americana, blues, soul 
Label : CONCORD RECORDS
Distributeur :
UNIVERSAL    

Pour cette nouvelle production on dit que Keb’ Mo’ a su allier avec subtilité la force et le groove de sa ville natale de Compton en Californie avec le son de Nashville où il vit et travaille depuis onze ans. Puisant dans la country, le folk, le blues et la soul, les chansons qu’il interprète tissent des liens étroits entre tous ces genres. Certaines compostions datent du début des années 70, d'autres de quelques mois seulement, Keb' Mo', comme de nombreux artistes, ayant dû annuler ses shows pendant plus d'un an à cause de la pandémie.  Good To Be a été coproduit avec Tom Hambridge et Vince Gill légende de la musique country, qui a supervisé trois des 13 titres de ce disque. Quelques invités ont été conviés à cet enregistrement, le chanteur Darius Rucker en duo sur ‘Good Strong’, le groupe Old Crow Medicine Show pour ‘Medecine Man’ et Kristin Chenoweth qui pose sa voix sur ‘Quiet Moments’. La prestation est parfaite et l’ambiance qui s’en dégage est veloutée. Le style est clair et fluide, et avec cette voix de crooner et des mélodies pleines de délicatesse et de feeling c’est à la fois élégant et sexy. « Je crois que la musique a le pouvoir de guérir », explique Keb' Mo’, « et je voulais que cet album permette aux gens de se sentir bien. Je voulais qu'il apporte de la joie et qu'il les fasse peut-être réfléchir à leurs origines et aux voyages qui les ont amenés là où ils sont ». Pari gagné !
Gilles Blampain

King Buffalo
Acheron

Genre musical: Stoner-rock psychédélique
Label : STICKMAN RECORDS
Distributeur :
https://kingbuffalo.bandcamp.com/, Spotify, Amazon    

On affronte les difficultés différemment selon les personnalités. On peut se sentir accabler, on peut n’y voir qu’une voie sans issue. King Buffalo est un trio de Rochester, dans l’État de New York. Son premier album, Orion, est sorti en 2016. King Buffalo a tranquillement vécu la vie d’un groupe de stoner-rock, publiant un album tous les deux ans selon ses moyens, tournant selon les opportunités. Et puis les opportunités se sont tues. Alors King Buffalo a débordé d’activité : le Live At Freak Valley en 2020, et puis The Burden Of Restlessness en 2021. Il devait être l’album du renouveau, gorgé d’inspiration et de créativité. L’après-COVID ne fut pas si rose, aussi King Buffalo se replia sur lui-même. Il décida de capter un nouvel album, cette fois en direct. Et pour ajouter à cette immersion hors du monde, la captation se fera… dans une grotte. Le groupe s’enterre, à tous les sens du terme, et sort ce second album de 2021 nommé Acheron. Les références à la mythologie sont nombreuses, mais là n’est pas le plus important. Ces quatre pièces de musique mêlant psychédélie, heavy-stoner et electronica tranchent avec leur prédécesseur studio par leurs durées et leur audace. Empêché de concert, King Buffalo semble jeter toutes ses forces dans la création. Et il est incontestable que le trio vient de signer un chef-d’œuvre. The Burden Of Restlessness souffrait de peu de défauts. Acheron s’impose par son intensité. Ce set dans la grotte propose quatre voyages sonores convoquant tous les sentiments humains, mais plus généralement la mélancolie, la colère et l’espoir. ‘Shadows’ et ‘Acheron’ se démarquent de par leur intensité, mais leurs deux compagnons ne sont pas moins bien construits et interprétés. King Buffalo vient de signer un album majeur que l’on écoutera encore dans vingt ans, j’en suis garant.
Julien Deléglise

Lady A
Satisfyin'

Genre musical: Funk blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Israbox-music, Spotify, Apple Music    

Originaire de Seattle, Lady A est née en 1958 sous le nom d'Anita White. A l'âge de 5 ans, elle commence à chanter au sein de sa famille, où la musique est reine. Dans les 80's, elle intègre un groupe spécialisé dans les reprises Tamla Motown. Bien rodée, elle va former ensuite son propre groupe : 'Lady A And The Baby Blues Funk Band'. Après de nombreux Awards bien mérités, elle obtient le surnom de 'The Hardest Workin' Woman In Blues And Soul'. Auteure, militante, DJ en radio, admiratrice de la chanteuse Denise LaSalle, Lady A possède une voix chaude pour un feeling positif. Sa volonté est de capturer le vrai son de la soul de Seattle. Sa musique est aux frontières du blues, du gospel, de la soul et du funk. Satisfyin' est donc son 9ème album, et il brille par une production aux petits oignons ; le responsable ? Le Pasteur John Oliver III à qui ce disque est dédié. Multi-instrumentiste, il assure une bonne partie des titres, comme ce 'Brighter Day' bien envoyé, où ils ne sont que deux pour déployer toute cette énergie. Le titre éponyme pourrait être un inédit de Prince, la guitare est tenue par Herman Brown, et c'est la classe ! 'Miss Beula Mae' semble avoir été enregistré en club, public très chaud ! Ce titre me fait penser à du Tom Jones remonté en mode funky +. Les cuivres, comme dans l'ensemble de l’album, sont un peu comme la carrosserie d'une belle automobile, dont le moteur serait la voix de Lady A, rassurante, chaude et puissante. 'Blues On My Mind' est un hommage à Nina Simone ; ce qui est étonnant est la présence d'un harmonica (Joe Seamons), instrument que je n'ai jamais entendu chez la Nina. Quant à 'Enjoy Your Life', encore réalisé en duo, le conseil de Lady A prend des couleurs latinos. Et si vous recherchez un bon exemple de gospel funk, jetez-vous sur 'For The People In The Back', un des temps forts de l'album. 
Juan Marquez-Léon

Mississippi MacDonald
Do Right, Say Right

Genre musical: Contemporary Blues
Label : Another Planet Music
Distributeur :
Awal, Bandcamp, iTunes, Spotify, Amazon    

Londonien d’origine, il s’est exilé au Etats-Unis pour mieux s’imprégner de la chaleur des notes, des teintes de cuivre et remonter la source de ses inspirations. Il y rencontra B.B. King, Pinetop Perkins, Otis Clay et Sam Moore entre autres, mais le déclic avait eu lieu bien plus tôt, alors qu’il n’avait qu’une douzaine d’années, lorsqu'il vit Chuck Berry aux pavillons de Plymouth… Mississippi MacDonald était né. Tombé dans les bacs le 19 novembre dernier, Do Right, Say Right, sixième galette signée de son nom, est une petite merveille d’efficacité, de blues sincère sans démonstration ni prétention. Neuf titres sont réunis sur la rondelle, huit compositions et une reprise, ‘Your Wife Is Cheating On Us’ de Denise Lasalle. Depuis la sortie de son premier disque en 2014, MacDonald n’a eu de cesse de fédérer autour de lui une équipe solide composée de quatre musiciens chevronnés, qui créent intuitivement le son recherché. Phil Dearing assure les parties de guitare et claviers, il est également producteur de l'album chez L Sound à Londres, Elliot Boughen et Mark Johnson-Brown sont les gardiens du tempo, respectivement basse et batterie, tandis que Lucy Dearing ajoute avec sensualité les chœurs. Roots et débordant d’âme, cette musique oscille entre les légendes du blues et les couleurs du soul gospel sans jamais tomber dans la caricature ni le cliché. Le chant n’est pas sans rappeler dans ‘Let Me Explore Your Mind‘, le regretté Howard Tate disparu en 2011, par sa voix appuyée, mais aussi bien sûr le King, jusque dans le bout des cordes de sa Gibson 335, par ces multiples petites phrases accentuées de sa merveilleuse blue note. Son jeu de guitare est à la fois vintage et moderne, avec une technique assurément maîtrisée, basée sur le feeling, les nuances des sons et l'interprétation ultra-personnelle des morceaux. Aucun doute, notre ami peaufine sa recette jour après jour, album après album. Fort de cet ensemble équilibré entre blues, soul et gospel, agrémenté d’arrangements de qualité, Mississippi MacDonald nous fait basculer avec conviction dans un univers musical authentique. Certainement un des artistes les plus inspirés du moment sur les registres du sud.
Nine Girard  

Mountain
Live in The 70's

Genre musical: Heavy-blues
Label : VOICEPRINT
Distributeur :
Floating World   

Mountain fut mille fois bootleggé. A tel point que le groupe lui-même publia ses propres bootlegs. Le groupe américain le plus heavy du début des années 1970 fut enregistré à de multiples reprises, bon client notamment des radios locales à qui ils offraient des shows en échange de la promotion. Il y a donc un millier de lives de Mountain, mais peu, pas même les officiels, arrivent à la cheville de celui-ci. Ce coffret offre le show complet du 1er janvier 1971 au Fillmore East de New York, et celui du Capitol Theatre de fin 1974, pas inédit, mais dont les morceaux proposés ici le sont pour partie. Le premier, occupant deux disques, est absolument fantastique. Il est l’un des quatre shows de ce Nouvel An 1970-1971 (deux le 31 décembre 1970, deux le 1er janvier 1971). Mountain succède ainsi à Jimi Hendrix et son Band Of Gypsys, qui assura le premier de l’An au même endroit un an avant. Mountain est en pleine possession de ses moyens, la prise de son est superbe. On entend parfaitement chaque musicien : le guitariste-chanteur Leslie West, le bassiste-chanteur Felix Pappalardi, le batteur Corky Laing, l’organiste Steve Knight. La set-list est un condensé de l’album solo Mountain de Leslie West, de Climbing ! de Mountain, et de son successeur en cours de finition, Nantucket Sleighride. Chaque titre nécessite d’être cité, tellement leur version est ici fabuleuse : ‘Never In My Life’, ‘Mississippi Queen’, ‘Don’t Look Around’… Ceux qui bénéficient le plus du traitement sont ceux issus du premier album solo de Leslie West. ‘Blood Of The Sun’, ‘Dreams Of Milk And Honey’, ‘Baby I’m Down’ sont propulsés dans la stratosphère. Pour qui sait écouter la musique, les vingt-trois minutes de ‘Dreams Of Milk And Honey’ ne sont absolument pas rébarbatives. Mountain se renouvelle sans cesse, l’interaction est totale. Seul bémol à ce coffret : que le concert de 1974 ne soit pas complet ! Il fut déjà édité pour partie, ce coffret en offre une autre partie. A cette époque, Mountain joue en trio West-Laing-Pappalardi, et n’a rien perdu de sa superbe. L’album publié la même année est un chef d’oeuvre : il s’appelle Avalanche. Le set proposé est excellent, mais le fan sait qu’il en manque. Cela est d’autant plus dommage que le mixage proposé est le meilleur de tous. Mais il demeure que ce coffret est un must pour entendre Mountain à son sommet en direct. Il est incontestablement son meilleur album live à ce jour.
Julien Deléglise

Neil Young and Crazy Horse
Barn

Genre musical: Hard-country
Label : REPRISE
Distributeur :
Warner Music Group    

Neil Young poursuit à bon rythme sa discographie du haut de ses 76 ans. Ce nouvel album fut capté avec son mythique groupe, Crazy Horse. Voilà qui suffit à allécher, tant Neil Young n’a jamais été meilleur qu’avec eux. Le dernier album en date du Vieux Sachem, Colorado, fut également mis en boîte avec Crazy Horse. Il s’avéra de bonne facture, même s’il marqua un peu le pas par rapport au géantissime double album Psychedelic Pills de 2012. Pour ce nouvel opus, Neil Young a décidé de se réfugier une fois encore dans une grange, la fameuse Barn. Ce repli est autant un signe de la personnalité de Young qui, au cours de sa carrière, a toujours eu besoin de se réfugier chez lui loin du tumulte, que celui des temps COVID, où l’on cherche à fuir la folie des hommes. Ce retour à la grange a souvent enfanté de prodigieux disques comme Harvest en 1972 ou Ragged Glory en 1990. Barn n’est hélas pas de ce niveau, autant le dire tout de suite. Il convoque de nombreux plans passés, parfois un peu mal recyclés. Il tire son inspiration de thèmes mille fois explorés par Neil Young par le passé, souvent pour le meilleur. Là, Young manque cruellement d’inspiration dans les textes, un comble pour lui. Lorsqu’il évoque la nature, son passé de canadien venu aux USA, ou cette Amérique qui change sous ses yeux, les mots sont maladroits et téléphonés. Le sommet est atteint avec Canerican et son « I’m American, American Is What I Am » lourdingue. Vous voulez savoir la suite ? Eh bien il est venu du Canada pour rejoindre un groupe (le Buffalo Springfield), au cas où vous ne le sauriez pas (ce fut le sujet de presque une dizaine de chansons). Bref, Neil Young radote un peu. Musicalement, il y a toujours des bonnes choses : les électriques ‘Heading West’ et ‘Human Race’, le country-honk ‘Shape Of You’, le beau ‘They Might Be Lost’. Pourtant, ce que l’on attend de Neil Young & Crazy Horse, ce sont ces longues pièces électriques à la ‘Down By The River’, ‘Cortez The Killer’, ou ‘Love And Only Love’. Il y en a une seule sur Barn, et elle s’appelle ‘Welcome Back’. La vidéo est bien sympa avec les quatre vieux garnements dans ladite grange. C’est un morceau bluesy lent, sauf que le souci, c’est que rien ne décolle vraiment. Ce qui fait le charme de ces morceaux électriques, c’est ce beat qui ne cesse de tourner, et sur lequel Young improvise à l’envi. Là, hélas, il ne se passe pas grand-chose. Il ne me reste qu’à vous conseiller de vous procurer le fantastique double live de 1990 Way Down The Rust Bucket paru l’année précédente et enregistré en 1990, en attendant que ce bon vieux Neil retrouve un peu d’inspiration. Oh, il n’en a jamais vraiment manqué. Les mauvais disques chez lui sont très rares. Il y a toutefois parfois des trous d’air, compréhensibles quand on sait que le bonhomme alterne album nouveau tous les deux ans voire tous les ans et archives live ou studio au milieu (Homegrown capté en 1975, le coffret Archives Vol II, le double live cité précédemment, tous publiés en 2020). Bref le Vieux Sachem nous régalera encore, à tous les coups, car il est incapable de faire autrement.
Julien Deléglise

Pierre-Emmanuel Gillet
The Silence Of Winter

Genre musical: Folk
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : ecspmusique.wixsite.com/
coursdeguitare/boutique   

Après avoir abordé différents univers, blues, rock, metal, funk, jazz et classique, au sein de divers groupes, Pierre-Emmanuel Gillet qui enseigne la musique, se lance dans l’aventure d’un premier album solo au sonorités suaves et douces. Ses envies de composer lui sont venues en écoutant Neil Young, Kelly Joe Phelps, Eric Bibb, Jimi Hendrix... Le résultat est d’une simplicité lumineuse. Un instrument, une voix. Il nous dit : « Fruit d'une dizaine d'années de composition, mon premier album solo, parle de la douceur de l'hiver vue par les fenêtres, de la froideur des sentiers blancs sur lesquels je m'évade, d'une réalité rêvée dans laquelle je me réveille, d'un chat noir solitaire et de son envie d'être libre... ». Un disque aux ambiances un peu mélancoliques qui invite à la rêverie. Le jeu de guitare est brillant, au fil de belles mélodies l’aisance s’allie à l’élégance et le chant est agréable. Un enregistrement entièrement acoustique, tout de sobriété et de retenue. Un parfait travail d'artisan exécuté avec soin et talent. Il y a une vraie fraîcheur et un indiscutable charme dans cette production qui véhicule délicatesse et légèreté et qui dégage une réelle sérénité. Le travail sur le son est impeccable, la réalisation est superbement soignée. On se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre.
Gilles Blampain

Steff Tej & Ejectés
Since 88 - Vol. 2

Genre musical: Rocksteady, reggae et plus
Label : DISQUES DU TIGRE 
Distributeur : L’Autre Distribution 
    

On pourrait le classer dans la catégorie du plus grand groupe méconnu du monde. Il a enthousiasmé des salles combles en Europe de l’Ouest et de l’Est et effectué des tournées marquantes aux Etats-Unis et au Canada et a même fait une incursion en Afrique. Formé au printemps 1988, avec plus de 2500 concerts dans une vingtaine de pays et 16 albums à son actif, Steff Tej & Ejectés, combo punk influencé par la musique jamaïcaine, continue son parcours entre enregistrement studio et tournées.  Inventeurs du Rocskaroots, Steff Tej et ses compagnons nourrissent leur ska-punk de hip-hop, reggae, rocksteady, soul, rythmes latinos et même chanson française. Après un volume 1 paru en 2015 voici le numéro 2 qui présente en 24 pistes des titres phares de la formation et des inédits chantés d’une voix chaude et grave. Avec toutes les couleurs d’une généreuse palette musicale où les percussions le disputent aux guitares et où les cuivres ont la part belle, le band limousin, joue des musiques émoustillantes qui soulignent des textes mordants, drôles et profonds parlant d’amour, de solidarité, de partage, d’écologie, de lutte contre le racisme, et des ravages générés par le capitalisme à outrance et de la mondialisation. Une chose est sûre, après plus de trente ans la flamme est toujours vive et l’exaltation ne faiblit pas. Il est difficile de resté statique à l’écoute de cette production. Désormais déclarés doyens de la scène reggae-rock, Steff Tej & Ejectés ont toujours autant de vivacité.
Gilles Blampain

The Beatles
Let It Be Deluxe Edition

Genre musical: Blues-rock 
Label : APPLE RECORDS
Distributeur :
UNIVERSAL    

On peut dire que la réédition de l’album Let It Be des Beatles bénéficie d’un traitement luxueux : coffret six disques, un livre, et même une série de six épisodes sur Disney Channel. C’est que la chose fut un immense projet multi-media des Beatles. En janvier 1969, le quatuor présente de sérieux signes de fissuration en son sein. Paul McCartney porte le groupe sur ses seuls épaules, John Lennon se désintéressant des Beatles pour se consacrer à diverses causes et projets. Cela ne l’empêche pas de mettre des bâtons dans les roues de son compère McCartney pour des luttes de pouvoir qui agacent au final tout le monde, à commencer par George Harrison et Ringo Starr. Le projet Let It Be doit être le retour à la spontanéité. Cela devait être des répétitions filmées pour un concert évènement, le premier des Beatles depuis 1966. Puis, les répétitions se transformèrent en sessions de composition et d’enregistrement devant les caméras. Filmés et photographiés en permanence, les Beatles jouent et écrivent, oubliant les objectifs. Le projet finira dans les cartons pour laisser la place à un nouveau disque, Abbey Road. Puis, les bandes de Let It Be seront confiées à Phil Spector, qui en sortira le dernier album des Beatles du même nom, publié un mois après l’annonce de leur séparation, en 1970. Voilà pour l’histoire. Musicalement, cet album a toujours été considéré comme un chant du cygne moyen si on le compare à ces illustres prédécesseurs. C’est oublié qu’il fut enregistré avant un nouveau chef- d’œuvre, Abbey Road, dont certaines bribes datent de l’époque Let It Be. Ce que l’on soupçonnait avec des titres comme ‘Come Together’, c’était que les Beatles flirtaient avec une forme de blues-rock depuis quelques mois. Let It Be est en réalité un véritable album de rock bluesy. Il n’a aucune prétention d’innovation. Les quatre Beatles développent de bonnes chansons, dans un contexte effectivement plutôt blues-rock et heavy en 1969 (Rolling Stones, Jimi Hendrix, Cream, Led Zeppelin). Et pour cause, ce n’est pas le fidèle George Martin qui sera appelé à la console, mais Glyn Johns, ingénieur des Rolling Stones, du moins dans un premier temps. Ce n’est pas non plus la débandade, même si le retour à une musique plus simple semble être comme un aveu de faiblesse pour ces quatre musiciens brillants dont les disques ne furent que progression vers les sommets et chefs-d’œuvre successifs. L’ambiance y est souvent bon enfant, car ces quatre-là s’aiment profondément. Le vrai souci est l’instinct autodestructeur de John Lennon, qui ne peut s’empêcher de jouer la carte de la provocation : il impose sa nouvelle compagne Yoko Ono dans le studio, et se montre bavard et désobligeant avec les autres. Mais lorsqu’il se tait et joue avec les autres, les étincelles de génie sont bien là. Let It Be est un pur disque de blues-rock joué par les Beatles, ce qui en fait tout le sel. On y trouve le sens inné de la mélodie, les interprétations à l’allure si simple mais incroyablement riches. Ce coffret offre six disques superbement travaillés. On y trouve l’album publié originellement en 1970, et assemblé par Phil Spector, avec un nouveau mix. Les chansons font toujours leur effet pour ce qui est pour moi un de mes albums préférés des Beatles. La simplicité des chansons, l’impact direct des mélodies, cet enregistrement si direct et sans fioriture, font de Let It Be un beau disque. Il y a de superbes blues-rocks d’une efficacité redoutable : ‘Dig A Pony’, ‘I Me Mine’, ‘I’ve Got A Feeling’ et bien sûr ‘Get Back’. Le coffret offre également le mixage perdu de Glyn Johns. On découvre que certains titres avaient été écartés, et que la chose était encore plus blues-rock, rappelant par moments l’esprit de Let It Bleed des Rolling Stones. Deux disques offrent des chutes des sessions, des jams, car oui, il y eut des jams des Beatles lors de ces sessions, de vieux titres comme des reprises, mais aussi quelques extraits du concert sur le toit de Apple à Londres. La réédition du EP original sorti en éclaireur de l’album, ainsi qu’un Blu-Ray complète l’expérience. Le livret est superbe, mais si vous désirez davantage d’images, le livre Get Back est indispensable en complément.
Julien Deléglise

The Mick Schafer Band
Back To The Blues

Genre musical: Blues polymorphe
Label : Lightning In A Bottle Records
Distributeur : www.lightninginabottlerecords.com

Rien à faire, cette nouvelle livraison en provenance de Portland, Oregon, nous rappelle avec brio combien la côte du NorthWest des States est un des nids les plus féconds pour le blues américain. Il faut dire aussi que Mick Schafer n’est pas un cigogneau du printemps : lancé sur la piste aux amplis dès le début des Seventies, devenu musicien professionnel il y a une vingtaine d’années, après avoir sillonné l’Europe et les Etats-Unis de bars en festivals, il a fondé son propre groupe en 2017, fédérant autour de lui la fleur de sel des musiciens de sa région natale. Jimi Bott et Johnny Moore tiennent ici les baguettes, Ken Scandlyn et Jason Thomas les guitares, Timmer Blakely est à la basse et Tom Esch au violon. Le patron assure le chant et les parties rythmiques sur sa superbe demi-caisse Epiphone Joe Pass, blonde comme les blés, dont le son clair habille de moire chaque descente et remontée de manche. Tricotées sur les gammes bleu marine intemporelles, farcies avec éloquence de country, de folk et de rock’n’roll rampants, les neuf compositions de l’album ont le parfum magique du Nouveau Monde, cimentées par une voix chaude, rude ou feutrée selon les titres, toujours vectrice d’émotions lourdes, comme si les fantômes de Rich Minus et de Calvin Russell s’étaient invités aux micros des Falcon Recording Studios. Gage de qualité optimale, Mick a relégué le potentiomètre aux oubliettes afin de terminer toutes ses chansons par un accord tranché, les harmoniques de sa corde de mi, une châtaigne de batterie, voire les hurlements du loup à la fin du pétillant ‘Over In  The Corner’. La majorité des pièces sont construites sur un mid-tempo imparable, tel une machine à compacter les neurones, avec déhanché de quatre-fils, archet en serpentin et chœurs rigolards, mais au final c’est bel et bien la guitare qui s’octroie la part du lion : les solos tailladent l’air au couteau, se dandinent à n’en plus finir de séduire, renchéris parfois d’éruptions de slide saturées qui fracassent sans vergogne le cerveau de l’auditeur et les murs de son salon. Il ressort de cette œuvre de 37 minutes, un brin trop courte pour qui aime la bonne musique électrifiée, un raffinement hors du commun et le message universel du blues, quelle qu’en soit la forme retenue par les artistes emboîtant leurs pas dans ceux de Jean de Sponde : « Vivez, Mortels, vivez, mais si faut-il mourir... » Schafer, en clôturant ‘She Woke Up’, le martèle à sa façon quand il nous chuchote à l’oreille un emblématique Shoo be doo be doo ouah…
Max Mercier




The Players
Let's The Good Time Roll

Genre musical: Blues-rock
Label : INCHALLA PROD
Distributeur : www.phoebusmusik.com/les-news/boutique-en-ligne/

La formation est nouvelle, mais les musiciens ont déjà des kilomètres de route et des heures de scène dans les pattes. Ludovic Pellicer est le chanteur guitariste, harmoniciste, de ce trio. Depuis la décennie 90 il a joué dans plusieurs formations sur Paris puis du côté de Perpignan où il a posé ses valises. Ces dernières années, on l’a vu en one man band et enfin, c’est de sa voix éraillée qu’il fait appel à deux sorciers (anciennement les Wizards of Blues de Nico Backton). Le batteur François Miniconi et le bassiste Chris Michel, qui lui, accompagnait, il y a peu, Jack Bon. Avec des personnalités comme celles-ci, on peut être sûr de retrouver la profondeur du blues, la percussion du rock, mais aussi un côté Stetson et botte de foin. La spontanéité mâtinée de l’assurance gagnée par les années de pratique font que pour ce premier album, les Players se sont fait plaisir avec des reprises (surtout pas du copier/coller), et pas des moindres. Des bases sûres, sur lesquelles les trois acolytes ont greffé une part de leur personnalité. ‘Make It Rain’ de Tom Waits est puissant et lent. ‘These Boots Are Made For Walking’ nerveux et sans temps mort, tout comme ‘Gimme Back My Wig’ de Hound Dog Taylor. Bobby Womack est un des élus avec le dansant ‘It’s All Over Now’ immortalisé par les Stones. Pour remuer, l’entrainant ‘Junco Partner’ des Clash ne pourra vous laisser de glace. Et puis, Chuck Berry, Johnny Cash, Wilco et les Sonics sont aussi au programme pour allumer des sourires et faire battre la mesure. Avec ses onze titres, ce CD des Players est à mettre dans le lecteur pour les longs voyages afin de mettre l’ambiance sur les illimités rubans d’asphalte pour raccourcir le temps et donner la banane.
César

Tinsley Ellis
Devil May Care

Genre musical: Blues musclé  
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Personne n’y a échappé. Forcé d’arrêter ses concerts à cause de la pandémie, Tinsley Ellis n’a pas voulu rester inoccupé. Il explique : « J'avais beaucoup de temps pour expérimenter. Dans mon studio, j'ai installé toutes les guitares et tous les amplis que je possédais, plus une cabine Leslie, un vieux piano électrique Wurlitzer en bois, un vieux Maestro Echoplex tape delay et 30 ou 40 bottlenecks en verre, acier et laiton. La combinaison de différentes configurations de matériel a inspiré l'écriture des chansons. De plus, j'ai pu écouter plus de musique que je n'en avais pas écouté depuis les années 1970 ». Créateur prolifique, dix-huit mois plus tard son répertoire s’est enrichi de 200 nouvelles créations. Il en retient dix et fait appel à son ami et coproducteur, le maître des claviers Kevin McKendree, et c'est au célèbre studio d'enregistrement Rock House de Franklin, dans le Tennessee, que Devil May Care prend forme. Avec ce 20ème album Tinsley Ellis aligne avec la patte sonore qui lui appartient, dix compositions originales des plus dynamiques mêlant rock'n’roll musclé et hard blues. Chanteur puissant, son jeu de guitare est chaleureux et ses fougueux solos de guitare sont chargés d'émotion : « Le but était de faire chanter la guitare » nous dit Tinsley Ellis. Mission accomplie. Une production qui révèle une fois encore une belle dextérité et un bon feeling.
Gilles Blampain