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Chroniques CD du mois Interview: LITTLE MOUSE & THE HUNGRY CATS Livres & Publications
Portrait: CHARLES BROWN   Dossier: SPECIALTY RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MARS 2015

Bob Dylan
Shadows in the night

Genre musical: Crooner Jazz
Label : COLUMBIA
Distributeur :
SONY MUSIC ENTERTAINMET

Rappelons un fait historique : le premier contrat de Bob Dylan prévoit que ses royautés sont supérieures si c’est quelqu’un d’autre qui chante… ce qui en dit long sur le niveau de confiance dans la voix du jeune artiste. Rappelons aussi qu’il est pressenti tous les ans pour le Nobel de littérature. Et voilà qu’il se réinvente pour la énième fois. En interprète. Il va défier ceux qui n’ont que leurs qualités expressives, et qui se confrontent aux standards. Genre Diana Krall. Elle vient de sortir un nouvel album. Wallflower, une reprise de Dylan. Tout est dans tout. Il est taquin, depuis toujours. Il a fait une pub pour Victoria’s Secret, prêté sa voix à un GPS. Il reprend Sinatra sur tout un album. L’an prochain il va faire la mi-temps du Superbowl. « - Do you care about what you sing? - How could I answer that if you got the nerve to ask me? - Well, then you have… - I mean, you’ve got a lot of nerve asking me a question like that. Do you ask the Beatles that? - I have to ask you that, because you have the nerve to question whether I can… - I’m not questioning you, because I don’t expect any answer from you. But do you think somebody wouldn’t go see somebody if they didn’t want entertainment? ».  Quand on le cherche, on le trouve. Notons au passage, qu’il est légitime à se comparer aux Beatles à ce moment-là, en 1966, quand il renvoie le journaliste de Newsweek avant-guerre. Et il est sans doute le seul.  Que vaut Shadows In The Night ? c’est de l’or. C’est l’album qui fait mentir l’adage qui prétend que seules les montagnes ne se rencontrent pas. C’est le Mont Rushmore enregistré à l’arrache. On a souvent cité Sinatra, mais ces standards, du Great American Songbook ont tournés en microsillons défendus par Billie Holiday, Chet Baker, Louis Armstrong. Débarrassés des armées de cordes, des batteries de cuivres et des orgues de Staline, il reste l’émotion, l’intention, la sincérité. La défense de chaque sentiment caché derrière chaque syllabe. Parmi les identités multiples de l’artiste, on doit redécouvrir le DJ de radio, celui du ‘Theme Time Radio Hour’, qui explorait 70 ans de musique. C’est la même démarche ici : l’illustration du patrimoine. Passées au tamis de la mémoire, ces 10 pépites brillent d’un éclat inédit, et discret. 
Cranberry Gordy

The Corey Harris Band
Live From Turtle Island

Genre musical: Blues, Raggae, Jazz
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur :
MUSIC AVENUE

Correy Harris et son groupe se retrouvent en live sur l'île de la Tortue pour offrir à leurs aficionados une bonne dose d'histoire de la musique. Car il s'agit bien de cela dans cet album : un mélange riche, dense, enthousiasmant de ce qui a fait la notoriété de Corey Harris, à savoir son éclectisme musical. Eclectisme récompensé il y a quelques années par la fondation MacArthur qui met en avant l'originalité et la diversité dans la création artistique, dont la musique. Mais revenons à nos tortues... Le groupe, où l'on se plaît à reconnaître le saxophone de Gordon Jones, la basse de Jayson Morgan, la batterie de Paul Dudley et le piano de Chris Whitley, couvre un large spectre musical : blues pour commencer avec 'Santoro' et 'E Blues Catfish', de facture classique mais toujours plaisante ! Ensuite, on file aux Caraïbes avec un blues tendance calypso, 'Sista Rose', qui pourrait se trouver entre Burning Spear et Taj Mahal époque Hula Blues Band. Discrètement mais sûrement, l'album gagne des sonorités définitivement reggae avec le medley 'Cleanliness / Babylon Walls Ark Of The Covenant' ou 'Sweatshop' qui, en plus de rappeler la pochette verte-rouge-jaune, nous font aussi penser à Dean Fraser. Du reggae, on file sur des tonalités plus jazz avec 'Where All The Kings Gone' ou 'Better Way'. C'est rebondissant et festif ! Tout comme l'ovni 'Basheads' qui, sous des airs rock'n'roll, cache bien un côté blues des plus réjouissant, surtout sur plus de 8 minutes ! Seul bémol à tout cela finalement, c'est que nous avons beau avoir affaire à un live, nous n'entendons pour ainsi dire jamais la foule. Curieux, non ?
Tristan Sicard

Dom Flemons
Prospect Hill

Genre musical: Old time
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

En vrai songster des temps modernes, avec cet enregistrement, l’ex-Carolina Chocolate Drops Dom Flemons, aborde avec bonheur de nombreux styles, folk, Piedmont blues, fife and drum, ragtime, jazz New Orleans et rock and roll. Banjos, clarinette, saxophone, fiddle sont aux premières lignes. Si Flemons ravive beaucoup de styles anciens, Prospect Hill qui a bien sûr des aspects nostalgiques n’est pas pour autant un disque rétro. Un grand souffle de fraîcheur parcours cette production. A travers 9 titres originaux, l’artiste s’inspire des airs qui ont émergé en Arizona, en Géorgie, en Caroline, à San Francisco ou à Nashville, les autres compositions sont signées Tom Dorsey, Tampa Red, Frank Stokes, Gus Cannon. Pour ce petit bijou vintage, Guy Davis a collaboré à la moitié des 14 titres du CD, et rien que pour le plaisir d’entendre Flemons et Davis aux guitares ou aux banjos, ce disque vaut le détour. Il se dégage de cet enregistrement un climat assez festif. Un léger regret, l’ensemble est assez bref puisqu’en 38 minutes tout est dit. Après avoir écouté le CD, vous pourrez briller en société en disant que le nom de l’album évoque la bourgade de Prospect Hill en Caroline du Nord, construite par des esclaves en 1849 et dont le bâtiment qui était à la fois magasin et bureau de poste est aujourd’hui considéré comme un monument historique.
Gilles Blampain

Duck Duck Grey Duck
Here Come...

Genre musical: Psyche soul blues
Label : CASBAH RECORDS
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Le jeu pour enfants Duck Duck Goose est aux Etats-Unis, l'équivalent ici de notre jeu du mouchoir ou de la chandelle. Sauf dans le Minnesota où celui-ci se nomme Duck Duck Grey Duck. Le vilain petit canard de ce trio se nomme Robin Girod, guitare chant, membre des fameux suisses Mama Rosin. La batterie est tenue par Nelson Schaer, la basse par Pierre-Henri Beyrière. Ces trois palmidés ont décidé d'aller enregistrer leur premier album dans le fond des 'eaux boueuses' d'un studio/caveau sans nom! Produit par Yvan Bing (Moriarty, Mama Rosin, Wu Tang Clan, Gilberto Gil), le son y est caverneux au possible, sale et humide  à la fois. Le disque est traversé de 4 titres instrumentaux, psychés (merveilleux ‘Odysseum’ avec des effets de claviers?) surfs zombiesques où nos anatidés suisses croisent le fer avec les fantômes des Raymen de Link Wray. Les titres chantés, des soul blues pour la plupart, sont un peu dans le même esprit que ce que font les Dirtbombs, alors que 'Like A Bee', un peu rockabilly, me rappelle le ‘C'est Lundi’ de Jesse Garon! Même déhanchement, hoqueté comme il se doit, mais ici plus RL Burnside, John Spencer Blues Explosion, tendu comme une corde de Télécaster à son maximum. Les Ducks viennent de nous pondre là un grand disque ; Sale, sauvage, psyché et groovie. Surveillez leur passage dans vos contrées ; 
en live cela doit être hautement excitant! ‘Here Come…’
Juan Marquez Léon

Harrison Kennedy
This is from here

Genre musical: Blues, soul, rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

De sa voix profonde et chaude qui met en valeur une prestation très originale Harrison Kennedy joue et chante une musique très actuelle d’où se dégage une réelle ferveur communicative. Pour lui l’apport du passé nourrit perpétuellement une expérience tendue vers le futur. Dans le livret du CD il dit : « J’ai chanté dans le chœur de l’Hamilton’s Stewart Memorial Church, j’ai voyagé dans mon enfance pour rendre visite à des parents dans les collines de Tennessee ou dans les rues de Detroit, et c’est ce que vous pouvez entendre dans ma voix. ». De fait, les titres qui se succèdent prennent les tonalités du Sud profond ou nous entraînent dans les rues des villes du Nord. Avec ses chansons pleines de délicatesses et de feeling Kennedy nous entraîne sans difficulté dans son univers. L’homme de Toronto puise dans le blues mais la soul music et la pulsation du funk ne sont jamais tenues à distance, même le rock n’est pas maintenu hors du cercle. Contrairement aux fois précédentes, pour cet enregistrement Harrison Kennedy ne joue pas de tous les instruments mais se limite à l’harmonica et aux cuillères. Les très beaux accompagnements de guitares qui enluminent le disque du début à la fin sont dus à Colin Linden, Brian Griffith et Chris Caddell. Le pianiste Jesse O’Brien coproduit le disque et signe la plupart des titres avec Harrison Kennedy et chacun de ces 12 titres est une perle musicale.
Gilles Blampain

Innes Sibun
Blues Transfusion

Genre musical: Heavy blues, hard folk et colegram
Label : BLUES BOULEVARD
Distributeur : MUSIC AVENUE

La Strato qui fait la couve, photographiée comme le corps d’une femme, pourrait en dire long sur le contenu et s’apparenter à une profession de foi sociale, que Sibun revendiquerait avec une modestie quasi idéologique : ici, pas de postures artistiques, juste de la guitare, un Marshall et du bon temps. Et l’album démarre bien sous des auspices heavy blues, des riffs partout, des chœurs qui donnent au refrain un zeste de mégalomanie et une belle ampleur. Mais le heavy blues n’est qu’un angle d’attaque, dans un arsenal beaucoup plus coloré. Sibun y revient de temps en temps, bille en tête, brouillon parfois, plaidant davantage pour un tempérament que pour la beauté héroïque d’un soliste qui sait faire chanter le Mi aigu. Il se lance aussi dans des ballades instrumentales, des expérimentations folks ou americana, étranges mais très intéressantes (‘Old Time Used To Be’), verse dans le country rock (‘Find My Way Home’) et même dans un rock’n’roll fast & furious (‘I Used To Be Your Man’). Sa voix placide ne craint pas d’être (dignement) sentimentale, mais c’est dans le blues-rock et les structures franches qu’il est le meilleur, car cette voix manque quand même de tonus et de débit. Sibun a du mal à retenir le chaland sur les tempos lents et les mélodies flottantes. On compare volontiers ce Britannique à Rory Gallagher. Il a surtout beaucoup tourné avec Robert Plant qu’il accompagne sur deux albums, une sacrée lettre de créance connaissant les antécédents de l’employeur. Sibun a aussi gravé une demi-douzaine d’albums, le premier sous la houlette de Mike Vernon. Blues Transfusion, lui, est né à Mostar, Bosnie Herzégovine. Le nom des sidemen en fait foi : Dzenan Mujic (batterie), Atilla Aksoj (basse), Orhan Oha Maslo (percus), Gabrijel Prusina (claviers), Antonija Batinic (chœurs)… Or donc, voici un bon disque de blues rock et de hard folk, mais deux ballades manquent, hélas, de présence.
Christian Casoni

JD McPherson
Let the good times roll

Genre musical: Soul surf
Label : ROUNDER
Distributeur : CONCORD MUSIC

Enregistré en Géorgie et complété à Chicago, ce deuxième Jonathan David McPherson a un mufle de grizzly. La descente de lit de Ted Nugent prête à confusion, car McPherson ouvrage des charges pop au vintage roublard, avec d’antiques références noires et blanches audacieusement juxtaposées. Il appelle son style « psychédélique fifties », on pourrait dire tout aussi bien « soul surf ». Le gars de l’Oklahoma monte un damier de caractère, pas si rebattu que ça finalement, le rock’n’roll et la soul s’interpénétrant et se prolongeant l’un dans l’autre, dans une saillie trépidante et logique. McPherson ne reste pas cantonné aux années 50. Il jardine aussi dans le premier lustre des sixties. Au-delà, il trouve une touche garage dans un farfisa et, d’encore plus loin, rapporte ce genre de gimmicks qu’on entendait chez les Cars. Les deux couleurs dominantes, rock et soul, mordent volontiers dans le zydeco ou dans un surf noir un peu Link Wray (basses twanguées, longs power-chords vacillants), mais elles ne perdent jamais de vue leur rhythm’n’blues originel. C’est comme revivre l’invention de l’adolescence sans nostalgie faisandée. Rien que du muscle et de la fraîcheur. Oui le rock’n’roll, oui la soul, oui le surf et tout ça, mais la priorité des priorités reste la pop. Tous les titres sont taillés pour les hit-parades et pèguent aux doigts des DJ. JD McPherson adore les batteries qui déménagent l’orchestre dans la pièce à côté, les balayages swamp et les emballements rythmiques. Lui-même chante comme un grand soulman, avec une voix acrobatique, humide et pulpeuse, un rien féminine. Il a eu bien raison de faire chanteur.
Christian Casoni

JJ Grey & Mofro
Ol' Glory

Genre musical: Soul fusion
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

L’artiste change de label mais la flamme est toujours bien présente et la prestation a encore un niveau de qualité très élevé. JJ Grey continue de creuser son sillon avec une production qui sort du lot et il s’impose à nouveau comme un artiste inspiré à travers cette très subtile fusion des genres qu’il affectionne. Belle alliance de pop, de blues, de funk, de rock et de folk aux saveurs étonnantes et chaleureuses où le souffle de la soul sudiste est toujours présent. C’est chaud, très chaud. JJ Grey qui possède le sens indéniable de la mélodie et l’instinct du rythme signe tous les titres du CD, et comme si cela ne suffisait pas, il est doté d’une voix superbe, grave et chaleureuse. Evocation des plaisirs simples et de l’amitié, chaque chanson est une petite pièce d’orfèvrerie aux éclats chatoyants. Grey est toujours accompagné par ce super band, Mofro, composé d’Anthony Cole (batterie et percussions), Andrew Trube (guitare), Anthony Farrell (piano/orgue), Todd Smallie (basse), Dennis Marion (trompette) et Jeff Dazey (saxophone), plus deux invités spéciaux, Luther Dickinson (dobro et guitare) et Derek Trucks (slide guitare). Enregistré en Floride où réside l’artiste, l’ensemble est intense et prenant. Les 12 titres défilent en 58 minutes et c’est tellement bon que ça semble bien court. 
Gilles Blampain

Kitty, Daisy & Lewis
The Third

Genre musical: Roots rock
Label : SUNDAY BEST
Distributeur : PIAS

Avec une maman musicienne (Ingrid Weiss, qui a œuvré au sein des Raincoats, groupe post punk des années 80) et un père ingénieur du son – il a transformé en studio un restaurant indien de Camden Town où l’on vit défiler entre autres Etienne Daho, Calvin Harris ou the Chemical Brothers –  on imaginait mal les jeunes Durham se lancer dans la charcuterie, ou mettre sur pied une entreprise de pompes funèbres. Kitty, Daisy & Lewis sont frère et sœurs donc, et la famille semble très unie : leurs géniteurs les accompagnent sur scène, où ils s’échangent les instruments avec un aplomb saisissant. Pour ce troisième essai (ce que nos lecteurs perspicaces n’auront pas manqué de noter), ils se sont offert pour la première fois les services d’un producteur,  Mick Jones lui-même,  qui n’a pas l’habitude de se déplacer pour rien : rappelons qu’il  produisit notamment les Libertines. L’ex-Clash n’est pas Phil Spector : manifestement, son rôle consiste essentiellement à placer les musiciens dans les conditions optimales, et à intervenir le moins possible. Méthode efficace puisque cet album est des trois le plus abouti, même si les ingrédients sont semblables : en gros, un joyeux mélange aux soupçons  de swing, rocksteady, rockabilly, blues rustique ( ‘Good Looking Woman’, rehaussé de cuivres rutilants), country à l’ancienne (‘Whiskey’) , country-blues (‘It Ain’t Your Business’), ska old school ( 'Turkish Delight', ‘Baby Bye Bye’), funk (‘Feeling Of Order’)… régulièrement agrémenté d’une pincée de pop bienvenue. Pour le trio, l’histoire de la musique semble prendre fin quelque part dans les années soixante, ce qui leur laisse tout de même les décennies antérieures à explorer. Ça peut paraître un peu scolaire, voire appliqué à la première écoute, mais on se laisse vite convaincre par leur enthousiasme juvénile, et une culture musicale infaillible.  Précision qui suffit à résumer le propos : l’album sort aussi en 78 tours !
Marc Jansen

Laurent Zerat
Women

Genre musical: Pop-rock
Label : ROCK THE DOC
Distributeur : www.laurentzerat.net

Inspiré par les femmes, Laurent Zerat nous livre un disque très coloré tant au niveau des mots que des notes. Dans son univers les sonorités latinos s’incrustent dans le rock, le funk s’invite par moment et de douces envolées planantes enrobent les mélodies pop, et quand le spleen s’immisce dans une ballade ce n’est pas pour durer. L’ensemble possède indéniablement un certain relief. Laurent Zerat chante ces instants où l’on flotte sur un nuage ou ceux où l’on est au creux de la vague à cause d’une parole ou d’un regard. Il évoque la beauté d’un geste, le trouble créé par une courbe sensuelle ou un sourire, le désir de partager un moment ou la volupté d’une étreinte, le plaisir d’être à deux ou le désespoir d’être largué. Soit, homme femme mode d’emploi. En français et en anglais, Laurent Zerat signe 11 titres et reprend en compagnie de Florent Pagny ‘The Partisan’ (titre popularisé en 1969 par Leonard Cohen). Mélange de douceurs et d’âcreté, d’un bout à l’autre cet enregistrement est à la fois grave et léger, profond et subtil. La voix est chaude, la sensibilité réelle et on se laisse accrocher avec plaisir. Superbement entouré pour cette belle production, Laurent Zerat est accompagné par Stéphane Terranova aux guitares, Franck Terranova à la basse et aux claviers et Pierre Veuillot à la batterie et aux percussions. Emotion et rythme, pourraient résumer l’ensemble. Le soin apporté au livret met tout cela encore plus en valeur.
Gilles Blampain

Mountain Men
Against the wind

Genre musical: Duo blues-folk-rock
Label : ECHO PRODUCTIONS
Distributeur : PIAS

Quand ces trappeurs-là sortent de la forêt pour proposer au monde une brassée de bois vert de leur cru, il faut s’attendre à du maousse costaud : les treize titres de ce nouveau disque le prouvent grandeur nature en soixante-sept minutes de plaisir intense. Les Mountain Men font partie de ce qu’on appelle communément les duos d’enfer. Mister Mat tient la guitare et chante à la force du cœur, nuances anguleuses ou molletonnées pour fricoter avec le blues des aurores. Barefoot Iano rivé à son harmonica diabolique accroche des guirlandes scintillantes sur toutes les portées, émotions et surprises garanties. Les deux frères de gammes ont fait ici le choix des langues panachées, glissant trois morceaux en français au milieu d’une série americana originale à l’envi. Le fond est brasé à l’acoustique, accords plaqués qui renversent tout sur leur passage ou arpèges délicats tirant les larmes du corps, mais l’électricité s’invite aussi à la table pour marteler quelques jolies pièces mid-tempo, réminiscences seventies en prime, allant jusqu’à livrer de ces riffs un brin pâteux qui sentent fort le rock’n’roll. Rien à dire, la maîtrise technique et la minutie des compositions imposent le respect. Certains regretteront que les trois dernières chansons traînent un peu des pieds, mais force est de constater que l’apaisement et la gracieuse évasion de ce clapotis final sont du plus bel effet. Pour le reste voilà du tout bon, varié, chaleureux, poétique, dévergondé, ironique et rieur parfois. Enfin, impossible de ne pas braquer les projecteurs sur la miraculeuse reprise de ‘Georgia On My Mind’, exceptionnelle de feeling, avec la voix de Mat habitée par le Génie que viennent illuminer les coups de Seydel langoureux d’un Ian en forme atomique. Bouleversant.
Max Mercier

Static King
Up Stream

Genre musical: Acid Punk ?
Label : SEBASTOPOL RECORDS
Distributeur :
statickingband.bandcamp.com/album/
upstream-ep

Simon Boyer, excellent batteur de blues et de jazz, historien du rythme binaire, n’a jamais abjuré ses péchés de jeunesse, Kiss et AC/DC. Il s’illustre ici au sein d’un trio de rock, qui ne lorgne pourtant pas vers le hard : Static King. A ses côtés : Roman Smiljkovski (basse, claviers, voix) et Thomas E. Gregori (la même chose, mais une guitare au lieu de la basse). Savent-ils qu’un groupe de Montréal porte le même nom au pluriel (Static Kings) ? En attendant l’album, voici un aperçu de six plages, soit cinq titres et demie : ‘Box Of Pills’ ne compte que pour 0,5 : il s’agit d’un intermède de power chords sur un brouhaha d’échos et de voix déformées. L’EP démarre sur une complainte rock dépressive (‘Feels Like It’s Long Gone’) qui se développe en se chargeant d’effets tournants et de basses portées à saturation. Le parti-pris des basses vrombit sur trois plages, un peu too much, mais sans gâcher la mélancolie de ‘Son’s Prayer’. Superbe. Plage 4, bas les masques. Adios charcutages expérimentaux dans les fréquences basses, adios effets tournants, ‘Hen House’ plonge dans une harangue stoogienne impeccablement chantée, canonnée en formation serrée. Essai brillamment transformé avec le morceau de bravoure suivant, dans la même veine, plus épique, plus pop, le très excitant ‘Up Stream’. On pense, par certains côtés, au deuxième album des Dogs, Walking Shadows. Atterrissage sur ‘Calling’, une ballade bien sentie qui descend vers les Stones de Beggars Banquet, guitare acoustique et vague d’orgue peu à peu bitumées par un soulèvement de protestations électriques, se fondant elles-mêmes dans un vent de cordes (supposées). Vivement l’album, nom d’un dog !
Christian Casoni

The Boogie Sinners
Time to roll

Genre musical: Blues
Label : E.M.S.E
Distributeur :
www.emse.gr/shop/index.php?target...product

Si vous n'avez jamais entendu parler de cette formation, c'est peut-être normal. Time To Roll est leur premier album et ils sont Athéniens. Un quatuor bourré d'énergie qui rencontre un beau succès dans le circuit des clubs grecs. A la première écoute, il en ressort que le rock n'est pas étranger à ce band (basse, batterie, harmonica, guitare/chant). Les sept morceaux sont des compositions. Le premier titre ‘Rolling The Juke Joint’ nous invite d'emblée à bouger  dans un instrumental rapide et nerveux d'influence Fabulous Thunderbirds. S'ensuit ‘At The Post Office’ tout aussi speedé que le précédent avec l'harmonica de K. Tenezos hurlant et la guitare aiguisée de T. Alexiou qui des fois fait penser à SRV. Le tempo ralenti sur le troisième morceau pour nous emmener vers un ‘Dream Weaver’ instrumental, qui comme son titre l'annonce, à tendance à faire lâcher prise avec son côté planant. Mais le morceau de bravoure est le suivant ‘Desert Cry/Stop Messing Around’ qui débute d'une manière flottante et tremblotante (slide et harmonica) pendant quelques minutes pour finir sur un tempo lourd comme un rouleau compresseur avec l'aide d'un duo basse-batterie (D. Georgopoulos, J. Dimoulas) sans oublier la slide saturée. Neuf minutes de bonheur. Déjà arrivent les deux dernier morceaux ‘Rock n' roll All Night Long’ et ‘K T Boogie’ vous aurez compris ce qu'on y trouve. Il est à noter que tous les titres de ce CD ont été enregistrés en studio, certes, mais live, d'où le côté spontané de cet enregistrement.
César

The Steady Rollin' Men
Midnight daydreaming

Genre musical: Blues, pop, rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
steady.prog@laposte.net

Avec ce 3ème CD le groupe appose fermement le sceau de la qualité. Xavier Berland est à la guitare rythmique et au chant et parfois même à l’harmonica, Jean-Noël Aunet est le guitariste solo du groupe, Jordan Balssa joue de la basse et Jonathan Thivillier qui aime frapper est à la batterie, aux percussions et au piano. Ça démarre fort et funky, vient ensuite un rythme plus langoureux avec un son cristallin de Nashville tuning, puis arrive un blues typé Chicago. Au fil des plages défilent des thèmes pop, une énergie rock, des atmosphères bluesy. Les 12 titres s’enchainent avec bonheur, les tempos sont dynamiques, la voix est claire et bien posée, chaque instrument se détache clairement dans un ensemble cohérent avec d’agréables mélodies et de beaux solos. Même si certaines influences sont encore perceptibles, la création est tout à fait originale. Sur scène depuis 2011ce quatuor est porteur d’une certaine fraicheur mais avec néanmoins une réelle maîtrise de son art. L’émotion est derrière chaque note et rien ne semble forcé ou artificiel. Le band a beaucoup d’atouts en mains mais deux invités de marque ont prêté leur concours à l’entreprise, Jean Marc Hénaux a enjolivé le titre ‘Bye Bye’ avec son harmonica et Véronique Bouilloux joue du violon sur ‘Some Place I Belong’. Vif et brillant, cet enregistrement est un bel exercice de style qui reflète l’entrain et l’exaltation du groupe. La parfaite osmose perceptible entre les musiciens et la production qui est nickel font que le résultat est excellent.
Gilles Blampain

Thomas Schoeffler Jr.
Jésus shot me down

Genre musical: Hillbilly blues
Label : ECHO PRODUCTIONS
Distributeur : PIAS

Des lointaines contrées alsaciennes nous vient le chant de ce musicien. Guitariste et harmoniciste, il salue de son talent la mémoire de petits gars comme Woody Guthrie, Sonny Terry ou Fred McDowell. Tantôt ballade country blues, tantôt boogie (‘At The Mill’), voire d'influence irlandaise (‘Spit And Sawdust’), acoustique ou électrique, son hillbilly blues, dans son interprétation, n'en reste pas moins actuel. Sur fond de guitares en picking ou steel, nous roulons dans des paysages de réverbérations sonores, vers cet horizon qui n'en finit pas de s'éloigner. En pleine errance, nous croisons le fantôme d'Hank Williams, prisonnier N°9 en pleine fuite, 'I Heard That Lonesome Whistle Blow', alors qu'arrivés à un bar, 'I Did Run', en son centre yodelé, est un pur Country 'n' Western. En plein désespoir, l'homme nous assène un déluge sonore dans 'I Dug The Hole'. Saisissant ;  comme ce 'Home' de 7mn qui ferme le disque ; blues gospel à l’expressivité spirituelle. Thomas Schoeffler Jr. est le plus hillbilly des One Man Bands nationaux. ‘Jesus Shot Me Down’ est son disque.
Juan Marquez Léon