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10/18
Chroniques CD du mois Interview: LITTLE VICTOR Livres & Publications
Portrait: BIG MAYBELLE Interview: MR. HARDEARLY Dossier: KING RECORDS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

Mai 2013

Alexx & the MoOonshiners
Mooonset Mooonrise

Genre musical: Hem !
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ont-ils été frappés de folie, touchés par la grâce, ou les deux ? Leur dernier album, un double étonnant, soulève tellement de questions que sa chronique fait l’objet d’un manifeste, à lire dans la livraison du mois (voir sommaire : L’affaire MoOonshiners). Le présent texte n’est donc pas une chronique, juste la flèche qui oriente le lecteur vers la glose de Mooonset Mooonrise (ou l’inverse). Sinon ? Ben, l’époque est formidable, enfin débarrassée des prophètes. L’activité commerciale qui se développe sur des pages internet, en autoproduction ou sur les petits labels a peut-être ses limites, la scène se paupérise, les groupes parviennent, contraints et forcés, à une frugalité autosuffisante, mais leur richesse artistique n’a jamais été aussi fastueuse. Toutes les expériences sont permises, maintenant que les majors en sont réduites à se planquer derrière leurs vieilles gloires, lesquelles n’ont plus grand-chose à raconter, ni Eric Clapton ni Jerry Lee Lewis. Les épinards ne crawlent peut-être pas dans le beurre, mais la fête peut commencer ! Alexx Wokenschroll : chant. Lionel Riss : guitares. Eric Litaudon : basse. Pascal Raphard et Aurélie Simenel : batteries. Et leurs amis : Stanley Adler et Olivier Koundouno : violoncelles, Damien Cornelis : claviers, Jean-Marc Hénaux : harmonica, René Mirat : violon, banjo et mandoline, etc....
pour en savoir plus lire la suite blues
Christian Casoni

Arthur Big Boy Crudup
Sunny Road

Genre musical: Chicago Blues
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

La maison Delmark a soixante ans cette année, presque l’âge qu’avait Crudup quand il enregistra ces chansons aux Sound Studios de Chicago, en novembre 1969. Il était alors âgé de 64 ans. Delmark exhume encore une de ces sessions oubliées qui font le gros de son actualité depuis quelques temps. On n’a déjà pas affaire à l’une de ces innombrables compilations qui s’ouvrent toujours sur ‘That’s Alright Mama’. L’album doit en partie sa fraîcheur aux prestations de Jimmy Dawkins et de Big Eye (excellent de pudeur et d’efficacité). Car, oui, Jimmy Dawkins tient la deuxième guitare, et Willie Big Eye Smith tape les peaux. La guitare de Crudup est passée à la cabine Leslie sur la plupart des chansons, une vraie trouvaille qui garantit un double effet, swamp et cathédrale, chaleureux et obsessionnel. D’autres l’avaient expérimenté avant lui, notamment Buddy Guy sur le disque de Junior Wells, Hoodoo Man Blues (autre un album Delmark). En outre, Crudup a cette voix prégnante, rurale, qui lui permet une simplicité de chant très digne, presque majestueuse. Le troisième larron s’appelle Mike Thompson, il met de la basse un peu partout et un filet de guitare sur une chanson. Crudup est décrit ici, par Bob Koester, patron du label, comme inhabituellement mélancolique, hanté par le souvenir de sa dernière épouse. Le disque passe pourtant sans aucun pathos, rigoureux et plutôt félin, comme le blues devrait toujours passer. Sunny Road est sans doute le meilleur album du Grand Garçon.
Christian Casoni

Big Daddy Wilson
I’m your man

Genre musical: Soul, blues and more
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Ce qui est bien avec Big Daddy Wilson, c’est que la déception n’est jamais au rendez-vous. De disque en disque la qualité est là et bien là et l’artiste s’impose comme une valeur sûre. Blues ou soul l’interprétation est sans défaut. Une voix superbe, chaude et douce aux inflexions chatoyantes, soutenue par un accompagnement brillant. Cet enregistrement a été produit de main de maître par Staffan Astner ami et collaborateur d’Eric Bibb. L’album possède différentes couleurs sonores qui vont du blues traditionnel à la ballade néo-orléanaise en passant par des intonations plus ou moins rock ou des échos de gospel et même une ballade tex-mex. Enregistré en Suède, Daddy Wilson est accompagné par un band à toute épreuve : Staffan Astner (guitares), Sven Lindvall (basse), Per Lindvall (batterie), Peter Hallström (claviers) auxquels viennent se joindre quelques musiciens en renfort sur certaines chansons. Ainsi, selon les titres le tuba apporte de la rondeur, la clarinette insuffle un peu de piquant, les cordes produisent de la douceur et l’orgue une certaine onctuosité. L’atmosphère de certains titres est des plus séduisantes et on se laisse embarquer sans résister. De tournure agréable, l’ensemble est plein de délicatesse et de feeling. Sans jouer les thuriféraires, on peut dire que ce disque distille une euphorie certaine.
Gilles Blampain

Bill Deraime
Après demain

Genre musical: Blues de Bill
Label : DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Bill Deraime nous cueille toujours avec sa tendresse et sa révolte. Chanteur engagé, contestataire, agitateur d’idées facétieux, c’est avec un plaisir évident qu’on retrouve des titres qui ont jalonné sa carrière comme la bande son d’une vie : ‘Je Rêve’, ‘Esclaves Ou Exclus’, ‘Le Vieil Homme’... comme de nouvelles compositions. L’œil qui frise et le sourire en coin, il a toujours su aborder les problèmes de société avec une réelle acuité. Ses textes, empreints de gravité, teintés d’humour ou tissés d’émotion, dansent ou boxent sur des rythmes blues, boogie, folk ou reggae auxquels il ajoute à présent parfois un zeste de funk ou une pincée de swing. Superbement entouré, il est accompagné comme à son habitude par le toujours fidèle Mauro Serri (guitare) et par Jean Roussel (Hammond B3), Denis Olive (basse) et Stéphane Pigeat (batterie). C’est en compagnie de Fred Chapellier qui participa à la dernière tournée de Jacques Dutronc, qu’il reprend ‘Les Cactus’ dans une version décoiffante. Il y a aussi, comme un coup de chapeau, l’hommage à Gary Davis, inspiration majeure de l’homme au béret, avec ‘Death Don’t Have No Mercy’. Et tel un feu d’artifices drolatique, c’est en duo avec Sanseverino que Bill termine le disque dans un swing d’enfer pour une jouissive reprise de ‘Baba Boogie’ relooké, époque oblige, en ‘Bobo Boogie’, ce qui ne change rien au propos.
Gilles Blampain

Boz Scaggs
Memphis

Genre musical: Soul pop
Label : MEMBRAN
Distributeur : HARMONIA MUNDI

Au fil de plus d’une quinzaine d’album, Boz Scaggs s’est exprimé dans à peu près tous les styles, blues rock, soul, jazz. Après cinq années loin des studios, le voilà qui revient avec une soul satinée, aérienne et décontractée. Sous une apparente désinvolture, Boz Scaggs qui est considéré par beaucoup comme un perfectionniste donne avec cette nouvelle production un résultat à la hauteur de cette réputation. Pour ce disque qu’il a enregistré dans les célèbres Royal Studios de Memphis, choisis pour le son, l’environnement et l’ambiance qu’il y règne, il a sollicité quelques vétérans de renom comme Spooner Oldham qui joue du piano électrique Wurlitzer sur cinq chansons, Charles Hodges qui est à l'orgue sur la moitié des titres, et Charlie Musselwhite qui pointe le bout de son harmonica sur un blues lent de la meilleure veine titré ‘Dry Spell’. Boz Scaggs signe un grand nombre des titres de la set list mais reprend également quelques standards. Il revisite Willie DeVille ‘Mixed Up, Shook Up Girl’, ‘Cadillac Walk’ et Tony Joe White ‘Rainy Night In Georgia’ pour en donner sa version cool et savoureuse ou une scie comme ‘Corinna, Corinna’ chantée avant lui par tant d’artistes différents allant de BB King à Bob Dylan. Une interprétation toute en finesse avec voix mélodieuse, un style élégant et un jeu de guitare qui ne l’est pas moins.
Gilles Blampain

Electric Bazar Cie
Seamen & Travellers

Genre musical: psychobilly + rebetiko = psychotiko
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : IRFAN

Le chant : disons, entre Lux Interior et Arno (donc, forcément un peu Tom Waits). La guitare en jarrets de fuite, réverb et belles distos. La batterie joue les tambours de guerre. La basse ou la contrebasse file des malédictions intérieures avec crises de tachycardie. Une première couche psychobilly donc, brutalité, binaires toxiques, la mort en ce jardin ! Deuxième couche : bouzouki, clarinette, saxophone baryton, arabesques centre-européennes, les rythmes bonhommes et complexes d’un vieux music-hall villageois oublié dans les Balkans, peut-être les Carpates, datant d’Omer Pacha. Bref, du rebetiko : volupté, fatalisme et apesanteur. La jonction miraculeuse de ces deux mondes, qu’on aurait parié irréconciliables, avait donné l’occasion, à l’Electric Bazar Cie, de forger le néologisme « psychotiko » pour intituler l’album de 2010, soit la contraction des termes « psychobilly » et « rebetiko ». Les quatre saltimbanques de Douarnenez (déjà quatre albums, dont un live) sortent cet EP six-titres, dont les styles paradoxaux devraient se neutraliser, au lieu de quoi, une fois de plus, ils s’échangent une énergie chromatique drue, hermaphrodite, à la fois tellurique et solaire. Si un titre comme ‘The Streets Of Rethymnon’ pourrait éventuellement figurer dans un catalogue de musiques trad, qu’on ne s’y trompe, c’est bien de rock’n’roll qu’il s’agit, c’est le point d’ancrage de leurs langueurs ottomanes. Ceci n’exclut surtout pas l’humour, qui est au rock’n’roll ce que le swing est au jazz. ‘The Walk Of The Cannibals’ (rien que le titre), avec son jazz kitsch de série Z, ses barrissements de saxo, ses émotions hollywoodiennes surfaites, pourrait être un bel hommage à Screamin’ Jay Hawkins.
Christian Casoni

Itch
Diplomat

Genre musical: Urban Rap / Electro
Label : REDBULL RECORDS
Distributeur : EMI

Attention, ce n’est pas la chronique d’un album mais le décorticage du titre ‘Diplomat’, extrait du EP tout frais : ‘Manifesto Pat II : We’re All In The Gutter’. Itch est né des cendres des King Blues. Bon, vues d’ici, les contrées blues sont vraiment lointaines, mais comme on est plutôt ouvert à Blues Again… Nous sommes plus en présence d’une musique dans la pure lignée des Beastie Boys, avec des pointes de Basement Jaxx et de Prodigy. Un genre de musique actuelle au phrasé rappé, avec quelques incursions dans les sons électro et rock. Itch pourrait être surprenant à la première écoute, mais l’ensemble est plutôt agréable, même pour des non-initiés. On sent qu’Itch en veut, ce qui est franchement respectable. Itch n’a rien à envier à ses congénères noirs-américains comme Dr Dre ou Snoop Dog. Son rap rageur et revendicateur fait sa force. Rappeurs urbains scandant leur verve, punks d’aujourd'hui, bluesmen sans la note bleue. A découvrir.
Alicia Fiorucci

Nico Duportal & his Rhythm Dudes
Real Rockin’ Papa

Genre musical: R & B, swing et rock’n’roll
Label : CRAZY TIMES RECORDS
Distributeur : WWW.CRAZYTIMESMUSIC.COM - WWW.NICODUPORTAL.COM

Ça, ici, maintenant : du blues (au sens très, très large), en France, en 2013. Aucun de ces trois paramètres n’est bankable, mais ils dessinent l’une des plus belles scènes underground de la planète. Le dernier album de Nico Duportal en donne une preuve encore fumante. C’est déjà ce qu’on disait de Rosebud Blue Sauce, son ancien groupe, avec son jump vintage. Duportal continue dans les albums de genre avec la même aisance incroyable, jusqu’aux filigranes du voile qu’il tisse à la perfection dans son chant, jusqu’à la prononciation trahissant cette pointe d’accent noir qui colorait les charts du R&B dans les années 50, jusqu’à la goujaterie rustique avec laquelle ce disque a été mixé. Duportal restitue bien la candeur roublarde et la précarité de ce swing qui s’encanaille dans le rock’n’roll, courtisant un rhythm’n’blues type, apportant un soin maniaque à chaque détail, le son d’époque du piano, les chorus qui capitalisent davantage sur le tempérament que sur la fluidité pour des solos de caractère. Le jeu de la copie conforme est déjà remarquable, mais Duportal vaut tellement mieux qu’un perroquet bluffant. Sa personnalité incassable ne se laisse pas distraire par la nostalgie des fifties. Les compositions et les arrangements sont magistraux, avec mille bonnes idées à la seconde. Tout est millimétré bien sûr, vif, parfois même explosif. Duportal dévoie tous le style qu’il annexe, et ses musiciens embrayent avec un drive ravageur : Olivier Cantrelle (piano), Thibaut Chopin (contrebasse), Gilles Cagin (saxo baryton), Arnaud Desprez (saxo ténor) ou Pascal Mucci (Batterie). Ce ne sont pas les fifties à portée de la main, mais le IIIe millénaire qui démarre dans la joie… Et il n’y a qu’en chroniquant un disque en 2013 qu’on peut oser ce genre de déclaration !
Christian Casoni

Pillac
Nervous Breakdown

Genre musical: Funky blues
Label : BARYTON MUSIC
Distributeur : WWW.PILLAC.COM

Attention : virage hédoniste, insouciance musclée, légèreté brillante, fun funk, anglais West Coast à tous les couplets ! Pillac le Grand revient, pas tout seul et pas vraiment comme avant. Déjà, Pillac ne désigne plus un individu mais c’est maintenant la marque d’un quartette. Le leader éponyme est entouré de ses leudes impeccables : Cédric Le Goff aux claviers, Alain Baudry à la batterie, Antoine Escalier à la basse. Il a récupéré une petite section de cuivres : Vincent Aubert au trombone, Sylvain Fétis aux saxos, Franck Bougier à la trompette. Le Poitevin assume son bonheur avec un quatrième album nickelé, pointu, magnifiquement arrangé, les galbes bien gainés. La tonalité dominante, c’est un funk à visage humain, chauffé par l’orgue et la guitare blues. Mais on y pêche aussi du jazz cool (‘You Can Stay But The Noise Must Go’), le blues-rock de naguère (‘Life Is Hard’), et deux ballades qui consacrent ses muses à parité, l’une, tendance blues-rock (‘I’ve Been Down’), l’autre, tendance funk (‘Givin’ It Up For Your Love’). Pillac chante avec une nonchalance blasée, une lassitude presque indifférente qui sonne, elle-même, diablement américain. C’est sa guitare qui fait le sentiment, et Dieu sait qu’il est un soliste fin, maniant avec la même dextérité la taloche et le plumet, l’empreinte digitale et le bottleneck. Pillac est sûr de lui, il prend son temps, il laisse l’album mûrir sa substance. Il est tellement jouasse d’avoir réussi ce coup-là, qu’il se paie le luxe de la limite en tomber de rideau, reprenant le titre de Syl Johnson : ‘Fonk You’. Fonk you too !
Christian Casoni

Popa Chubby
Universal breakdown blues

Genre musical: Rock blues
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Old school ou  new school, pourquoi choisir ? Le gars du Bronx aime les deux, joue les deux et il s’y entend. A l’image de la pochette Popa Chubby mélange les genres avec saveur. Blues, soul et plus encore, on a droit à un son urbain rageur. Ça explose et il enfonce son clou dans le rock avec puissance. C’est d’une efficacité redoutable, il y a toujours ce côté agressif, assumé et revendiqué et une voix qui accroche. C’est vif, puissant et rempli d'émotion. Le new-yorkais joue une musique qui rentre dedans, qui bouscule tout sur son passage. Il redessine par exemple ‘Rock Me Baby’ d’une façon assez ébouriffante, et s’il donne parfois dans l’emphase il évite de tomber dans le piège de l’afféterie. Il y a dans la musique de Popa Chubby cet aspect bad boy qu’il met en avant physiquement mais également une part de délicatesse qu’il laisse découvrir quand on l’approche. Dans son précédent CD Back To New York City il reprenait Jean Sébastien Bach, cette fois-ci il fait un clin d’œil à Beethoven (Lettre à Elise) dans l’intro du 7ème titre ‘Somewhere Over The Rainbow’, oui celui du Magicien d’Oz (il y a souvent une petite vignette nostalgique dans ses enregistrements). Mais plus loin le boogie reprend ses droits et ça tape dur. Attention, Sa Rondeur n’est quand même pas là pour faire de la dentelle et les décibels ne sont pas encore taxés.
Gilles Blampain

Savoy Brown CD + DVD
Songs from the road

Genre musical: Blues Boogie
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Savoy Brown : un band à la carrière chaotique, peut-être en mal de reconnaissance mais toujours fidèle aux 3 accords et 12 mesures. Depuis la fin des années 60 il y a eu un tel turnover de musiciens au sein de cette formation qu’on se demande pourquoi Kim Simmonds, fondateur et leader du groupe, n’a jamais fait la démarche de s’imposer comme musicien solo accompagné par un band à géométrie variable, les formules étant allées du trio au quintette. Rappelons qu’au fil des années Savoy Brown s’est d’abord inscrit dans le blues (version british boom), dans la soul, dans le heavy blues, le boogie rock… S’il ne réinvente pas le riff qui tue à chaque album ou le gimmick qui inspire toute une génération, il faut toutefois reconnaître à Kim Simmonds, et à son groupe, l’enthousiasme dégagé sur scène et l’efficacité de son soul blues et des boogies martelés avec vigueur. Pour s’en convaincre le DVD est là. Une fois ce constat établi on peut néanmoins dire que cet album n’est pas de ceux qui font date. Loin d’être médiocre, il manque cependant d’éclat et d’intensité. Cette prestation live enregistrée en mai 2012 à Dortmund met en avant un maximum de compositions signées Simmonds et quelques reprises (‘Wang Dang Doodle’, ‘Little Red Rooster’, ‘Louisiana Blues’. Pour les fans…
Gilles Blampain

Shaggy Dogs
Renegade Party 

Genre musical: Pub - rock utopiste
Label : FIRST OFFENCE
Distributeur : SOCADISC

La Renegade Party se danse sur les rotules : Le producteur Al Scott a vidé les Chiens, encore une fois. Un paysan normand les a tirés de la neige avec son tracteur. Le pianiste qu’ils attendaient n’a jamais pu rejoindre ce corps de ferme où ils enregistraient. Steve Broughton, un copain d’Al Scott, a donc pris l’orgue et le piano. « La tension de l’album est en partie due à la neige. » Les Chiens avaient fait de Dr Feelgood leur religion, mais ce cinquième album, comme le précédent, raconte qu’il y a un horizon après le pub et le blues, pour un rock’n’roll saturé de cortisol, pétri d’une joie militante et utopiste. Red chante toujours hautain, avec cette incrédulité indignée qui accentue les fins de vers et le rend unique. Double-stoppeur ahurissant, puissant tordeur de manche, Jacker scalpe toujours à l’instinct. C’est la section rythmique qui change la donne. Toma et Guillermo montent des architectures savantes dont le pub-rock n’avait pas l’habitude, des tempos criblés de cycles contrariés, presque progressifs. Donc, des répètes de stakhanoviste pour pouvoir jeter les chansons, live, dans les micros, sans re-re. La gageure est d’autant plus audacieuse que les mélodies sont maintenant plus franches. Les Chiens s’offrent même deux romances oppressantes à la Inmates, surtout ‘Simple Life’, énorme point G collectif où tout le monde se surpasse. Invité des Chiens, Lorenzo Sanchez ajoute une sobre touche de blues-rock à ce pub, en contrepoints de slide et harmoniques de vibrato. L’époque est formidable. Tout fout le camp, sauf le rock’n’roll. Et personne pour annexer l’air du temps, qui souffle librement où il veut.
Christian Casoni

Small Blues Trap
The longest road I know

Genre musical: Blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : WWW.SMALLBLUESTRAP.GR

Les illustrations du CD sont dues au peintre Sotiris Kouroutis qui a su capter l’univers étrange de cette formation méditerranéenne formée en 2004 et qui a déjà plusieurs CDs à son actif. La plupart du temps, c’est Paul Karapiperis qui, de sa voix forte et éraillée prends le lead vocal. Il tient aussi la guitare et s’occupe de l’harmonica (qui souvent est avec un effet d’écho). Le second guitariste, Panagiotis Daras, ne chantant que dans un titre acoustique, ces gentlemen ont invité une chanteuse remarquable, Georgia Sylleou. C’est elle qui me fait écrire que ce disque vous plonge dans un univers étrange. Elle prend la parole dans le titre d’introduction et là, on se demande si l’esprit de Nina Hagen, ne planait pas au dessus du studio lors de l’enregistrement. Ça fout presque les jetons. Quelle voix ! Malléable à souhait, son registre habituel est plutôt celui du jazz. Elle donne un cachet indéniable à ce groupe. L’impression générale serait à tendance swamp avec une touche de psychédélique. Quand on connait les problèmes qui touchent la Grèce, certaines des chansons prennent un caractère encore plus fort, comme ‘Take Me Away From All Of These’ et ‘Rememberin’ The Good Ol’ Days’ dont les titres parlent d’eux-mêmes.
César

Spin Doctors
If the river was whiskey

Genre musical: Blues rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Après 20 ans de rock alternatif, les Spin Doctors - Chris Barron  (chant), Eric Schenkman (guitare), Mark White (basse), Aaron Comess (batterie) - souhaitaient revenir à la source de leur inspiration première, le blues. Et du blues il en est bien question, mais pas de reprises, que de l’original. Tous les titres sont signés Spin Doctors, 10 chansons écrites dans l’instant ou qui trainaient dans les tiroirs depuis 20 ans. Ce disque a seulement pris 3 jours pour l’enregistrement lorsque les quatre membres se sont retrouvés à New York l’été dernier. Le band annonce : « Le but était de se réunir pour graver quelques démos sans se mettre la pression ». Mais le résultat est là, sans équivoque, riche et vibrant. Plus qu’un travail fait en dilettante on a droit à un disque fort, à la fois simple et vif qui dégage une réelle énergie. « Chaque note semble dangereuse déclare » dit Chris Barron, et c’est bien ce qui donne du nerf à l’ensemble. Le son un peu crade apporte du caractère à la production. Le format du blues s’impose mais la hardiesse et le ressort du rock ne sont pas loin, il y a un côté brut et un peu déjanté sur certains morceaux. Rien n’est jamais dans l’équilibre, la force de l’interprétation tient l’auditeur en éveil et maintient la tension. Un disque aux saveurs étonnantes.
Gilles Blampain