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10/20
Chroniques CD du mois Interview: ALMANAK Livres & Publications
Portrait: W.C HANDY Interview: lee o'nell blues gang Dossier: FENDER STRATOCASTER
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2020

Andres Roots
Mississippi To Loch Lomond

Genre musical: Blues instrumental   
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.andresroots.com/p/music.html    

Quelques morceaux choisis, une quinzaine en vérité, nous sont proposés cette fois ci par « The Professor » en live. Le Dobro sur l'épaule, le bottleneck au doigt, il a sillonné pas mal de contrées plus ou moins lointaines de son Estonie natale et nous a rapporté ces souvenirs musicaux d'Estonie, certes, mais aussi de Clarksdale (Mississippi) ainsi que d’Écosse, patrie de son frère en musique Dave Arcari qui a enregistré les prestations écossaises de cet album. A cet effet, Dave a prêté à Andres sa National Steel et le garçon a joué sans ampli, et ça sonne vrai. Quel que soit le morceau joué, le guitariste est seul avec son instrument et les quinze titres sont tous des instrumentaux composés par maître Roots, à part 'Station Blues Medley'. Le son brut de décoffrage de son instrument est sublimé par une finesse de jeu et une sensibilité de chaque instant ce qui fait de sa musique qu'elle est reconnaissable de suite. Ce garçon a trouvé son style, mélange de picking et de glissades contrôlées. Voici maintenant une dizaine d'années que je suis à la trace ce guitariste inventif et chaque sortie d'album me donne l'occasion de sourire et Mississippi To Loch Lomond ne déroge pas à la règle ; après son écoute, on se sent bien. Allez donc faire un tour sur son site et vous serez conquis par son style... et puis faute au vilain virus, les artistes ne tournent plus, les disquaires sont fermés et on peut se procurer directement les disques par ce moyen. Lâchez-vous donc.
César

Chicken Diamond
Bad Man

Genre musical: Blunk, désormais plus « unk » que « bl » !
Label : BEAST RECORDS
Distributeur :
CARGO RECORDS    

A six albums on peut considérer qu’on déploie une œuvre, qu’on vient pour durer et laisser un nom dans le purgatoire du rock français. Chicken Diamond ne rate généralement pas grand-chose mais, s’il y a un domaine où il est infaillible, c’est bien le visuel de ses jaquettes. La n°6 pose tout de suite son monogramme et laisse deviner une intrigue complète, une architecture incassable. L’enragé du crassier a soigné ses cordes vocales et ses beats. On trouve encore le chiffre de la Bête vomi sur un écorché de hill country, les abdos sont toujours comprimés à mort, mais le chant s’est coloré. Le Suprême des basses-cours attrape le grain d’Iggy Pop ici, de Johnny Rotten là, l’aigu cinglant de Ian Carnochan (celui des Vibrators) ailleurs. Ses samples de batterie, trafiqués et injectés dans la boîte à rythmes, machinent un jeu de jambes complexe qui entrave les chansons plus qu’il ne les propulse, et les transforme en rounds de boxe. (Par contre la basse est une vraie.) Le blunk bestial des premiers temps a évolué. Toujours ces contrastes t-model-fordiens, cette effervescence stoogienne, punk, stoner, mais aussi quelques airs qu’on pourrait fredonner, car le terrifiant gallus gallus domesticus, d’un allotrope de carbone paré, a rendu un peu de sa cruauté originelle. Il a même gravé une ballade crépusculaire (une ballade !) sur un ravissant picking velvétien, seule reprise de l’album, le ‘Bad Man’ des Oblivians. Il ne croise pas les guitares cette fois, n’en jouant qu’une par titre, l’Harmony Rocket ou la Kawai, pour une attaque plus directe, plus conforme à ce qu’il envoie sur scène. Que de mots pour dire qu’on prend encore une bonne mandale dans la poire.
Christian Casoni

Cream
Goodbye Tour Live 1968

Genre musical: Blues-rock, heavy-blues
Label : POLYDOR
Distributeur :
UMC     

C'était avant le cataclysme, lorsque tous les repères ont volé en éclats. Qui se soucie encore de Cream en 2020, à part quelques amateurs à la tempe grisonnante et au poil rare ? C'est pourtant bien dommage, car il y a mille leçons à recevoir du trio anglais, qui plus est avec ce superbe coffret. Il réunit quatre concerts de la tournée d'adieu de Cream en octobre et novembre 1968. Certains morceaux ont alimenté les disques Goodbye Cream, et Live Cream Vol. 1 et 2. Le reste traînait en bootleg depuis des lustres. Voici les sets d'Oakland, Los Angeles, San Diego et Royal Albert Hall de Londres enfin disponibles en qualité optimale avec un livret magnifique rempli de photos et de documents de cette ultime tournée. La décision de tout arrêter revint à Eric Clapton, qui fut bouleversé par une chronique de Jon Landau dans Rolling Stone, qui le qualifia de « Roi du cliché ». Mais en amont, il y avait les engueulades incessantes entre Jack Bruce et Ginger Baker, comme chien et chat depuis le Graham Bond Organisation. A l'écoute de ces quatre concerts, c'est pourtant un immense gâchis. Le son, superbe, permet d'apprécier toutes les nuances des improvisations, la capacité des musiciens à se répondre en permanence, parfois jusqu'à l'épuisement. Les versions de la vieille scie de Howlin Wolf ‘Spoonful’ sont révélatrices de cette folie créatrice. Le son du Royal Albert Hall est plus faible, capté en vidéo couleur en direct à l'époque, en ce temps-là technologie complètement balbutiante. Mais le travail de restauration moderne a permis de rétablir une qualité brute d'un concert dans la salle, rendant le set excitant. Cream ouvrit la voie à… tout le monde, y compris au Jimi Hendrix Experience qui lui rendit hommage en reprenant à l'improviste ‘Sunshine Of Your Love’ sur le plateau de l'émission du Lulu Show début 1969. Jeff Beck Group fut le principal vrai rival de Cream, mais ne survécut pas davantage. Quant aux Who, Pete Townshend prit des cours d'improvisations blues avec son ami Eric Clapton pour enclencher la phase Live At Leeds. Jack Bruce entamera une belle carrière solo, et ira dynamiter le jazz au sein du Tony Williams Lifetime avec le guitariste John McLaughlin. Quant à Ginger Baker, il apportera toute la force de la musique africaine tant aimée au rock anglais avec son Airforce.
Julien Deléglise

Def Leppard
The Early Years 79-81

Genre musical: Heavy-metal
Label : VIRGIN EMI
Distributeur :
UMC     

On se souvient surtout de Def Leppard pour son album Hysteria de 1987, son hard-rock calibré pour les radios, les jeans déchirés, les mèches blondes. A l'origine, Def Leppard fut l'un des groupes fondateurs de la New Wave Of British Heavy-Metal avec Saxon et Iron Maiden. Crée en 1978 par le chanteur Joe Elliott et le bassiste d'Atomic Mass, Rick Savage, le quintet se stabilise début 1979 avec les guitaristes Pete Willis et Steve Clark, et le batteur Rick Allen. Les cinq ont entre seize et dix-huit ans, et une énergie farouche. Issus des faubourgs de Sheffield, ils ont encore l'apparence de cinq gamins de prolos mal dégrossis, qui cachent une sensibilité mélodique bien affirmée. Ils aiment surtout le hard-rock de Led Zeppelin, UFO et Thin Lizzy. Leur carrière décolle rapidement avec un premier EP autoproduit qui atterrit sur la console de la BBC. Rapidement signés chez Mercury, ils sortent leur premier album en 1980, On Through The Night, produit par Tom Allom, l'ingénieur du son de Judas Priest. Le second, publié l'année suivante, High'N'Dry, est plus léché, mais conserve encore cette hargne magnifique. Le producteur Robert Mutt Lange fait son entrée, et c'est lui qui va bouleverser le son de Def Leppard pour l'orienter vers les mélodies pop. L'accident de Rick Allen fin 1984 dans lequel il perd un bras, les emmène vers les percussions électroniques, et achève de peaufiner le son calibré qui sera désormais le leur. Ce superbe coffret réunit les deux premiers albums, leurs sessions BBC, des inédits, et un ravageur concert de 1980 à Oxford. Toute la quintessence de Def Leppard est réunie ici.
Julien Deléglise

Gary Moore
Live From London

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

On ne présente plus Gary Moore disparu prématurément le 6 février 2011. Musicien parfois contesté par les puristes du blues, l’Irlandais avait néanmoins un grand nombre de fans. Enregistré le 2 décembre 2009 à l’Islington Academy de Londres, haut lieu de la soul, du blues et du rock, devant un public enthousiaste, le guitariste est au top. Un peu plus de dix ans plus tard, en 78 minutes cet album ressuscite cette soirée inoubliable. Le son est chaud et puissant, Gary Moore envoie un blues-rock incendiaire. Le public est en ébullition dès le premier titre ‘Oh, Pretty Woman’ et avec la fermeté de son jeu et la force de sa voix Gary Moore va faire monter la température au fil du concert. Bien sûr il interprète ses grands classiques personnels comme ‘Still Got The Blues’, ‘Since I Met You Baby’,Walking By Myself’…Ça remue et ça secoue de bout en bout. En treize titres, entouré de Vic Martin aux claviers, Peter Rees à la basse et Steve Dixon à la batterie, Gary Moore déroule son répertoire avec de vigoureux solos faits de riffs cinglants pour terminer en apothéose avec son incontournable ‘Parisienne Walkways’. Cette livraison posthume de l’artiste qui allonge une discographie pléthorique (une cinquantaine d’albums) reste comme le témoignage de sa dernière tournée.  
Gilles Blampain

Jeremiah Johnson
Heaven To Betsy

 

Genre musical: Southern rock, blues
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Voici une œuvre dans laquelle tout, j'ai bien dit tout est bon. Déjà, le digipack au motif accrocheur qui donne envie de savoir ce qui se passe quand on pose le CD dans son lecteur. C'est le genre de disque à emporter et écouter en boucle quand on a des heures de route à se taper. La musique de Jeremiah Johnson, rock Sudiste basé sur le blues, a été composée à la guitare acoustique puis, le patron a réuni l'équipe qui va bien. Le saxophoniste Frank Bauer qui est un indispensable dans cette formation. Il était d’ailleurs présent sur le précédent album Straitjacket au même titre que le batteur Benett Schaeffer. En ce qui concerne le(s) rythme(s), le percussionniste Tony Antonelli (anciennement Devon Allman) est venu grossir la troupe et le bassiste Tony Anthonis a apporté ses grosses cordes vibrantes à souhait, et pour lier le tout, c'est le claviériste Rick Steff qui a été retenu. Au-dessus de tout ça, inspiré et éclairé, le jeu de guitare de Jeremiah Johnson le genre de type capable de vous fournir des hymnes à la pelle ('White Lightning' 'Forever And A Day' 'Tornado’). Du boogie-rock de 'Preacher's Daughter' à la reprise (la seule des douze titres) du 'Born Under A Bad Sign' de Booker T en passant par le turbulent 'Castel In The Air', votre tension va monter et la bougeotte va vous prendre. 'Leo Stone' nous replonge dans les années ABB et la tranquillité n'est pas oubliée avec 'Long Way Home'. Il y en a pour tous les goûts, cet album est riche et le feeling est à fleur de médiator et d'anche. Il est Indispensable.
César

Joep Pelt
The Lomax Sessions

 

Genre musical: Blues ancestral
Label : BAD REPUTATIO
Distributeur : BAD REPUTATION

Joep est un drôle de personnage, véritable globe-trotter de la musique, parcourant les Etats-Unis et l'Afrique pour en rapporter des chansons. Il les présente sous forme d'albums, de spectacles ou de documentaires. Il a cette fois-ci décidé de consacrer un disque aux morceaux issus des sessions Lomax, du nom de leurs créateurs : John et Alan Lomax. Père et fils ont enregistré « sur le terrain » entre 1934 et 1978 des bluesmen et leurs chansons afin de les archiver à la Bibliothèque du Congrès comme patrimoine culturel américain. On y retrouve quelques pièces qui deviendront des favoris du rock : ‘Black Betty’ de Lead Belly et devenu un hit pour Ram Jam, ‘Sloop John B’ de Joseph Spence repris par les Beach Boys, ‘Shake Em Down’ de Fred McDowell repris par Savoy Brown... Joep Pelt les interprète avec le plus d'authenticité possible, simplement accompagné d'un dobro, d'une guitare acoustique ou électrique, et d'un harmonica. Sa voix chaude et profonde n'essaie pas d'imiter les vieux sages, mais de retrouver l'esprit qui habitent ces chansons. Le résultat est simple et humble, sans fioriture grossière. Son jeu de guitare est sobre et limpide. The Lomax Sessions est une belle relecture du blues ancestral américain.
Julien Deléglise

John Blues Boyd
What My Eyes Have Seen ....

 

Genre musical: Blues multiforme
Label : GULF COASR RECORDS
Distributeur : Amazon, Spotify, Deezer

Chaussé de ses Ray-Ban 'Black Mercury', l'homme sur la photo nous dit : « Ce Que Mes Yeux Ont Vu... ». Sa jeunesse passée dès l'âge de 7 ans comme ouvrier cueilleur. Son militantisme auprès de Martin Luther King alors qu'il n'a que 16 ans, avant d'être chassé de son Mississippi natal (Greenwood) par le KKK. On le retrouve ensuite en Californie dès les 80's. Suite au décès de son épouse en 2014 et à qui il rend hommage ici, ‘A Beautiful Woman (For Donna Mae)' il se consacre entièrement au blues et enregistre son premier album alors qu'il entame sa 70ème année. What My Eyes Have Seen... est son sixième, son second aux Greaseland Studios de Kid Andersen. Ce dernier a produit, co-écrit l'ensemble, et a été jusqu'à faire jouer son propre groupe. Le Kid est bien sûr principalement à la guitare. On le sait virtuose de l'instrument. D'ailleurs John Boyd et lui sont des amis très proches. Les productions Greaseland sont parmi les meilleures du blues actuel, il suffit d'écouter Wee Willie Walker ou Rick Estrin & The Night Cats, pour s'en rendre compte. A nouveau, cet album est une bombe. Un peu un concept album en fait, car à travers sa vie, John Blues Boyd chante également de sa voix chaude l'histoire du peuple afro-américain, des droits civiques, des luttes pour leur liberté ; 'Why Did You Take That Shot'. Chaque titres, funky, groovy, dans un style Delta ou West Coast, est lié par un interlude nommé 'My Memory Takes Me There' partie 1 à 9 formant un tout homogène. C'est prodigieusement bien joué. Orgue, cuivres, harmonica, tout est bien en place, aucun débordement ou solos intempestifs. La production est très belle, toute en naturel, faisant de cet objet un des meilleurs albums de blues de l'année 2020. John Blues Boyd a 75 ans aujourd'hui. Longue vie à lui.
Juan Marquez Léon 

King Salomon Hicks
Harlem

 

Genre musical: Blues, rock, soul etc.
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Ce nouveau venu a malgré son jeune âge un pédigrée assez bluffant. Sa mère est son premier professeur de guitare à l'âge de six ans. Par la suite il s’immerge dans la soul, le blues, le jazz et la musique afro-cubaine. Très tôt il participe à des jam-sessions et à 13 ans il se retrouve guitariste soliste au sein de l’orchestre de 17 musiciens du Cotton Club de New York.  Surnommé King Solomon par ses fans de Harlem, cet artiste de vingt-cinq ans se produit dans les meilleurs clubs de Big Apple depuis maintenant plus de sept ans en mélangeant rhythm’n’blues, rock et soul. Autant dire que ce débutant (discographique) n’est pas un novice. Solomon Hicks est chanteur, guitariste, auteur-compositeur et développe un son qui lui est propre en conjuguant le passé et l'avenir du blues. Son style peut se résumer en force, finesse et feeling. En 39 minutes l’album qui distille une énergie contagieuse déroule 11 titres avec des classiques comme ‘Every Day I Have The Blues’. Solomon Hicks reprend également ‘I Love You More Than You’ll Ever Know’ de Blood, Sweat & Tears en y apportant une touche latino. Et sa version frémissante de ‘Help Me’ de Sonny Boy Williamson II qu’il redessine à sa façon est assez impressionnante. Harlem, autant que l’aboutissement d’un parcours déjà long, marque sans conteste les débuts d'une carrière promise à un bel avenir.
Gilles Blampain

Mojo Bruno
Blues & Other Colored Inventions

 

Genre musical: Blues créole  
Label : SWEET HOME PRODUCTION
Distributeur : mannish.boys@free.fr

Une seule explication : le grand Blouseux s'est penché sur son berceau quand il était petit. Avec délicatesse et passion Mojo Bruno égraine ses notes comme un oiseau picore sa pitance, en l'occurrence, une nourriture de l'âme, ensoleillée et pimentée. Il faut dire que ce garçon qui transpire le blues a pour autre inspiration la musique caribéenne et, ses compositions et arrangements marient tout naturellement ces deux styles, ce qui a pour effet de donner ce groove qui vous réchauffe comme un piment oiseau qui sublimerait un matété. Pour relever la sauce, ses Mannish Boys, sont bien choisis. Christian Seminor, le percussionniste est toujours de la partie et aide très fortement au voyage. Une autre coloration d'importance est la participation du bassiste Phil Gal qui manie aussi le steeldrum sur quelques titres 'Pas Bisoin', l'instrumental 'Song For Taj' et 'Sun Gone Shine', le second bassiste à la rescousse étant Loucas Bidard. Gilles Alberola et Clément Boyer se partagent les parties de batterie quant à Fred Teysseyre il est de la partie sur les morceaux où les claviers se font entendre. Et pour rendre encore plus douce et envoûtante cette musique du cœur, deux chanteuse (Aïcha Ouro Agouda et Lilah Séléna) sont venues poser leurs voix, sans oublier le chœur et les rires d'enfants sur 'Damballa' en hommage à tous ces Africains enchaînés et déportés, ancêtres de la population créole. Du blues lent et poignant 'Bad Night' au titre le plus funk 'Shining On My Mind', de la reprise de 'Voodoo Child' vraiment vaudou à 'Mother Earth Blues' instrumental façon Santana cool à écouter affalé dans un hamac, Mojo Bruno et sa famille nous font passer par tous les états d'âme possibles pour terminer l'album avec un treizième titre (instrumental) 'Matouba' seul au dobro, accompagné par de discrets chants d'oiseaux où l'on retrouve toute la délicatesse et la modestie de l'un des plus grands bluesmen  Français. Ce disque est ensorcelant, ce doit être grâce au masque magique qui figure sur ce digipack agrémenté d'un beau livret. C'est du BCBG (Blues Caribeen Bien Groove).
César

Robert Cray Band
That's What I Heard

Genre musical: Soul
Label : NOZZLE
Distributeur : THIRTY TIGERS

Robert Cray est un type énervant comme tous ceux qui n’ont de comptes à rendre qu’à leur propre marque, pourtant classiques mais ne devant rien à personne, même quand ils distinguent quelques uns de leurs devanciers comme des influences et reprennent leurs chansons. L’album s’intitule That’s What I Heard. Lui, jamais ramenard, incontestable malgré des aspirations ouvertement commerciales, toujours à sa place quoi qu’il fasse, et toujours très bon. Il reprendrait ‘Tiens Voilà Du Boudin’, il en ferait quelque chose de bien. Globalement, c’est un disque de soul bien chargée, cuivres, chœurs, orgue, guitare de phraseur racé, section rythmique claquante, production étincelante à tous les sens de l’épithète : remarquable, lisse et vendeuse. Il reprend un titre des Sensational Nightingales, des Impressions/Curtis Mayfield, Bobby Blue Bland, Don Gardner, en épaissit la sauce, le chant plus affecté, plus pop, des beats plus marqués pour améliorer la dynamique commerciale et tenter les DJ, mais son métier c’est vendeur de chansons, pas bluesman. Une fois qu’on a fait la fine bouche, il faut se rendre à l’évidence : son chant est divin et son jeu de guitare, aussi classique et inattendu que le proprio. Certaines carrières sont accrochées pour les siècles des siècles à un slow déchirant. De ces slows-là, Cray en place deux par album et des albums, il en a griffés une vingtaine en studio. ‘Promises You Can’t Keep’, par exemple, pour celui-ci. On peut noter parfois l’attaque plus rock des cordes et la fraîcheur jazzy de la conclusion. On peut aussi passer à côté de ce disque et vivre centenaire, mais on aurait manqué un bon moment.
Christian Casoni

Sari Schorr
Live in Europe

Genre musical: Blues-rock
Label : MANATHON RECORDS
Distributeur : BERTUS

Ses albums précédents ont reçu un bon accueil du public mais Sari Schorr annonce : « L'enregistrement d'un album live était une tentative brutale de repousser le perfectionnisme du monde technologique ». L’artiste new-yorkaise a donc sillonné l'Europe en 2019 en donnant une trentaine de concerts à travers le continent entre mars et avril. Elle était cette fois accompagnée par de talentueux musiciens européens, Ash Wilson à la guitare, Mat Beable à la basse, Roy Martin et Martin ‘Magic’ Johnson aux batteries, Bob Fridzema et Stevie Watts aux claviers. Cet album permet de revivre les moments forts des spectacles qui ont eu lieu en Grande-Bretagne et en Suisse, ainsi que deux joyaux acoustiques guitare, piano, voix, d'une session à la BBC, ‘Ready For Love’ et ‘King Of Rock’n’roll’ mettant en valeur un autre versant de son talent. Sur scène Sari Schorr tient son public en haleine grâce à un band au style agressif et nerveux qui soutient une voix puissante et rauque que certains n’hésitent pas à comparer à la puissance de Grace Slick allié à raucité de Janis Joplin. La sélection retenue pour ce disque est composée de 10 chansons originales de ses deux albums studio et deux reprises, ‘Black Betty’ et ‘I Just Want To Make Love To You’ auxquelles elle donne un nouveau souffle.
Gilles Blampain

Slift
Ummon

Genre musical: Heavy-psyche-stoner-rock
Label : VICIOUS CIRCLE
Distributeur : VICIOUS CIRCLE

Slift est un trio originaire de Toulouse composé du guitariste-chanteur Jean Fossat, de son frère Rémi à la basse, et du batteur Canek Flores. Ils publient un premier EP, Space Is The Key, en 2017, et un premier album, La Planète Inexplorée en 2018, les deux sur le label Howlin Banana. J'avoue ne pas les connaître alors, mais tombé par hasard sur un morceau de ce disque, c'est la claque. C'est peut-être même l'un des meilleurs albums de rock de l'année, rien de moins. Que justifie cet engouement ? D'abord il y a la superbe pochette signée Caza (Metal Hurlant, Humanoïdes Associés). Et il y a évidemment le contenu. Comme sur le disque précédent, il s'agit d'un concept-album, mettant ici en scène les Titans, leur exil vers les confins de l'espace à la recherche de leurs créateurs, et le retour du Titan Hypérion sur la Terre. Il est évident que la science-fiction joue un grand rôle dans l'inspiration de Slift, mais aussi sur leur musique. Les références sont pointues et parfaitement assimilées : le Krautrock de Can, Neu et Amon Düül II, le heavy psyché de Hawkwind, le stoner acide de Oh Sees, The Heads, Sungrazer et Cosmic Dead. Cette mixture donne un disque particulièrement dense, puissant, et passionnant. Trois sommets se distinguent parmi cette félicitée : ‘Thousands Helmets Of Gold’, ‘Citadel On A Satellite’ et ‘Altitude Lake’. L'ensemble est fascinant, tout simplement.
Julien Deléglise

Sonny Landreth
Blacktop Run

Genre musical: Style varié
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Avec ce nouvel album Sonny Landreth mélange une fois encore très habilement les genres et les styles et nous régale de ses slides si fluides. Sa manière de jouer fait de lui un guitariste à qui il est difficile de coller une étiquette et c’est ce qui fait son originalité. Son interprétation pleine d’habileté et d’une grande délicatesse dégage une réelle force. Le Louisianais livre quelques instrumentaux électriques durs et des ballades acoustiques nostalgiques. La set list aligne en 35 minutes 10 titres variés qui vont de la pulsation sensuelle et chaloupée de ‘Lover Dance With Me’ au zydeco de ‘The Mule’ en passant par le jazz-rock de ‘Groovy Goddess’ pour finir sur le mélancolique et délicat ‘Something Grand’. Une performance où la puissance n’exclut pas la souplesse, que le tempo soit vif ou languide aucune composition ne laisse indifférent. L’enregistrement réalisé en prises directes pour saisir l’immédiateté du feeling s’est fait aux Dockside studios de Lafayette, avec comme d’habitude David Ranson à la basse, Brian Brignac à la batterie et Steve Conn aux claviers (accordéon, piano Wurlitzer et Orgue Hammond B3). L’osmose est vraiment parfaite entre tous les musiciens. Cette production riche de différentes saveurs et interprétée avec brio est un réel plaisir auditif.
Gilles Blampain

The Chainsaw Blues Cowboys
The magnificent Seven Part. 1

Genre musical: Cinemascope sonore
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : InOuïe distribution

Après The Good, The Bad & The Chainsaw suivi de For A Few Chainsaw More, ils reviennent toujours aussi obsédés par la BO de western. The Chainsaw Blues Cowboys rééditent la formule avec The Magnificent Seven Part.1. Un album composé de 7 titres et un épilogue... qui laisse présager une suite. Rien qu’à la lecture de l’intitulé des chansons il est plus question de desperados que d’hommes de loi, ‘The Wild Bunch Massacre’, ‘Possessed By William News Carver’, ‘Charlie Altamont’s Creepy Motel’… Le duo nous entraîne dans un univers sonore empreint d’une certaine démesure qui évoque les grands espaces de l’Ouest, les trognes patibulaires, les duels au soleil. Pour un son particulièrement travaillé, un orchestrateur symphonique est venu donner un coup de main pour certaines compositions. Mêlant l’énergie du rock’n’roll originel et la brutalité du punk à un chœur philharmonique, c’est tout à la fois foutraque, bruyant, déjanté, mélodieux, sophistiqué et décapant. Ça accroche l’oreille, c’est fort, ça fuse, ça enfle, ça explose ! Alors évidemment comme dans un songe en cinémascope on entrevoit les ombres de John Sturgess, Sam Pekinpah, Sergio Leone, et reviennent en mémoire des échos des mélodies de Dimiti Tiomkin, d’Ennio Morricone, mais aussi les riffs lancinants de RL Burnside ou de Junior Kimbrough et le résultat est étonnant autant que détonant. La production du duo est une expérience singulière qui brise la routine.
Gilles Blampain

Val Star and The Blues Rocket
Lighter Side Of The Blues

Genre musical: Blues-rock californien
Label : Autoproduction – sandwich factory records
Distributeur : valstarr.com, Amazon, Spotify, Deezer

Pochette bleue à la Michou, une six-cordes azur trônant en gloire au centre de la jaquette, des grattes partout, du saxo, de l’harmonica, un groove d’enfer et, à la fin, une atmosphère unique qui entretisse l’énergie brute du rock’n’roll, le chaloupé du blues et la motricité joyeuse de la pop des Sixties. Val Starr, qui n’en est pas à son coup d’essai avec ce cinquième album autoproduit, s’est affairée à réunir autour des micros une jolie brochette de musiciens chevronnés de la Côte Ouest : son mari bassiste John Ellis, le guitariste Timothy Brisson, le batteur Paul Farman et l’harmoniciste Frankie Munz, formant ensemble les bien-nommés Blues Rocket, auxquels se sont joints quatre invités de marque, Todd Morgan aux claviers, Horacio Socarras et ses percussions, Saxophone Zot et Danny Sandoval venant souffler dans les cuivres pour dynamiter la majeure partie des treize plages enregistrées ici. Rien que des compositions, à l’exception d’une reprise du ‘Big Boss Man’ de Jimmy Reed, dont la belle a réécrit tous les couplets pour y ajouter sa patte engagée sous la forme d’un (#MeToo) tonitruant, à tel point qu’elle nous offre au bout du compte une chanson intégralement revisitée. La force de ce disque réside dans l’art du mélange, qui s’appuie sur l’expérience des années de scène aux quatre coins des Etats-Unis, et sur l’étonnante faculté de marier, en 53 minutes, toutes les facettes de la musique qu’on aime au plateau complet des sensations humaines, dans des pièces portées par une rythmique impitoyable et une symbiose féconde entre les instruments. Les solos de guitare tranchent dans le vif, l’orgue se fait moelleux comme il faut, les saxophones en revanche atomisent tout dans leur sillage. Griotte sur la tartelette : Val Starr chante terriblement bien, coriace et sensuelle à la fois, et sait moduler sa voix à la perfection pour l’adapter au propos de chaque morceau. Difficile de ne pas gigouiller ni de s’émouvoir à l’écoute de cette galette de haut vol !
Max Mercier

Vanja Sky
Woman Named Trouble

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Voilà une jeune femme pleine de passion qui fait preuve d’une belle ardeur. Deux ans après son premier album et sa participation au Blues Caravan Tour 2018 aux côtés de Mike Zito et Bernard Allison, la jeune Croate remet le couvert. Et elle a une pêche d’enfer. Des riffs qui tuent, une rythmique bien marquée, un côté rageur qui accroche, un chant mordant. Certains la comparent à Chrissie Hynde, il y a un peu de ça. Mais laissons-lui sa personnalité qui ne manque pas d’originalité. L’ancienne pâtissière signe 8 compositions dont les titres indiquent qu’elle ne fait pas dans la guimauve : ‘Rock’n’rolla Train’, ‘Hard Times’, ‘Trouble Maker, ‘Let’s Get Wild’… et reprend de belle manière des chansons de ceux qu’elle considère comme ses influences majeures, ‘Life Is A Bitch’ de Luther Allison, ‘Oh Well’ de Peter Green et ‘Shadow Play’ de Rory Gallagher. Son blues-rock musclé intègre des influences funk et country. Vanja Sky chante avec du coffre, joue de la guitare et de la mandoline, et est accompagnée par une formation restreinte composée de Robert Wendt (guitares acoustique et électrique et dobro), Artjom Feldtser (basse) et Hanser Schüler (batterie, percussions). Il se dégage de ce disque un vrai un dynamisme et une belle vitalité.  
Gilles Blampain

Victor Wainwright and the Train
Memphis Loud

Genre musical: Rock, blues, boogie, soul, etc.
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

L’homme de Savannah est de retour avec son Train. Compositeur, producteur, chanteur et pianiste renommé, Victor Wainwright est un artiste dynamique qui sait accrocher le public. Le moins qu’on puisse dire est que sa prestation est festive. Il défie toujours les genres, ne voulant pas rester enfermé dans une catégorie il nous propose un véritable cocktail musical et plonge dans le blues, la soul, le rock, le boogie-woogie, le latino, les ambiances 2nd line, les rythmes funky et ne se prive pas d’embardées psychédéliques. L’album déroule 12 compositions originales enregistrées au Music+Arts Studio à Memphis. Victor Wainwright chante, joue du piano et de l’orgue Hammond B3. Il est accompagné par Billy Dean (batterie, percussions, chant), Terrence Grayson (basse, chant), Pat Harrington (guitare, chant), Mark Earley (saxophone baryton et ténor et clarinette), Doug Woolverton (trompette et bugle) et Dave Gross (guitare, chant, percussions). Et comme si cela ne suffisait pas, de nombreux invités sont venus prêter main forte. Wainwright de confirmer : « Nous étions parfois jusqu'à dix musiciens dans le studio, avec de nouveaux visages et de vieux amis. Nous sommes une grande famille, avec de nombreux wagons de marchandises pour ce long Train. Tout le monde a accumulé de la vapeur émotionnelle dans sa vie, et en tant que chef d'orchestre, tout ce que j'ai à faire, c'est d'utiliser cette vapeur pour faire avancer le train ». Ce train spécial offre un voyage étonnant à tous ceux qui veulent bien s’évader à son bord.
Gilles Blampain

Watermelon Slim
Traveling Man

Genre musical: Blues old school 
Label : NorthernBlues Music
Distributeur : Bertus France

Hors des studios d’enregistrement et des grandes scènes de festivals, cet album permet de retrouver Watermelon Slim en solo, chant, harmonica et guitare à résonateur, dans une petite salle face à un auditoire attentif. Et cette configuration qui sied à l’artiste le présente dans toute son authenticité. Sa voix caverneuse, parfois lasse, est toujours portée par le blues le plus rude mais non dénué de subtilité. Commentateur de son époque, il parle toujours de sa vie, de politique, du monde comme il va. Le premier disque nous ramène au soir du 24 septembre 2016 à The Blue Door, club d’Oklahoma City. Watermelon Slim en parfaite connexion avec son public interprète 11 chansons mêlant ses propres compositions à quelques classiques comme ‘61 Highway Blues’ et ‘Frisco Line’ de Fred McDowell, ‘Smokestack Lightning’ de Howlin' Wolf et ‘Two Trains Running’ de Muddy Waters. Le concert dure 65 minutes durant lesquelles on apprécie largement sa puissance d’interprétation et la finesse de son jeu en slide. Le deuxième CD retransmet une partie de la soirée captée à The Depot à Norman, autre ville d’Oklahoma, le 28 février 2016. Cette fois le set est plus bref, 33 minutes, et se limite à 7 chansons dont ‘John Henry’ la seule qui soit une reprise. Il y a un réel charme dans cet enregistrement de deux superbes concerts où on est en présence d’un musicien au meilleur de sa forme.
Gilles Blampain